Dépistage massif de la tuberculose à l'UdeM- 25 % des 180 personnes qui ont subi le test sont atteintes

Au moins une cinquantaine d'étudiants et de professeurs de l'Université de Montréal qui ont été en contact avec une étudiante atteinte de tuberculose ont été infectés par une forme très contagieuse de cette maladie et sont d'ores et déjà soumis à un traitement aux antibiotiques. Dans le cadre d'un dépistage massif orchestré sur le campus cette semaine, 25 % des 180 personnes dépistées à ce jour ont été testées positives.

Il s'agit certainement de la plus vaste opération de dépistage de la tuberculose jamais menée par la Direction de la santé publique de Montréal puisque pas moins de 500 étudiants et une trentaine de professeurs et assistants de cours ont été appelés à se présenter lundi pour subir le test TCT, qui permet de déterminer si une personne est porteuse du bacille de Koch, responsable de la tuberculose.

Il est important de noter que les personnes infectées ne sont nullement contagieuses: en effet, elles n'ont pas développé les symptômes de la maladie. Elles sont seulement porteuses du bacille responsable de la tuberculose mais doivent subir un traitement préventif afin d'éviter que la maladie ne se développe dans les mois ou les années à venir.

"Ce qu'il est important de comprendre, c'est que ces gens ne sont pas contagieux. Ils ont la forme dormante de la maladie. Mais il est important qu'ils soient traités pour éviter des problèmes plus tard", a insisté hier le Dr Terry Tennenbaum, qui était sur place pour informer les étudiants.

Les personnes testées positives n'ont donc pas à craindre d'infecter leur conjoint, leurs enfants ou leurs amis. Les cas positifs qui négligeraient toutefois de se soumettre à un suivi médical et à un traitement prophylactique aux antibiotiques courent 5 % de risque de développer la tuberculose en bonne et due forme au cours des deux prochaines années.

La Direction de la santé publique a donné peu de détails hier sur le moment où ces infections se sont produites et sur les personnes infectées. Mais selon nos informations, l'opération de dépistage, menée dans la plus grande discrétion, a été déclenchée après qu'une étudiante du programme de communications eut reçu, en janvier dernier, un diagnostic confirmé de tuberculose laryngée, l'une des formes les plus contagieuses de la tuberculose.

Comme la tuberculose est une maladie à déclaration obligatoire, la Santé publique en a été alertée. Le dépistage de routine effectué auprès de 15 membres de la famille de la malade a ensuite révélé que presque tous ses proches étaient déjà atteints. On a alors décidé d'élargir le dépistage à un premier groupe d'environ 75 étudiants et professeurs qui la côtoyaient au moins six heures par semaine à l'Université de Montréal, a expliqué hier le Dr John Carsley, responsable de l'unité des maladies infectieuses à la Direction de la santé publique de Montréal. "Quand nous avons constaté que 20 % des gens de ce groupe étaient infectés, nous avons conclu qu'il s'agissait d'une forme contagieuse et qu'il fallait étendre davantage le dépistage", a-t-il indiqué.

Une plus vaste convocation a donc été envoyée par courrier recommandé la semaine dernière à environ 500 étudiants qui ont partagé au moins trois heures de cours par semaine avec l'étudiante malade au cours de la session d'automne.

On ignore pour l'instant depuis quand l'étudiante était contagieuse, mais on soupçonne que certaines personnes pourraient avoir été infectées il y a un moment déjà. Quatre personnes font d'ailleurs l'objet d'un suivi plus poussé puisqu'on craint qu'elles aient déjà développé la forme active de la tuberculose. Interrogé à savoir s'il pourrait y avoir plus d'une source d'infection, le Dr Carsley a indiqué: "Il est trop tôt pour le dire. Il faudra voir si ces personnes étaient assez malades pour être contagieuses. Si oui, nous allons recommencer le même processus de dépistage dans leur entourage à elles aussi."

Beaucoup d'absents

Lundi, seulement la moitié des 500 personnes convoquées se sont toutefois présentées pour passer le test cutané tuberculinique (TCT). Il est donc fort probable qu'il y ait plusieurs autres cas d'infection encore inconnus. Hier, 180 personnes se sont présentées pour obtenir leurs résultats. "À ce jour, le quart des gens testés sont positifs. Il est clair que nous allons relancer les étudiants pour qu'ils viennent se faire tester avant de partir pour l'été. Les gens ne doivent pas prendre cela à la légère", a insisté le Dr Carsley.

