Métier: cobaye

Mais pourquoi accepte-t-on de servir ainsi de cobaye? Selon Daniel Hébert et Martine Michaud, qui ont participé à plusieurs études cliniques, c'est avant tout une question d'argent. En effet, c'est la compensation financière qui leur fait littéralement avaler la pilule. Mais une pilule qui ne leur semble pas trop amère.

«Je vais continuer d'en faire aussi longtemps que ça me tente, affirme d'emblée Martine Michaud. C'est presque une vacance pour moi parce que ça me permet de m'asseoir et de me reposer parce qu'à la maison, je n'arrête pas de bouger une minute.» Daniel Hébert, qui a participé à cinq études en deux ans, rajoute: «J'en ferais même plus souvent si ça m'était possible.»

Qui peut donc participer à pareilles études? Rappelons qu'il faut d'abord être en bonne santé. Si certaines études nécessitent une cohorte de personnes malades, ce n'est pas le cas de la majorité des études cliniques qui testent autre chose que l'efficacité du médicament. De plus, avis à ceux et celles qui tombent dans les pommes à la simple vue d'une aiguille ou du sang. Ces études ne sont pas pour eux puisque les prises de sang sont au rendez-vous.

Comment participer à une étude

La première étape consiste à se porter volontaire. «Une première sélection au téléphone nous permet d'éliminer les candidats qui ne répondent pas à nos critères, explique Claude Tremblay, directrice de clinique chez Algorithme Pharma, une entreprise de services pharmaceutiques spécialisée dans les études cliniques. Ensuite, les candidats retenus sont rencontrés pour une visite de qualification.»

Lors de cette rencontre, le candidat rencontrera d'abord une infirmière et ensuite un médecin, puis subira un examen médical comprenant une prise de sang, un test d'urine et même un électrocardiogramme. Une fois connu le résultat des tests, si le candidat est en bonne santé, on le contactera pour lui proposer une étude.

Mais avant de participer, le candidat devra signer un formulaire de consentement éclairé après avoir pris connaissance de tous les détails concernant l'étude, y compris les effets secondaires possibles. «Tous les risques et les inconvénients sont clairement indiqués dans le document qu'on nous remet», souligne Daniel Hébert. De plus, le candidat rencontrera seul à seul un médecin qui s'assurera qu'il a bien compris. «C'est l'occasion pour le candidat de verbaliser ses inquiétudes, s'il en a, précise Mme Tremblay. Pour nous, c'est très important que le candidat comprenne bien à quoi il s'engage.»

Mais attention, le formulaire de consentement n'est pas un contrat et le candidat peut choisir à tout moment de ne pas participer à l'étude. «On est libre d'annuler comme on veut, explique Martine Michaud, et cela ne nous fait pas un mauvais dossier.» On peut même quitter pendant que l'étude est en cours. «Dans ce cas, précise Claude Tremblay, on suggère au participant de demeurer avec nous pour une période de surveillance d'au moins 12 heures après l'absorption du médicament. C'est une question de sécurité pour lui, mais nous ne pouvons pas le retenir contre son gré.»

La sécurité avant tout

Les risques pour la santé des participants sont minimes. C'est d'autant plus vrai pour les médicaments génériques puisqu'il s'agit de molécules connues dont les effets secondaires possibles sont bien documentés. Par ailleurs, ni Daniel Hébert ni Martine Michaud n'ont souffert d'effets secondaires. «Je me suis sentie une fois un peu endormie, raconte Mme Michaud, mais je ne sais pas si c'était le médicament ou bien moi qui étais tout simplement fatiguée.»

Aussi minimes soient-ils, ces risques sont tout de même pris au sérieux par les entreprises d'études cliniques. Chez Algorithme Pharma, par exemple, la clinique dispose d'équipements de médecine d'urgence, comprenant même un défibrillateur. «Nous pouvons administrer de l'oxygène, explique Claude Tremblay, tout comme nous pouvons intuber un participant s'il le faut.»

Un médecin est toujours présent lors de la prise du médicament, sans compter qu'il y a toujours un médecin disponible sur appel 24 heures sur 24. Du personnel infirmier est toujours présent sur les lieux et de plus, tout le personnel a reçu une formation en réanimation cardiaque. L'entreprise n'hésite pas non plus à renforcer son dispositif de sécurité si le protocole de recherche l'exige. «Lors d'une étude où il y avait un risque de réaction allergique, une ambulance était toujours sur les lieux.»

Le séjour

La durée du séjour varie selon l'étude, allant de quelques jours à deux semaines. Mais la plupart des études se déroulent la fin de semaine. Le rituel est toujours le même. Le participant arrive la veille, de façon à s'assurer qu'il soit à jeun lors de la prise du médicament le lendemain matin. Une fois le médicament absorbé, le participant devra se soumettre aux divers tests, comme les prises de sang, en accord avec le protocole de recherche. «C'est très précis, note Daniel Hébert, tout est minuté à la seconde près et tout est noté.»

Il y a des contraintes auxquelles les participants doivent se plier. Par exemple, le participant doit manger ses repas en entier, sans laisser même une miette dans l'assiette. «Ce n'est pas une tâche trop ardue, explique Daniel Hébert, puisque la nourriture est excellente.» Certaines contraintes sont cependant plus agaçantes, comme le fait de demeurer à jeun quelques heures le matin avant la prise du médicament. «Mais ce n'est pas un jeu, affirme M. Hébert, il faut faire ça correctement.»

S'ennuie-t-on pendant l'étude? Non, répondent en choeur Daniel Hébert et Martine Michaud. Cinéma maison, télévision, Internet, lecture, jeux de société, toute une panoplie de loisirs est mise à la disposition des participants. «J'en profite pour apporter mon tricot et ma broderie», dit Martine Michaud. Les participants ne sont pas non plus entièrement coupés de leurs proches puisqu'ils peuvent les joindre par téléphone. «Dans les études plus longues, explique Claude Tremblay, on permet même les visites.»

Il faut évidemment aimer vivre en groupe. «En général, ça se passe très bien, raconte Daniel Hébert. Il y a parfois de petits incidents mais qui se règlent vite. Il ne faut pas oublier que les participants sont choisis aussi pour leur sérieux.» Si les études cliniques représentent pour les participants une source additionnelle de revenus, ce n'est pas par contre la seule raison qui les motive. «Il y a les sous, bien sûr, conclut Martine Michaud, mais il y a aussi le fait de savoir qu'on aide la recherche scientifique.»

Collaborateur du Devoir
2 commentaires
  • Christine Henley - Inscrite 30 décembre 2008 02 h 24

    Métier : cobaye

    Bonjour, moi en faite je suis une jeune femme de 21 ans qui s'interroge beaucoup a ce sujet, cela fais un moment que j'y pense, et oui surtout par soucis financier, est ce que je devrais etre rassurée ou inquiete d'aller vers ce genre de portes?

  • Boulifard Eric - Inscrit 21 septembre 2009 07 h 01

    volontaire pour cobaye de médicaments

    Bonjour, je m'appelle eric, j'ai vingt trois ans voila je me retourne vers vous effectivement pour l'argent, mais j'ai choisi cette façon pour en même temps favorisé le développement des recherches effectué sur les médicaments.
    Dans l'attente d'une réponse.
    Cordialement,
    Boulifard Eric .