Études cliniques - Les médicaments au banc d'essai

Les études cliniques sont une étape cruciale dans cette course à obstacles que constituent le développement et la commercialisation d'un médicament. D'abord, elles sont obligatoires puisqu'aucun médicament, breveté ou générique, ne peut être commercialisé sans avoir été testé chez des sujets humains. De plus, c'est à l'étape des études cliniques que l'on peut mesurer la véritable efficacité et innocuité du médicament et, par conséquent, son potentiel de commercialisation.

À la ligne de départ, pour un seul médicament innovateur, on peut compter près de 10 000 molécules nouvelles. La plupart s'élimineront d'elles-mêmes lors de tests en laboratoire et sur des animaux de laboratoire. «Elles sont soit trop toxiques, soit inefficaces, ou bien on réalise, tout simplement, qu'on ne peut pas en faire un produit que l'on puisse administrer, tel une pilule», explique Marc Lefebvre, vice-président aux affaires scientifiques chez Algorithme Pharma, une entreprise québécoise spécialisée dans les études cliniques.

Au bout de cette course, qui peut durer plusieurs années, on retiendra une quinzaine de molécules du lot original de 10 000 molécules. Mais la ligne d'arrivée n'est pas pour autant franchie, puisque c'est à ce moment que débutent les études cliniques. On compte quatre phases d'études cliniques, trois avant la commercialisation du médicament et une quatrième une fois le médicament sur le marché, laquelle sert de suivi.

On dénombre environ une cinquantaine d'études diverses durant les trois premières phases. «On cherche à cerner le mieux possible le profil de la molécule, non seulement son efficacité et son innocuité, mais aussi une foule d'autres choses. Par exemple, est-ce que la nourriture a un effet sur le médicament?»

Toxicité d'abord

La première phase des études cliniques consiste à tester la toxicité des molécules. «Au départ, on veut connaître les effets secondaires des molécules afin d'éliminer celles dont les effets secondaires sont inappropriés», précise Marc Lefebvre. Auparavant, en laboratoire, on a déjà mesuré la toxicité des molécules sur des animaux. On administre donc à des volontaires humains sains une dose qui est 100 fois inférieure à la plus petite dose où est apparue en premier la toxicité chez l'animal. «On augmente ensuite progressivement la dose afin de connaître le seuil précis où apparaît la toxicité chez l'humain.»

Cette première phase permet d'éliminer plusieurs molécules et l'on se retrouve avec trois à quatre molécules lors de la deuxième phase, qui consiste à vérifier l'efficacité du médicament. «À cette étape, on testera la molécule sur des patients volontaires qui ont des profils médicaux précis. Une molécule pour contrôler l'hypertension sera testée sur des hypertendus.»

Le groupe de patients, qui compte entre 50 et 100 personnes, sera alors divisé en deux: une moitié recevra la molécule, l'autre un placebo. Cette étape permet de choisir la molécule qui est la plus efficace et qui, en tenant compte des études de la première phase, est aussi la moins toxique. C'est cette molécule qui passera à la troisième phase.

La troisième phase, selon Marc Lefebvre, est la phase la plus critique parce que c'est à cette étape que l'on décide si le médicament peut être commercialisé. Cette phase est la plus longue et la plus coûteuse et peut durer jusqu'à deux ans. Les groupes de volontaires sont plus gros, allant de 1000 à 3000 personnes.

«On veut comprendre comment le médicament se comporte dans le temps, comment il se comporte sur des sujets qui ont des maladies chroniques, sur des sujets différents, si de nouveaux effets secondaires n'apparaîtront pas avec le temps.»

Bref, on veut évaluer l'ensemble du médicament et pas seulement son efficacité et son innocuité. Les études sont multicentriques et tout est mesuré. Le médicament est non seulement testé contre un placebo, mais aussi contre les autres médicaments existants de même catégorie.

Une fois la troisième phase complétée, la société pharmaceutique est en mesure de décider si le médicament mérite d'être commercialisé. Évidemment, toutes ces études cliniques sont réglementées et se font sous la supervision de Santé Canada, qui a le dernier mot en la matière puisque l'homologation du médicament relève de sa compétence.

Aussi pour les génériques

Les études cliniques sont aussi obligatoires dans le cas des médicaments génériques, mais les règlements sont plus souples. «Ce sont des copies de médicaments qui étaient déjà brevetés. On connaît donc bien le médicament et la molécule. Inutile par conséquent de recommencer toutes les études.»

On se limitera donc à des études de première phase sur des volontaires sains afin de s'assurer de l'innocuité du médicament générique. On procédera aussi à des études comparatives en administrant aux volontaires dans un premier temps une dose du médicament générique, et, dans un deuxième temps, une dose du médicament d'origine. «On mesurera aussi la vitesse d'absorption dans le sang du médicament générique et son élimination dans l'urine.»

Les compagnies de service

Les études cliniques étaient autrefois réalisées par les sociétés pharmaceutiques elles-mêmes, mais depuis une quinzaine d'années, ce n'est plus le cas. Ce sont des compagnies de service, telle Algorithme Pharma, qui ont pris la relève. «On estime qu'environ 70 % des études cliniques sont réalisées aujourd'hui par des compagnies de service comme la nôtre, et ce chiffre devrait atteindre 80 % d'ici quelques années.»

Plusieurs raisons expliquent l'importance grandissante des compagnies de service pharmaceutiques. D'abord, en se fusionnant, les sociétés pharmaceutiques ont réduit leur main-d'oeuvre, libérant du même coup sur le marché du travail un bassin de spécialistes auquel puisent les compagnies de service.

Ensuite, lesdites compagnies sont souvent spécialisées; par exemple, Algorithme Pharma ne réalise que des études de première phase. «En se spécialisant, nous sommes en mesure de réaliser des études plus efficacement, plus rapidement et à moindre coût.»

De plus, les compagnies de service n'ont pas de parti pris puisqu'elles ne tirent aucun bénéfice de la vente du médicament. «Cette neutralité est particulièrement appréciée des agences gouvernementales telles que Santé Canada.»

Selon Marc Lefebvre, les compagnies pharmaceutiques ont un bel avenir et Montréal est bien placée pour en tirer profit. «Montréal est reconnue internationalement. Pour les sociétés pharmaceutiques européennes, Montréal est la porte d'entrée aux États-Unis et, pour les sociétés américaines, la porte d'entrée vers l'Europe.»

Collaborateur du Devoir
1 commentaire
  • Pierre Bergeron - Inscrit 3 octobre 2005 23 h 13

    Et les cobayes

    Qu'en est-il de la sécurité des volontaires pour ces études ?