Il faut ouvrir la pharmacie

Source: Archives Le Devoir
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Elles sont là, sur la tablette. On les voit dans de petits pots, de toutes les couleurs. D'autres se présentent dans des contenants à l'apparence plus soignée. Certaines sont habillées d'étiquettes qui portent dates, noms et posologie. Les autres viennent dans des bouteilles dont l'emballage commercialisé est familier à tous les citoyens d'une même culture. Elles sont devenues des objets du quotidien. On les appelle familièrement au Québec des «pilules».

Autrefois, leur usage était restreint: il ne fallait prendre les pilules qu'en cas d'urgence: pour soigner un mal de tête qui n'en finissait plus ou pour mettre à mal un lumbago qui ne voulait absolument pas lâcher prise. C'était hier.

Puis vient une loi, celle de l'assurance médicaments, qui fait que la médication, lorsque prescrite par les autorités concernées, à savoir ici le médecin, devient un objet de première nécessité, et donc remboursable par un programme universel de couverture. De là, sur les tablettes, l'accumulation de petits objets ronds, oblongs ou de formes plus inhabituelles: les ordonnances sont devenues la voie royale qui donne à tous et à chacun et chacune l'impression qu'à tout malaise, il existe quelque part une panacée. Pourtant, «la plupart des médicaments en usage ne sont efficaces que chez 30 % à 70 % des individus. Et on ne sait jamais à l'avance lesquels!».

David Hamet est directeur de la recherche au Centre hospitalier de l'Université de Montréal et une sommité dans son secteur: pour lui, tous les moyens sont bons, à condition que leur efficacité soit démontrée et que la médication soit appropriée. Il sait toutefois que, statistiquement, les traitements antérieurs, du fait de leurs conséquences secondaires, se situent en septième place des causes d'hospitalisation. Comme quoi il ne faut pas prendre la pilule à la légère.

Une industrie importante

D'ailleurs, qui jette un regard sur le merveilleux monde financier sait que l'industrie du médicament en est une de première importance, en tant que source d'emplois, lieu d'investissement et occasion de profits. Toute entité gouvernementale ayant sous sa juridiction l'industrie pharmaceutique s'assure ainsi de bien la protéger et de garantir son développement: à cet égard, le Québec est un bel exemple pour illustrer une relation qui serait profitable à tous.

Le développement du secteur ne va toutefois pas sans quelques hiatus qui font ignorer divers codes d'éthique. Un article récent de The Journal of the American Medical Association signalait que 10 % des 700 000 médecins américains avaient des liens rémunérés avec des firmes de conseillers en placement: certains d'entre eux pouvaient toucher jusqu'à 1000 $ pour une simple conversation téléphonique d'une quinzaine de minutes, question de savoir comment ils évaluaient tel médicament, comment leurs patients réagissaient à la suite de la prescription d'un nouveau produit mis sur le marché, et ainsi de suite.

Pour certains, cela s'appelle rompre le secret professionnel, pour d'autres cela s'impose afin de prévenir les risques qu'entraîne un investissement dans une compagnie qui met sur le marché un médicament miracle, mais dont les effets secondaires pourraient avoir pour conséquences des dérèglements graves, ou pire encore.

Quelques «faux pas» ne mettront cependant jamais à mal l'univers du médicament: les citoyens du monde occidental non seulement souhaitent devenir éternels, mais ils refusent aussi toute souffrance et toute douleur: il y a ainsi une pharmacopée pour animaux domestiques, et une petite enquête permettrait sans doute de découvrir qu'il existe sans doute quelque part un traitement pour anesthésier une plante avant d'opérer la coupe d'une seule de ses feuilles!

Nécessaire réflexion

À coup sûr, le médicament, à l'égal de ce qui se passe en électronique ou dans les communications, fait partie d'un ensemble qui caractérise notre monde contemporain: il a été ainsi possible de mettre fin à des maladies pandémiques, de transformer en mal bénin ce qui était hier une maladie mortelle, ainsi que d'éliminer des inconvénients qui pouvaient handicaper qui en subissait les conséquences. Son poids toutefois, tant dans l'imaginaire collectif que dans les charges des corps publics, impose qu'un regard critique soit posé sur son utilisation, son développement et sur la connaissance qu'en a le citoyen, qu'il soit «ordinaire» ou spécialiste du domaine.

Pour cette raison se tiendra dans moins de 10 jours à l'UQAM une rencontre qui est le premier congrès international portant sur le médicament: des spécialistes de toute la planète se déplaceront alors vers Montréal.

Pendant ce temps, dans un laboratoire, que ce soit en Alberta ou en Suisse, des chercheurs poursuivront leurs travaux pour comprendre comment fonctionne la bactérie E. coli et les 4288 gènes qui la composent... Avec l'apparition de la génomique, il est loin le temps où l'art de la pharmacie se résumait à une simple science qui permettait de réaliser quelque subtil mélange...