Maigrir, oui, mais pas n'importe comment

Après décembre et ses abus de dinde et de foie gras, janvier sonne l'heure de la diète pour 48 % des Canadiens qui sont un peu trop enveloppés. Mais avant d'inscrire «maigrir» sur la liste de vos résolutions pour 2006, sachez que toutes les diètes ne se valent pas. Certaines seraient même dangereuses pour la santé, conclut une étude publiée cette semaine par le Journal de l'Association médicale canadienne.

Après avoir passé au crible des centaines d'études scrutant l'efficacité de différents types de diètes, le Dr Irène Strychar, du département de nutrition de l'Université de Montréal, déboulonne en effet au passage certaines diètes célèbres, dont la très populaire diète Atkins, aussi appelée low-carb diet, qui a aujourd'hui des millions d'adeptes aux États-Unis.

L'engouement pour la diète à faible teneur en hydrates de carbone a même donné naissance à un nouveau type de produits, identifiés «low-carb», que l'on peut retrouver sur les tablettes des supermarchés. La célébrissime diète Atkins, et sa version moderne, baptisée «South Beach diet», a ceci de particulier qu'elle bannit les pâtes, le pain blanc, les céréales et tous les féculents, mais restreint peu ou pas les apports en gras et en protéines.

Cette diète s'apparente, sur certains points, au fameux régime Montignac, qui fait lui aussi haro sur les sucres et les hydrates de carbone, mais fait peu de cas de l'apport en gras. Fini la patate, bonjour le foie gras!

Or, selon le Dr Strychar, les études effectuées sur l'efficacité et les effets indésirables de ces régimes la poussent à déconseiller vivement les diètes à faible teneur en hydrates de carbone. D'une part parce que l'analyse de 94 études réalisées sur ces régimes anti-glucides entre 1966 et 2003 démontre que la perte de poids qui en résulte n'est pas due à l'ingestion limitée d'hydrates de carbone, mais à la réduction globale de l'apport quotidien en calories. Or, moins on consomme de calories, peu importe le type d'aliments dont elles proviennent, plus on maigrit.

Au surplus, plusieurs articles comparant l'efficacité des diètes low-carb et des diètes hypocaloriques traditionnelles constatent que si la perte de poids est plus rapide avec les premières, elle ne se maintient pas après 12 mois.

Des analyses plus poussées du type de poids perdu démontrent que les régimes à faible teneur en hydrates de carbone ne s'attaquent pas qu'à la masse adipeuse, mais font également fondre la masse musculaire. Certaines études établissent même à 2 kg la perte de masse musculaire possible en 10 semaines engendrée par les régimes low-carb. À l'inverse, chez les personnes ayant observé un simple régime hypocalorique, avec un apport de 50 à 60 % d'hydrates de carbone, la perte de poids se concentre dans la masse adipeuse.

Carences nutritionnelles

Mais ce qui inquiète davantage, c'est que la limitation des hydrates de carbone à moins de 10 % de l'apport énergétique global oblige les émules des diètes Atkins et South Beach à se tourner vers des aliments riches en gras saturés et en protéines pour compenser. En fait, la consommation de gras saturés peut facilement atteindre 17 % de l'apport calorique quotidien, ce qui est le double de ce que recommandent la plupart des organismes de santé, affirme le Dr Irène Strychar.

«Les gras saturés sont associés à une augmentation du cholestérol sanguin, un facteur de risque pour la plupart des maladies cardio-vasculaires», souligne ce médecin dans son étude.

En plus, on remarque que l'observance de ces régimes anti-glucides entraîne souvent une baisse des apports en vitamines A, B6, E, en acide folique, en calcium, en magnésium, en fer, en potassium et en fibres, ce qui les rend inadéquats au plan nutritionnel.

«De façon générale, ces régimes contiennent peu de fruits et de légumes, de produits laitiers et de produits céréaliers. Ces schémas alimentaires, s'ils sont maintenus longtemps, entraînent un risque accru de développer une variétés de maladies chroniques, dont l'hypertension et le cancer», souligne la chercheuse.

Aux États-Unis, les autorités de santé publique craignent même que l'engouement pour le «régime South Beach» chez les jeunes femmes en âge de procréer ne se traduise par une recrudescence de certaines malformations congénitales. Et cela parce que certains nutriments essentiels au développement normal du foetus, comme l'acide folique, se retrouvent en grande quantité dans les produits céréaliers. Une loi oblige d'ailleurs en effet, depuis quelques années, tous les fabricants de produits céréaliers à ajouter de l'acide folique à leurs produits, ce qui a permis de réduire de moitié le nombre d'enfants nés avec un spina bifida en Amérique du Nord.

Élément non négligeable, les hydrates de carbone, transformés en glucides, sont aussi le principal carburant de notre système nerveux. Une carence en glucides peut donc entraîner de la fatigue, des problèmes de concentration et de la somnolence.

Bref, les régimes «miracles», faibles en hydrates de carbone, sont à déconseiller pour toutes ces raisons, conclut le Dr Strychar.

Mieux vaut donc se rabattre sur les bons vieux régimes qui prônent une réduction sensible du nombre de calories ingurgitées chaque jour et une consommation limitée de gras. Une revue scientifique de 34 études sur les diètes hypocaloriques, effectuée par les National Institutes of Health (NIH) des États-Unis, conclut qu'un régime équilibré limitant à 1200 calories l'apport énergétique quotidien pour une femme, et à 1400 calories pour un homme, permet en moyenne de perdre 8 % du poids total à court terme (3 à 12 mois).

Par contre, les NIH rappellent que la diète seule ne permet pas de faire des miracles, et que tout régime doit être accompagné d'exercice.

À l'heure où l'obésité constitue l'ennemi public numéro, il est impératif de mieux comprendre l'efficacité des régimes et leurs impacts sur la santé, estime le Dr Strychar.

En effet, l'Organisation mondiale de la santé estime à un milliard le nombre d'adultes et à 17,6 millions le nombre d'enfants de moins de 5 ans souffrant d'embonpoint dans le monde. Au Canada, 48 % de la population a un excès de poids. Depuis 1980, la proportion de personnes obèses a triplé en Amérique du Nord, au Royaume-Uni, en Europe de l'Est, au Moyen-Orient, dans les îles du Pacifique, en Australie et... en Chine.

Bien plus qu'un problème de lendemain des Fêtes, l'excès de poids est un problème de santé collectif. Selon le Dr Strychar, la prescription de régime minceur sera probablement la plus fréquente des recommandations que feront les médecins de famille dans l'avenir. Il est impératif que ces derniers en sachent plus sur les meilleurs moyens de faire perdre du poids à leurs patients, sans accroître les risques pour leur santé.
1 commentaire
  • Roland Berger - Inscrit 8 janvier 2006 11 h 47

    Ce qu'on ne mange pas

    À mon humble avis, après m'être intéressé à la nutrition pendant plus de 40 ans, c'est davantage ce qu'on ne mange pas, comme les fruits et les légumes verts ou de terre, qui crée l'obésité que les aliments riches en gras. L'équilibre semble fonder le meilleur des régimes alimentaires.