Pour l'instant, on soupçonne que plusieurs des étudiants qui n'ont constaté aucune rougeur sur le site d'injection du test ont conclu à l'absence d'infection. "Seule une infirmière compétente peut évaluer le test. Les gens ne doivent pas tenter de s'autodiagnostiquer", insiste ce médecin.

Aujourd'hui, des infirmières du service de santé de l'université recevront tous les étudiants convoqués qui voudraient se faire tester. Toutes les personnes concernées peuvent joindre la Direction de la santé publique pour s'informer des procédures à suivre pour obtenir un rendez-vous avec des infirmières compétentes [% (514) 528-2400].

Au pavillon Jean-Brillant de l'UdeM hier, quatre infirmières étaient sur place pour faire la lecture des tests et expliquer aux étudiants testés positifs les mesures à prendre pour la suite des choses. Tous les étudiants infectés sont déjà pris en charge par l'Institut thoracique de Montréal, où ils subiront prochainement une radiographie pulmonaire et feront l'objet d'une évaluation médicale plus poussée.

Le traitement préventif contre la tuberculose requiert l'absorption d'un comprimé d'antibiotique par jour pendant neuf mois. Les personnes atteintes ne sont soumises à aucune restriction particulière, sauf éviter de consommer de l'alcool afin de prévenir les complications au foie, et peuvent continuer leurs activités régulières. "Mais il faut que les gens viennent subir le test. Le fait qu'ils ne soient pas malades ne veut absolument rien dire. C'est évident que le taux d'infection observé justifie que les gens subissent le dépistage", a expliqué le Dr Tennenbaum.

Un étudiant qui venait tout juste de recevoir un test positif a indiqué hier au Devoir: "Le plus curieux, c'est de ne pas savoir de qui et quand j'ai attrapé cela. Je suis le seul de mon groupe à avoir été convoqué à ce dépistage." Malgré tout, il se disait confiant et peu inquiet. "Je m'en doutais car une bosse dure s'est développée sur mon bras après le test. Ce qui me plaît moins, c'est d'avoir à prendre des antibiotiques pendant neuf mois, moi qui n'en prends même pas pour une grippe!", a-t-il dit.

Selon le Dr Carsley, c'est le critère du temps passé en présence de la personne malade dans un espace clos qui a déterminé quelles personnes seraient soumises au dépistage. "Toutes les personnes qui ont passé plus de trois heures par semaine dans le même local ont donc été jointes."

"Le bacille de Koch est transmis par les gouttelettes de salive en suspension dans l'air. Si la personne a toussé dans une salle de cours, il y a donc un risque que les personnes présentes soient infectées, et le taux d'infection le démontre", a aussi affirmé le Dr Carsley. Un contact momentané ou très occasionnel avec la personne infectée ne serait pas suffisant pour contracter la tuberculose.

La plupart des étudiants et des professeurs dépistés proviennent du programme de communications et au moins une trentaine d'entre eux étudient au certificat en journalisme. Ces derniers ont suivi le cours d'analyse des médias à la session de l'automne dernier, cours auquel était inscrite l'étudiante atteinte de la tuberculose. Toutefois, plusieurs étudiants d'autres programmes ont eux aussi été convoqués au dépistage.

Autrefois largement répandue au Québec, la tuberculose est aujourd'hui très rare ici et peut être assez facilement traitée grâce à une thérapie prolongée aux antibiotiques. Les quelque 400 cas déclarés chaque année au Québec touchent surtout des immigrants provenant de pays où la maladie sévit encore durement, notamment en Asie et dans les Antilles. Les autres cas rapportés concernent des personnes âgées, infectées par le bacille il y a 50 ou 60 ans et qui développent tardivement la maladie. On trouve toutefois de plus en plus de cas de tuberculose en milieu urbain, parmi les itinérants et les toxicomanes vivant dans de mauvaises conditions d'hygiène, et parmi les populations autochtones.

Dans les années 40, la tuberculose était encore considérée comme une maladie mortelle. Avant l'arrivée en force des antibiotiques, le Québec était aux prises avec plus de 7000 cas de tuberculose par année, soit 219 cas pour 100 000 habitants.

La tuberculose est toutefois loin d'avoir été rayée de la surface de la planète. Elle constitue toujours l'une des principales calamités dans le monde. Selon l'Organisation mondiale de la santé, environ le tiers de la population mondiale est infecté par le bacille de la tuberculose et deux millions de personnes en meurent chaque année.

Illustration(s) :

Nadeau, Jacques

"Ce qu'il est important de comprendre, c'est que ces gens ne sont pas contagieux. Ils ont la forme dormante de la maladie", dit le Dr Terry Tennenbaum.