Commission parlementaire sur le tabac - Affrontement sur les murs de cigarettes

Plus de bien que de mal: voilà ce que conclut une étude d'impacts économiques commandée par le ministère de la Santé et des Services sociaux afin d'évaluer les retombées du projet de loi 112 modifiant la Loi sur le tabac. Une conclusion aussitôt décriée par les détaillants, marchands et autres exploitants qui ont défilé hier au jour 2 de la Commission parlementaire sur le tabac alors que le monde célébrait la Journée mondiale sans tabac.

Au centre du débat, ces fameux murs de cigarettes qui s'étirent derrière les comptoirs des dépanneurs et autres détaillants autorisés et dont plusieurs organismes, la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac en tête, demandent la fin pure et simple.

«Des études démontrent que la majorité des décisions d'achat se prennent sur les lieux de vente. Les étalages provoquent des achats impulsifs, spontanés», a expliqué hier le porte-parole de la coalition, Louis Gauvin, qui a profité de son passage à la commission parlementaire pour souligner le fait que la publicité aux points de vente entraîne une sous-estimation du risque posé par les cigarettes.

Inquiets de voir cet argumentaire repris dans la version finale du projet de loi, l'Association des marchands dépanneurs et épiciers du Québec et l'Association des détaillants en alimentation du Québec ont sommé le ministre Philippe Couillard de jouer cartes sur table dans ce dossier, qui n'est pas abordé dans la version actuelle.

Le président de l'Association des marchands dépanneurs et épiciers du Québec a fait valoir que les étalages sont le dernier bastion des compagnies pour informer le fumeur. «Nous nous opposons à la fin de ces étalages car cela brimerait le droit du client à être informé sur les produits disponibles, comme cela brimerait celui des compagnies à se concurrencer», a dit Yves Servais.

Jugeant qu'il y a bel et bien là un outil promotionnel «puissant», Philippe Couillard a réitéré son intention de réglementer les étalages sans toutefois aller plus loin. «On ne veut pas interdire l'étalage mais le réglementer et le rendre le plus neutre possible», a expliqué le ministre après avoir entendu les deux parties.

Assurant qu'il avait à coeur d'offrir une formule équilibrée, M. Couillard a rappelé que son premier but était de faire en sorte que les gens sachent que le tabac n'est pas un produit banal, ce qui implique un changement de pratique de la part des détaillants. «Il faut que votre industrie s'adapte, la société change», a lancé le ministre entre deux interventions.

Dans l'étude d'impacts déposée hier, les quatre signataires de l'étude — Pierre Ouellette, Pierre-Yves Crémieux, Patrick Petit et Valérie Carter — évaluent que la fin des étalages entraînerait une perte établie entre 7,5 et 30,5 millions de dollars pour les détaillants. Au total, ceux qui vivent des produits du tabac ou de leurs retombées devraient essuyer des pertes de 40 millions.

Les économistes qui signent l'étude estiment que ces pertes seront toutefois aisément compensées, sachant que Québec retire 114,3 millions de dollars pour chaque point de pourcentage de prévalence de tabagisme gagné. En 1998, la Loi sur le tabac avait été suivie d'une baisse du taux de tabagisme de plus de 2,6 %, un objectif facile à atteindre, estiment les signataires.

Ce calcul a toutefois été remis en question hier par l'Institut économique de Montréal, qui a condamné le fait que cette étude ne tient pas compte de l'insatisfaction des consommateurs de tabac, qui représentent pourtant plus du quart de la population adulte du Québec.

Bien que difficile à chiffrer, cette insatisfaction reste bien réelle, a fait valoir son directeur, Valentin Petkantchin, qui s'inquiète du «dangereux précédent» que crée ce projet de loi en portant atteinte à la liberté d'entreprise et à celle du choix des consommateurs.

«Quelle industrie est la prochaine sur la liste du ministre de la Santé? Va-t-il s'attaquer au cas du fast-food le jour où une étude prétendra que c'est socialement rentable?», a demandé M. Petkantchin.