L'Hôpital général juif ouvre ses portes aux sages-femmes

Les sages-femmes de la maison de naissance de Côte-des-Neiges ont trouvé un nouveau port d'attache. Depuis le 22 avril, une entente liant l'Hôpital général juif (HGJ) et le CSSS Côtes-des-Neiges, Métro et Parc-Extension leur permet de pratiquer leur art dans le milieu hospitalier. Une nouveauté bellement inaugurée le 13 mai dernier avec la venue de la petite Hélia.

Pour l'heureuse maman, Odette Fortin, cette formule a été une vraie bénédiction. «Je me sens très choyée d'avoir pu accoucher dans un milieu aussi rassurant tout en ayant mes sages-femmes à mes côtés», a-t-elle raconté tandis que sa petite Hélia faisait des vocalises dans les bras de papa, Stéphane Caron.

Affilié au Centre universitaire de santé McGill (CUSM), l'HGJ est le troisième hôpital québécois à ouvrir ses portes aux sages-femmes après l'hôpital LaSalle et l'Hôtel-Dieu de Lévis. Hier, le chef du service d'obstétrique, le Dr Togas Tulandi, a chaudement salué l'avant-garde de son établissement, qui se veut en «constante évolution».

Pour celle qui a suivi l'heureuse maman dès les tout premiers mois de sa grossesse, la sage-femme Isabelle Brabant, cette entente vient boucler la boucle en donnant aux femmes du quartier la possibilité de choisir librement le lieu de naissance de leur enfant.

Un sentiment que partage le directeur du CSSS, Marc Sougavinski. «Accoucher est un acte naturel que plusieurs femmes désirent vivre dans un environnement intime et sécuritaire avec une sage-femme [...]. Ce libre choix a connu une longue grossesse, mais l'accouchement n'en est que plus heureux», a-t-il déclaré à l'occasion de la conférence de presse qui a servi à souligner l'heureuse entente.

Mais il y a encore loin de la coupe au lèvres, a aussitôt prévenu Mme Brabant. «Notre maison fonctionne à pleine capacité et cette entente ne nous permettra pas d'accueillir une femme de plus. Notre problème reste entier», a déploré la sage-femme. À Côte-des-Neiges, pas moins de 900 femmes sont en effet inscrites sur une liste d'attente à chaque année, faute de place.

Le problème, c'est que Québec a choisi de faire de la maison de naissance le noyau dur de son réseau. Ainsi, peu importe le lieu où elles choisiront d'accoucher, les femmes devront faire affaire avec une sage-femme liée à une maison de naissance.

Le hic, c'est que depuis la légalisation de la pratique, en 1999, seules huit maisons de naissance ont été créées. À 800 000 $ par année pour faire rouler une maison de six sages-femmes qui pratiqueront 250 accouchements, les agences de développement n'ont pas les reins assez solides pour en ouvrir d'autres.

Pour que le réseau prenne son envol, il faudrait que le ministère de la Santé accorde des crédits dédiés spécifiquement au développement du réseau, juge Mme Brabant, qui rappelle que des sages-femmes, formées par Québec à l'Université du Québec à Trois-Rivières (UQTR), sont aujourd'hui sans emploi, faute d'endroits pour exercer.