Prévention de la transmission mère-enfant du VIH - Que faire quand 13 % de la population est séropositive?

Scène du quotidien dans une crèche d’Afrique du Sud consacrée aux orphelins du sida.
Photo: Agence Reuters Scène du quotidien dans une crèche d’Afrique du Sud consacrée aux orphelins du sida.

Une femme enceinte porteuse du VIH a environ 20 % de risque d'infecter son enfant. Si la mère reçoit les soins appropriés, le bébé a pratiquement toutes les chances de ne pas naître séropositif. Chez les Occidentaux, la stratégie de prévention de la transmission mère-enfant du VIH est très efficace, mais dans les pays pauvres, le défi demeure de taille.

Les experts du Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida (ONUSIDA) estiment qu'en 2002, plus de 800 000 enfants de moins de 15 ans ont été infectés par le VIH. Ils vivent à 90 % en Afrique subsaharienne. La transmission mère-enfant est la plus importante cause d'infection par le VIH chez les enfants et elle peut se faire pendant la grossesse, l'accouchement et l'allaitement. Pour éviter que le nouveau-né devienne porteur du virus, la mère doit prendre des médicaments contre le VIH pendant la grossesse, accoucher par césarienne avant le début des contractions et renoncer à l'allaitement. Quant au bébé, il doit prendre des médicaments contre le VIH pendant six semaines.

Lorsque la thérapie est administrée correctement à la mère et que la césarienne est pratiquée à temps, le risque de transmission est infime. «Dans les pays occidentaux, le problème de la transmission mère-enfant du VIH est pratiquement réglé. Les femmes occidentales sont dépistées et traitées efficacement dans 99 % des cas. Évidemment, il y a toujours des discussions et des polémiques sur certains aspects de la problématique, comme le dépistage obligatoire des femmes enceintes et la toxicité du traitement pour le foetus, mais le défi majeur concerne les pays pauvres», affirme le pédiatre à l'hôpital Necker-Enfants malades à Paris, Stéphane Blanche.

Malgré les efforts de sensibilisation des différents organismes oeuvrant sur le terrain, le niveau d'éducation général des populations des pays en voie de développement en ce qui a trait au VIH demeure faible. «Les gens ne connaissent pas les moyens de se protéger du VIH et ils savent encore moins comment protéger leur bébé. Toutefois, la population de certains pays réagit mieux que d'autres aux efforts de prévention. C'est le cas de l'Ouganda où le nombre de femmes séropositives traitées devient significatif», affirme M. Blanche.

L'accès aux soins déficient

L'un des obstacles majeurs à la prévention de la transmission mère-enfant du virus dans les pays en voie de développement est l'accès difficile de la population aux soins de santé. «L'efficacité du programme de dépistage du VIH est faible dans plusieurs pays pauvres, puisqu'une personne déclarée séropositive ne peut pas se faire traiter sans la disponibilité d'une infrastructure médicale», précise M. Blanche.

Au Mozambique par exemple, un pays de 18 millions d'habitants, 13 % de la population est séropositive et il y a une moyenne d'environ 800 000 grossesses par année. Moins de la moitié seulement des femmes accouchent dans un centre de santé et il y a peu ou pas de suivi avant la naissance du bébé. «La majorité des femmes accouchent chez elles, sans médecin, avec l'aide d'une voisine ou d'une femme de la communauté. Dans de telles conditions, même si les médicaments étaient gratuits, la population ne pourrait pas en profiter puisqu'elle n'a pas accès à des soins de santé», poursuit M. Blanche, qui donnera une conférence sur les espoirs et les obstacles de la prévention de la transmission du VIH de la mère à l'enfant le 31 août prochain à l'occasion de la première édition du Congrès international sur le médicament à Montréal.

Le risque énorme de stigmatisation

La peur de se voir définitivement rejetées par la communauté en cas de séropositivité pousse plusieurs femmes des pays en voie de développement à refuser le test de dépistage. «Le fait, pour une femme, d'apprendre qu'elle est séropositive a des conséquences graves sur sa vie sociale. Le risque de stigmatisation est énorme et beaucoup de femmes préfèrent ne pas savoir si elles ont le VIH ou non», s'inquiète M. Blanche.

D'après de récentes recherches menées par l'université de Witswatersrand à Johannesburg, en Afrique du Sud, sur les défis auxquels sont confrontées les mères vivant avec le VIH, les peurs des femmes à propos de la stigmatisation sont bien fondées. Elles se font souvent accuser d'avoir apporté le sida à la maison et les hommes refusent d'endosser leurs responsabilités. Beaucoup de femmes se font même mettre à la porte du domicile familial à la suite de l'annonce de leur séropositivité.

Pour échapper à cette exclusion, plusieurs femmes évitent de révéler leur condition à leur entourage lorsqu'elles apprennent qu'elles sont porteuses du VIH. Elles doivent user d'imagination pour dissimuler les boîtes de lait en poudre, «le lait du sida», distribuées par leur gouvernement. Les femmes doivent même se cacher pour nourrir leur bébé car si elles sont surprises en train de donner le biberon, les gens devinent qu'elles ont le sida et la nouvelle se répand instantanément.

La prise de conscience de l'Occident

La névirapine, un médicament bon marché pouvant s'administrer sans infrastructure médicale complexe, a commencé à être utilisée il y a environ cinq ans pour réduire le risque de transmission mère-enfant du VIH. L'utilisation de ce médicament a soulevé une polémique puisqu'il diminue de moitié le risque de transmission du virus au bébé, mais peut altérer l'efficacité de la trithérapie chez la mère.

«Même si ce traitement est aujourd'hui jugé insatisfaisant, l'arrivée de la névirapine a vraiment été un élément majeur dans la prise de conscience des gouvernements des pays occidentaux. À partir de ce moment, l'argent n'était plus un problème. Avec une dose à un dollar, on pouvait sauver la vie d'un enfant», conclut-il en précisant qu'il reste encore beaucoup de travail à faire pour venir à bout de ce problème multidisciplinaire. Selon l'ONUSIDA, en 2004, moins de 10 % des femmes enceintes dans le monde ont bénéficié de services dont l'efficacité est prouvée pour la prévention de la transmission du VIH au cours de la grossesse et de l'accouchement.

Collaboratrice du Devoir