Les plus grands tueurs de jadis en voie d'être vaincus

L'incidence des cancers du sein et de la prostate ne cessent de s'accroître. On estime que près de 22 000 nouveaux cas de cancer du sein et 20 500 pour le cancer de la prostate seront diagnostiqués au Canada en 2005. Parmi ces statistiques désarmantes, une bonne nouvelle toutefois: ces deux cancers sont en voie d'être vaincus par les progrès de la médecine.

Linda Cotnoir se dit l'exemple vivant de l'espoir que permettent désormais ces progrès. Lorsqu'elle est âgée de 47 ans, on lui découvre un cancer du sein passablement avancé qui a envahi les ganglions environnants: «La tumeur était si grosse qu'on ne pouvait envisager tout de suite la chirurgie», raconte-t-elle. Dévastée par la nouvelle, Mme Cotnoir se soumet sur-le-champ à une chimiothérapie agressive dans le but de réduire la taille de sa tumeur. Le protocole thérapeutique s'étend sur cinq mois à raison d'un traitement par trois semaines. Le mois suivant la fin de cette chimiothérapie, elle subit une mastectomie radicale qui révèle l'étendue significative de son cancer. On lui prescrit alors une seconde chimiothérapie (le taxotère) suivie d'une radiothérapie qu'on enchaîne avec une troisième chimiothérapie qui élimine vraisemblablement tout résidu de cancer dans son organisme. Treize mois après son diagnostic, Linda Cotnoir est en rémission, elle célèbre sa «vraie victoire» neuf mois plus tard alors qu'elle retourne au travail. «Ma rémission se poursuit maintenant depuis trois ans et demi», précise cette survivante qui a accepté avec philosophie les effets secondaires associés à sa longue cure. Bien sûr, les traitements ont laissé des traces: ils ont provoqué la ménopause et un vieillissement prématuré. Linda Cotnoir souffre également d'arthrose et son apparence physique a changé, confie-t-elle, mais sa qualité de vie s'est améliorée globalement.

Linda Cotnoir fera probablement partie de 80 % des patientes qui survivent plus de cinq ans à leur cancer du sein. Or une fois ce délai franchi, le risque de récidive diminue rapidement, affirment les experts. Ce taux de survie exceptionnel au deuxième cancer le plus fréquent au Canada s'explique surtout par le fait que «les traitements sont meilleurs», croit le chirurgien André Robidoux, titulaire d'une chaire de recherche sur le cancer du sein au CHUM. Mais aussi les méthodes de dépistage sont plus précises qu'avant. Alors qu'il y a 20 ans, celles-ci permettaient de détecter des tumeurs de deux à trois centimètres, aujourd'hui la résolution des mammographies permet de voir des tumeurs de deux à trois millimètres, ajoute le Dr David Fleiszer, co-directeur de la clinique du sein de l'Institut des cèdres du Centre universitaire de santé McGill (CUSM). Or, plus tôt on découvre le cancer, meilleures sont les chances de rémission.

Le traitement principal demeure la chirurgie qui se limite le plus souvent à une ablation de la tumeur. À la suite de cette intervention, on procède à une radiothérapie du sein afin d'éliminer les traces microscopiques de cellules cancéreuses qui seraient demeurées dans les tissus entourant le site principal de la tumeur. «Cette radiothérapie permet d'éviter une mastectomie totale», précise André Robidoux. Après ces deux procédures, on prescrit habituellement un traitement adjuvant qui vise à réduire le risque que le cancer se dissémine. Même si la tumeur a été extirpée du sein, il est également possible que des foyers de métastases se soient déposés ailleurs dans l'organisme. Or pour éliminer ces métastases, on administre des traitements adjuvants qui peuvent prendre la forme d'une chimiothérapie ou d'une hormonothérapie.

En 2005, l'herceptin a également enrichi l'arsenal thérapeutique. Ce médicament qui est administré en association avec une chimiothérapie réduit de 52 % les risques de rechute chez les femmes atteintes d'un cancer de type HER-2, une forme de cancer du sein particulièrement agressive.

