Haro sur la gastro!

L’administration en très bas âge d’un vaccin oral contre le plus fréquent virus associé à la gastroentérite permettrait de réduire de 74 % l’apparition de cette maladie au cours des trois premières années de vie des enfants.
Photo: Jacques Nadeau L’administration en très bas âge d’un vaccin oral contre le plus fréquent virus associé à la gastroentérite permettrait de réduire de 74 % l’apparition de cette maladie au cours des trois premières années de vie des enfants.

Un vaccin pourrait bientôt permettre de protéger les jeunes enfants contre les épidémies de gastroentérite galopante qui ravagent écoles et garderies, au grand dam des parents, coûtant des millions de dollars au système de santé et des milliers de journées de travail perdues.

Une étude effectuée auprès de 70 000 nourrissons dans onze pays, publiée aujourd'hui dans le New England Journal of Medecine, démontre que l'administration en très bas âge d'un vaccin oral contre le plus fréquent virus associé à la gastroentérite permettrait de réduire de 74 % l'apparition de cette maladie au cours de leur trois premières années de vie.

L'étude, qui en est à son stade final, visait à vérifier l'efficacité et l'innocuité de ce vaccin oral contre cinq souches du rotavirus, le virus qui est la principale cause des cas graves de gastroentérite et la première cause d'hospitalisation chez les enfants de moins de trois ans.

En effet, les infections au rotavirus sont très contagieuses et se manifestent chez les jeunes enfants surtout entre novembre et juin, entraînant de la fièvre, des douleurs abdominales, des vomissements et de la diarrhée. Les symptômes perdurent entre trois et neuf jours.

Dans les cas plus graves, le malin virus provoque jusqu'à 20 épisodes de diarrhée par jour, entraînant une déshydratation rapide chez les nourrissons et les tout-petits qui se refusent à boire et à manger. D'ailleurs, dans les pays en développement, où l'accès à l'hydratation est limité, le rotavirus est l'une des premières causes de mortalité chez les enfants.

Si la gastroentérite est bénigne dans la plupart des cas, la déshydratation engendrée par le rotavirus peut être mortelle si elle est traitée trop tardivement. Ce type de déshydratation entraîne pas moins de 54 000 visites chez le médecin, 26 000 visites à l'urgence et 7400 hospitalisations chaque année dans tout le Canada. Une fois hydratés par des solutions intraveineuses contenant minéraux et électrolytes, les poupons retrouvent en général leur forme rapidement.

Un impact important sur les hôpitaux

À l'instar de la grippe, qui frappe le plus grand nombre, les complications dues au rotavirus ont aussi un impact non négligeable sur le système de santé puisque le coût annuel de ces milliers d'hospitalisations s'élèverait à environ 31 millions de dollars. Le fardeau en journées de travail perdues pour les parents est quant à lui évalué à 69 millions.

Or l'étude publiée aujourd'hui montre que la comparaison entre le groupe contrôle, à qui l'on avait administré un placebo, et le groupe d'enfants vaccinés a permis de réduire de 98 % les cas graves de gastroentérite et de 74 % les autres cas. Il a aussi permis de réduire de 94 % les visites à l'urgence, de 96 % les hospitalisations et de 86 % le nombre de visites chez le médecin.

Selon le Dr John Yaremko, pédiatre à l'urgence de l'Hôpital de Montréal pour enfants, l'apparition d'un vaccin contre le rotavirus pourrait s'avérer une arme très importante. «Je trouve que la prévention est prioritaire compte tenu du nombre d'enfants que nous avons à traiter pour cette affection à nos urgences. À cet âge, la déshydratation est très inquiétante», dit-il.

Aucun traitement

À l'heure actuelle, il n'existe aucun traitement contre les gastroentérites d'origine virale, puisque les antibiotiques ne sont efficaces que contre les infections d'origine bactérienne. «Un des problèmes avec ce virus, c'est qu'il est extrêmement contagieux. En général, un enfant sur deux est affecté dans la famille et un parent sur trois. À l'âge de cinq ans, 95 % des enfants ont déjà attrapé le rotavirus, 25 % ont eu à se rendre à l'urgence et près de 1 % ont été hospitalisés», affirme ce médecin.

Selon une porte-parole de Merck Frosst Canada, qui produit ce vaccin, une demande d'homologation a été déposée à Santé Canada, et l'agence fédérale américaine d'inspection des drogues et des aliments (FDA) pourrait donner le feu vert à la commercialisation au cours des six prochains mois.

«Nous espérons pouvoir rendre le vaccin accessible au cours de 2006 aux États-Unis. Nous travaillons aussi avec l'Organisation mondiale de la santé [OMS] pour amorcer des essais cliniques spécifiques aux pays en développement», a indiqué hier Sheila Murphy, chef du service des relations publiques chez Merck Frosst.