Les empoisonnements à l'acétaminophène se multiplient

Des centaines de médicaments contiennent de l’acétaminophène.
Photo: Des centaines de médicaments contiennent de l’acétaminophène.

Le nombre des empoisonnements accidentels à l'acétaminophène grimpe en flèche aux États-Unis et en Grande-Bretagne, et ils seraient à l'origine de la hausse des cas d'insuffisance hépatique aiguë observée chez nos voisins du Sud.

Longtemps associées aux tentatives de suicide, les overdoses à l'acétaminophène seraient aujourd'hui de plus en plus le fait de patients qui ingurgitent des doses excessives à leur insu, en combinant plusieurs médicaments contenant de faibles doses d'acétaminophène.

Insuffisance hépatique

Que ce soit le sirop pour le rhume ou la toux, les anti-histaminiques, les suppositoires ou les comprimés pour les douleurs au dos, des centaines de médicaments contiennent de l'acétaminophène en plus d'autres composés chimiques. Ces médicaments en vente libre sont parfois consommés en sus des comprimés d'acétaminophène, dont la dose quotidienne maximale recommandée est de 4 grammes.

Selon une récente étude publiée dans le journal Hepatology de l'Association américaine d'études sur les maladies du foie, près de 48 % des cas d'insuffisance hépatique due à l'acétaminophène rapportés dans 22 grands hôpitaux universitaires aux États-Unis depuis 1998 concernaient des patients qui s'étaient intoxiqués de façon non intentionnelle en excédant la dose maximale suggérée.

Depuis six ans, les patients traités pour une intoxication grave au foie liée à une surdose du fameux anti-douleur a doublé dans les principaux hôpitaux américains. En Australie, on observe aussi une hausse de 31 % des cas.

Une étude plus poussée de ces cas d'intoxication a permis de constater que 63 % des patients qui se sont empoisonnés par accident avaient acheté en vente libre des narcotiques, notamment des sirops à la codéine contenant de l'acétaminophène. Plus du tiers avaient utilisé simultanément deux médicaments contenant l'analgésique.

«Cela démontre que les patients ne sont pas au courant des dangers que représentent certaines médications prises en combinaison avec des médicaments prescrits», affirment les auteurs qui pressent le gouvernement américain de légiférer pour limiter la vente libre des produits combinant narcotiques et acétaminophène.

Quatre mille appels

Au Québec, l'acétaminophène constitue aussi depuis longtemps la plus fréquente cause d'empoisonnement lié aux médicaments. Au centre anti-poison du Québec, on a reçu en 2002 près de 4000 appels liés à des empoisonnements causés par cet analgésique.

«L'intoxication à l'acétaminophène n'est pas un phénomène nouveau. À des doses importantes, il est connu que l'acétaminophène est un médicament très dangereux, c'est pourquoi les gens ne devraient jamais dépasser la dose quotidienne de 3 grammes», affirme le Dr Jacques Le Lorier, interniste et pharmacologue clinicien au CHUM

Selon lui, ce sont surtout les personnes souffrant de douleurs arthritiques qui sont susceptibles d'excéder les doses prescrites. Depuis le retrait du marché du célèbre anti-douleur Vioxx, qui était largement prescrit pour traiter les douleurs causées par l'arthrite, il semble que les patients se rabattent vers les anti-douleurs traditionnels, dont l'acétaminophène.

«Avec le retrait du Vioxx, les gens qui souffrent se tournent vers l'acétaminophène, et il est parfois facile de dépasser les doses recommandées, surtout si on le combine sans le savoir avec d'autres médicaments pour le rhume ou la toux contenant de l'acétaminophène», soutient-il.

Au Québec, il existe plus de 900 médicaments en vente libre contenant de l'acétaminophène, selon une liste dressée par l'Ordre des pharmaciens du Québec (OPQ).

«Ce que nous suggérons, c'est que les gens se renseignent toujours auprès de leur pharmacien pour s'assurer que les médicaments qu'ils achètent en vente libre sont compatibles avec ceux que leur médecin leur prescrit. Car pris à des doses recommandées, l'acétaminophène est un médicament très sécuritaire», soutient Pierre Ducharme, adjoint professionnel à l'OPQ.