Par ailleurs, le traitement hormonal le plus classique demeure le tamoxifène qui est reconnu pour bloquer les récepteurs avec lesquels interagissent les oestrogènes, ces hormones qui favorisent la croissance des tumeurs cancéreuses. Depuis 2001, les médecins disposent également des inhibiteurs de l'aromatase, une enzyme qui normalement contribue à la production d'oestrogène.

Une hormonothérapie — qui cette fois supprime la production de testostérone — est également prescrite aux hommes atteints d'un cancer de la prostate qui s'est déjà propagé à l'extérieur de la glande et a essaimé sous forme de métastases aux os, indique le Dr Simon Tanguay, urologue au CUSM.

Lorsque le cancer est découvert plus précocement et qu'il est demeuré confiné à la prostate, la chirurgie ou la radiothérapie sont proposées selon l'âge du patient et l'agressivité de la tumeur. «En moyenne, de 80 à 85 % des patients dont on a détecté le cancer à ce stade seront guéris par ces traitements», affirme le Dr Tanguay qui souligne l'importance de procéder à un test de dépistage annuellement. Le dépistage qui mesure le niveau de l'antigène prostatique spécifique (APS) dans le sang a en effet permis d'améliorer substantiellement le taux de survie à ce type de cancer, souligne le Dr Marc David, radiooncologue au CUSM.

Alors qu'il était âgé de 61 ans, Luc Dionne en est venu à ne plus pouvoir uriner en raison d'un cancer de la prostate. Il a alors subi une prostatectomie qui a malheureusement entraîné un effet secondaire qui peut gêner plusieurs hommes: l'impuissance. Mais Luc Dionne a surtout retenu qu'on lui a sauvé la vie et qu'un mois après l'opération il vaquait aux même occupations qu'avant. Il jouait au golf et remontait sur ses skis de fond. «Je ne suis plus un jeune homme... J'ai bien vécu avec ma femme», dit-il sans comprendre pourquoi certains en viennent à se suicider en raison de cette atteinte à leur vie sexuelle.

Une hormonothérapie est parfois associée à ces traitements localisés chez les patients qui souffrent d'un cancer plus avancé ou particulièrement agressif, ajoute le Dr Tanguay. Mais après quelques années de traitement hormonal, les patients peuvent devenir résistants au médicament. Une chimiothérapie peut alors prolonger de quelques années leur survie.

Cancer du poumon

Malheureusement, les mêmes espoirs ne sont pas permis pour les très nombreuses personnes atteintes d'un cancer du poumon, de même que pour celles victimes d'une forme agressive de leucémie, d'un cancer colorectal (côlon et rectum), d'un cancer du pancréas, de l'ovaire ou du cerveau.

Les traitements et les chances de survie qui s'offrent aux personnes touchées par un cancer du poumon notamment ont très peu évolué au cours des vingt dernières années, indique le Dr Rita Jean-François, pneumologue au CHUM. Moins de 15 % de la population affectée par cette forme de cancer en guérit, et ce, en grande partie parce que l'on découvre le mal trop tard. Or aucune méthode de dépistage ne permet aujourd'hui d'améliorer la situation.

La seule arme contre le cancer du poumon demeure la prévention. Si tout le monde cessait de fumer, on ne compterait plus que 2800 décès par cancer du poumon annuellement au Canada contrairement aux 18 900 qui sont aujourd'hui recensés.

Il y a plusieurs nouvelles familles de traitements sur lesquels on a fondé beaucoup d'espoir, mais qui ne s'avèrent pas plus efficaces que les précédents, affirme le Dr Jean-François. À l'heure actuelle, moins d'un tiers des cancers du poumon sont dépistés à des stades précoces qui permettent d'envisager l'excision de la tumeur. «Toutefois, certains de ces patients sont déjà porteurs de métastases qu'on ne détecte pas par nos examens mais qui font que [ces patients] ne vont pas guérir, souligne-t-elle. D'autres courent aussi le risque de développer un second cancer au poumon, à la gorge ou à l'oesophage, des organes qui ont été soumis aux mêmes agressions cancérigènes. Si, par ailleurs, le cancer du départ est trop répandu, seules de fortes doses de radiothérapie et de chimiothérapie pourront permettre de sauver quelques patients.»