Insuffisance cardiaque: 20 % de survivants de plus aux États-Unis

Angiographie d’un infarctus du myocarde.
Source: Newscom
Photo: Angiographie d’un infarctus du myocarde. Source: Newscom

Si vous souffrez d'une insuffisance cardiaque, mieux vaut échouer dans un hôpital américain, où vous aurez 20 % de chances de plus d'en réchapper sur-le-champ. Mais pour protéger vos chances de survie à long terme, il vous faudra revenir très vite au Canada, affirme la plus vaste étude comparative canado-américaine menée sur ce sujet.

Réalisée grâce à la collaboration de médecins des universités Yale et de Toronto, cette étude, publiée cette semaine dans le journal Archives of Internal Medicine, a permis de comparer les taux de survie de plus de 28 000 patients américains et de 8100 patients canadiens âgés de plus de 65 ans, hospitalisés pour de l'insuffisance cardiaque.

Souvent consécutive à un infarctus, l'insuffisance cardiaque, qui se traduit par une baisse de la circulation sanguine et de l'oxygénation du sang, constitue la cause la plus fréquente d'hospitalisation aux États-Unis et au Canada. Les pronostics pour cette maladie sont rarement reluisants avec des taux de décès oscillant entre 25 et 40 % après un an.

Or les données tirées des registres de centaines d'hôpitaux canadiens et américains entre 1998 et 2001 démontrent que les personnes de 65 ans et plus hospitalisées pour cette raison au Canada courent un risque 20 % plus élevé de décéder dans le mois qui suit. En fait, les hôpitaux américains accusent un taux de décès de 8,9 % après 30 jours, comparativement à 10,7 % au Canada.

Mais au-delà de ce premier coup d'éclat américain, les chiffres révèlent une autre réalité. Tout ne baigne pas pour autant dans l'huile au pays de l'oncle Sam, précisent les chercheurs.

En effet, après 30 jours, les taux de survie des personnes souffrant d'insuffisance cardiaque aux États-Unis chutent en deçà de ceux observés au Canada. Pendant les mois qui ont suivi leur hospitalisation, 23,3 % des malades américains sont décédés, contre 21,8 % des Canadiens. Après un an, le nombre de patients ayant survécu à la maladie était en définitive le même dans les deux pays.

Conclusion? Mieux vaut subir une défaillance en Floride, mais il faut très vite revenir au nord du 45e parallèle pour recevoir les soins posthospitaliers et bénéficier de médicaments payés en partie par l'État dans l'année qui suit!

Selon les deux principaux chercheurs, ces chiffres ne permettent pas de décréter la suprématie d'un système par rapport à l'autre. Ils révèlent plutôt que ces deux systèmes fonctionnent de façon très différente et que cela n'est pas sans effet sur les taux de survie de part et d'autre de la frontière.

«Il semble que, chez nous, on fait un meilleur travail à l'hôpital et aux soins intensifs. Nous sommes plus fonceurs et effectuons plus d'interventions et de tests. Cependant, la force du système canadien réside dans le meilleur suivi accordé aux patients, notamment parce que vous avez un système d'assurance universelle qui assure un accès facile aux médicaments», a soutenu hier le Dr Harlan Krumholz, professeur à l'université Yale et investigateur principal.

«Au Canada, on continue à s'occuper des gens une fois qu'ils sont sortis de l'hôpital!», a ajouté le Dr Krumholz.

Tout aussi diplomate, le Dr Dennis Ko, cardiologue au Sunnybrooke and Women's Hospital de Toronto, a affirmé qu'il n'est pas possible de dire avec exactitude ce qui entraîne des taux de survie plus bas à court terme au Canada.

Même si cette étude avance l'hypothèse que le nombre réduit d'unités de soins intensifs et d'installations permettant de réaliser des procédures cardiaques invasives dans le système canadien pourrait expliquer ces différences, le Dr Ko se fait plus prudent.

«Il faudrait vérifier ces hypothèses avec des études plus approfondies avant de conclure que les soins intensifs sont moins bons au Canada. Personnellement, je ne le pense pas. Ce que cela démontre, c'est que nous avons deux systèmes dont la focalisation est très différente», croit-il.

Chose certaine, la revue des dossiers médicaux des patients arrivés à l'urgence pour insuffisance cardiaque prouve que les hôpitaux américains sont plus interventionnistes: multiplication des tests et des procédures invasives. D'autres études, comparant les soins accordés aux victimes d'infarctus de part et d'autre de la frontière, sont déjà arrivées aux mêmes conclusions.

Par ailleurs, il semble qu'au Canada et aux États-Unis, la majorité des personnes souffrant d'insuffisance cardiaque admises à l'hôpital ne recevaient pas les traitements médicamenteux, notamment les bêtabloquants, susceptibles d'accroître davantage leurs chances de survie. Bref, beaucoup de travail reste à faire pour améliorer les soins des malades, tant canadiens qu'américains, disent les chercheurs. «Si on examine le résultat après un an, c'est la preuve qu'il n'y a pas de système qui soit meilleur que l'autre. Je crois que nos deux pays ont des choses à améliorer. Vous avez à apprendre de nos forces et nous avons à tirer parti de ce qui fait votre force», a conclu le Dr Krumholz.