Santé: Niveaux de conscience

J'ai piqué un livre chez mes voisins. Ils sont partis vivre à l'étranger quelque temps, et je garde un oeil sur leur maison. J'allais vérifier le courrier quand je suis tombée sur Intuition, sur la table d'entrée. Un seul mot pour un titre, c'est un peu court, mais l'auteur a mis en sous-titre: Comment réfléchir sans penser. Attirant, non?

C'est fatigant, penser. Tiens, ça me fait... penser, justement, au DVD que ma copine me recommande. C'est une sorte de docudrame qui est en fait une comédie et qui raconte l'histoire d'une fille qui tombe à la renverse ou, plutôt, à l'envers de notre monde grâce à la physique quantique. Elle découvre comment les émotions affectent la réalité, comment la réalité, merci Platon (encore!), est en fait l'idée qu'on s'en fait. Et aussi qu'au bout du compte quantique, les grandes idées de la religion rejoignent les grandes idées de la science. Bon, d'accord, je n'ai pas vu le film, je ne vous envoie pas l'acheter; mais les états de conscience qui sont bousculés, révélés, pas besoin d'avoir lu Casteñada pour s'y intéresser. À tout hasard, je partage le titre avec vous: What the bleep do we know? (c'est en anglais seulement). Il paraît que les auteurs voulaient être polis en nous disant pourtant d'emblée qu'on est bien prétentieux de penser qu'on sait. Ils se sont mis à trois pour réaliser le film (Betsy Chasse, Marc Vicente, William Arntz), je ne sais pas si c'est bon signe. Ma copine m'assure que je voudrai l'écouter plusieurs fois tellement c'est dense et intéressant.

Vous me voyez venir avec mes gros sabots: je vais vous parler de nos pensées, de nos idées. Le grand domaine de la psychologie, de l'âme et de la santé si on n'y entend pas le mot «maladie» en même temps. L'auteur du livre Intuition s'adresse à des gens d'affaires; il part donc de loin pour leur dire qu'ils peuvent prendre une décision sans tout soupeser. Mais part-il de si loin? Les gens d'affaires qui sont créatifs ne font-ils pas confiance à leur intuition? Les leaders de ce monde, s'ils ne l'avouent pas et se construisent des discours explicatifs inattaquables, n'ont-ils pas, derrière cette façade, d'abord eu un flash, senti leur désir, compris d'où venait le vent? Dans son livre Le Pouvoir de l'intention, le gourou américain Wayne Dyer raconte qu'au départ, il a cru qu'il fallait être une sorte de pitbull, foncer et s'accrocher à son idée sans en démordre, obstinément, pour mettre en route ce pouvoir que nous aurions tous et que j'ai hâte d'attraper. Il a changé d'idée, cela va sans dire, et tant mieux pour moi, qui lis tous ces livres en souhaitant que ce soit comme une maladie contagieuse: peut-être qu'à force de me frotter à toutes ces idées, je finirai pas les penser moi-même, que je serai l'hôte de ce nouveau virus de la conscience et serai «malade» comme eux!

En attendant, je contrains mon cerveau. Ma fille me trouve bien fatigante; il semblerait que je passe mon temps à répéter les mêmes idées. Je lui ai expliqué que j'essaie de me convaincre et que je ferai attention. Elle m'a répondu: «Et nous sommes tous unis dans la lumière»... Je me suis dit qu'elle attrape ça plus vite que moi...

L'intuition est une qualité d'attention. Il s'agit d'être conscient de nos réactions spontanées, de leur accorder de l'intérêt et d'en tenir compte. J'ai connu des intuitifs qui se niaient, qui marchaient au radar et qui clamaient bien haut ne pas croire en l'intuition et toutes ces niaiseries de... filles! Je crains bien qu'il n'y ait rien à faire pour eux. Mais ce qui me rend verte, c'est de constater qu'en niant leur intuition, ils s'y fient totalement et... emportent la mise. Moi, j'y crois, j'en fais la promotion, je lis des livres et... bon, c'est ça, inutile de vous faire un dessin.

Une des méthodes qu'utilise notre intuition, selon Malcolm Gladwell — l'auteur d'Intuition, publié par Transcontinental —, est le balayage superficiel. Ce livre est une traduction, les cas sont donc américains. Un des exemples de balayage concerne les médecins et les poursuites dont ils sont la cible aux États-Unis. Imaginez-vous que les médecins qui sont poursuivis ne sont pas les plus incompétents: ce sont ceux qui manquent de sensibilité! Je ris rien qu'en l'écrivant, en passant en revue tout ce qu'on me raconte sur les spécialistes québécois dans les hôpitaux! Les médecins qui ne sont jamais poursuivis sont ceux qui consacrent plus de temps à leurs patients, qui les écoutent, qui expliquent ce qu'ils font et feront... En effectuant un balayage superficiel — c'est-à-dire le ton, l'intonation, le rythme du médecin —, des chercheurs ont pu repérer et distinguer les médecins qui avaient été poursuivis des autres! Sans consulter le dossier!

C'est bien beau, balayer, mais que fait-on de nos préjugés?, vous dites-vous. Un écran, cher ami. Les préjugés sont un mur d'obscurantisme entre notre intuition et nous, ils nous bloquent. Nous avons une compréhension immédiate des événements et des gens, et nous devons en prendre la pleine mesure en reconnaissant que nous sommes vulnérables aux influences des autres, aux jugements de nos pairs, à nos raisons de béton. Se méfier de nos idées et de nos connaissances pour avoir accès à notre savoir... Quand on prend conscience d'un préjugé, quand on l'admet comme tel, on peut s'en libérer. On laisse ainsi la porte ouverte à l'intuition — qui n'est pas de la magie mais une capacité qu'on a et qu'on peut cultiver. Ça tombe bien: c'est le printemps!

Pourquoi ne se fait-on pas confiance, au plus profond de nous? Pourquoi n'écoute-t-on pas cet élan de l'intérieur qui nous éviterait bien des erreurs? Est-on coupés de la Force, Yoda?

Reçu:

Francine Shapiro et Margot Silk-Forrest, Des yeux pour guérir, Seuil. Si jamais vous croisez Nathalie Simard, mettez-lui ce livre entre les mains. La technique de l'EMDR (eye movement desensitization and reprocessing) y est illustrée et montre un potentiel étonnant.

vallieca@hotmail.com