Rencontre d'urgence avec François Legault - Les médecins se méfient des discours apaisants

Malgré le ton rassurant adopté hier par le ministre de la Santé, au cours d'une rencontre d'urgence tenue avec les fédérations médicales, les médecins, sceptiques, sont d'ores et déjà prêts à réunir leurs instances politiques pour faire échec à un projet de loi-massue destiné à leur imposer des contrats de travail en région.

«Je ne suis pas rassuré plus qu'il ne faut. Les événements vécus en juillet [loi spéciale] ne sont pas très loin et j'ai entendu des choses qui ressemblaient aux discours rassurants qu'on nous a tenus au début de juillet», a indiqué hier midi le président de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ), le Dr Rénald Dutil.

Ce dernier a fait ses commentaires au terme d'une rencontre de deux heures avec le ministre de la Santé, François Legault, convoquée à la hâte dans la foulée des fuites survenues cette semaine sur un éventuel projet de loi visant à réviser le statut professionnel des médecins. Après l'imposition récente de la loi 114, adoptée à la faveur de l'été pour assurer la continuité dans les services d'urgence, les représentants médicaux se sont montrés hier très méfiants en dépit des réassurances données par le ministre Legault.

Négocier

«C'est une approche négociée que nous demandons et pas une imposition. Le souvenir de la loi 114 met un frein à la confiance des gens dans ce discours. Les médecins sont prêts à participer, mais pas avec un couteau dans le dos», a fait valoir hier le Dr Yves Dugré, président de la Fédération des médecins spécialistes du Québec (FMSQ).

Les médecins s'objectent catégoriquement au projet du ministère qui vise notamment à imposer des «contrats d'engagement» de deux ans avec les hôpitaux aux médecins qui pratiquent au Québec. À défaut de pratiquer dans les lieux jugés prioritaires par le ministère, ces derniers perdraient le droit de facturer leurs services à la Régie d'assurance-maladie du Québec.

«Nous partageons [l'idée] que les médecins soient répartis sur le territoire et qu'ils fassent des choses prioritaires, comme ils le font déjà. Mais nous refusons cette approche légaliste, non négociée», a insisté le Dr Dugré.

Échéance reportée

Le ministre Legault aurait pour l'instant convenu de reporter l'échéance du 15 septembre, considérée au départ comme la date butoir pour présenter ses amendements à la loi. Il ne s'est par ailleurs pas engagé à mettre son projet de loi au rancart. «Ce qui est clair, c'est qu'il y a eu une rencontre très franche ce matin et que l'on convient de part et d'autre qu'il faut poursuivre les discussions», a indiqué hier son attachée de presse, Anne Marcotte.

Chose certaine, les médecins, échaudés, ne se fient plus au ton du discours ministériel pour présager de l'avenir. Les deux fédérations médicales ont d'ores et déjà convoqué leurs instances politiques pour se préparer à des actions plus musclées. «Je souhaite que le ministre saisisse le sérieux de la situation», a indiqué le Dr Dutil.

De façon générale, les médecins affirment partager les objectifs du ministère, notamment quant au respect des plans d'effectifs en région et à l'élargissement des activités médicales prioritaires. Mais ils en ont contre la méthode Legault. Ces derniers espèrent obtenir dès la semaine prochaine un signe du ministre pour ouvrir le pas à de réelles négociations.