Témoignages de spécialistes - Les hôpitaux canadiens sont mal préparés en cas de désastre d'envergure

Ottawa — Selon des spécialistes, les hôpitaux canadiens sont mal préparés en cas d'attaques terroristes ou d'épidémies, parce que leurs urgences sont déjà débordées.

«Nous n'avons pas actuellement la capacité de traiter les afflux [de patients] prévisibles au cours de certaines de ces catastrophes», a affirmé le président de l'Association canadienne des médecins d'urgence, Andrew Affleck.

M. Affleck réagissait à une récente suggestion de la ministre responsable de la Santé publique, Carolyn Bennett, voulant que les hôpitaux, pour être accrédités, soient tenus d'avoir la capacité d'accueillir un grand nombre de patients en cas de désastre majeur.

Les médecins d'urgence tentent depuis des années d'amener les politiciens à reconnaître l'existence du problème d'engorgement des urgences, a souligné M. Affleck. Bien qu'Ottawa réinvestisse en santé, la majeure partie de ces fonds serviront à raccourcir les délais d'attente pour les soins médicaux autres qu'urgents, dit-il.

L'accord conclu l'an dernier entre Ottawa et les provinces donnait priorité à la réduction du temps d'attente pour des traitements comme la pose d'une prothèse de la hanche, l'opération de la cataracte, le traitement du cancer, l'imagerie diagnostique et les soins cardiovasculaires. Cela n'aura aucun impact sur la capacité d'accueil en cas de catastrophe, ajoute-t-il.

Les inquiétudes suscitées récemment au Canada par les attentats terroristes perpétrés ailleurs dans le monde et par l'état du système de soins de santé au pays se cristallisent autour de la situation des salles d'urgence. Une sécurité renforcée repose sur des services d'urgence fiables.

Idée fausse

Le directeur exécutif du Centre pour l'excellence en protection civile, Daniel Kollek, estime qu'un hôpital qui fonctionne à pleine capacité peut bien tenter de recevoir un afflux massif de patients en se dotant d'un plan — mais il y a des limites. Le problème, dit-il, c'est que plusieurs urgences sont déjà débordées.

C'est une idée fausse que les urgences sont bondées parce que les gens s'y rendent pour des troubles mineurs, affirme-t-il. Le vrai problème, c'est qu'il n'y a pas suffisamment de lits dans les hôpitaux.

Le nombre de lits d'hôpitaux au Canada a diminué au moment des compressions budgétaires des années 1990 et il n'est pas revenu aux niveaux précédant les compressions — même si Ottawa a injecté des milliards de dollars dans les accords de santé fédéral-provinciaux.

Selon l'Institut canadien d'information sur la santé, le nombre de lits d'hôpitaux a reculé de 30,5 % entre 1990 et 2002. Et il semble qu'il n'ait pas augmenté depuis 2002, note Jill Oviatt, porte-parole de l'Institut.

Cela tend à indiquer que le nombre de lits est aujourd'hui inférieur à ce qu'il était il y a 15 ans.

Or, le fardeau s'accroît, avec le vieillissement de la population. De nouvelles techniques et des médicaments améliorés ont raccourci la durée moyenne du séjour à l'hôpital et permis de soigner plusieurs patients en dehors du milieu hospitalier, mais selon M. Kollek, cela ne justifie pas de telles compressions dans les lits d'hôpitaux.