Hôpital Shriners: la bataille se transporte à Baltimore

Rude coup hier pour le Centre universitaire de santé McGill (CUSM), qui a appris que London avait obtenu la préférence du conseil d'administration des Shriners pour accueillir son nouvel hôpital pédiatrique, une recommandation qui suppose la fermeture de celui qui est à Montréal depuis maintenant 80 ans.

La bataille n'est toutefois pas complètement perdue pour la métropole, qui compte maintenant sur la prochaine convention des Shriners à Baltimore pour renverser cette position. En effet, la fermeture d'un hôpital et son déménagement dans une autre ville doivent être entérinés par les deux tiers des quelque 1500 délégués de l'organisation philanthropique.

«C'est une étape, mais l'étape cruciale, c'est Baltimore. Toutes nos énergies se porteront donc désormais sur les délégués qui seront à Baltimore en juillet; c'est là que nous pourrons vraiment agir», a confirmé le président du conseil de l'hôpital Shriners du Canada, Gary Morrison, qui refusait hier de s'avouer vaincu. «Notre message sera clair. Cette recommandation n'est ni dans le meilleur intérêt des enfants ni dans celui de la recherche médicale», a expliqué Rory MacLennan, potentat du Centre Karnak Shrine de Montréal.

Historiquement, il est arrivé à quelques reprises que les délégués votent à l'encontre des recommandations faites par le conseil, comme ce fut le cas à Minneapolis. Le CUSM espère qu'il en ira de même pour Montréal, qui devait accueillir cet été le nouvel hôpital pédiatrique spécialisé en orthopédie sur l'emplacement de la cour Glenn, aux côtés du futur mégahôpital anglophone.

Le directeur général et chef de la direction du CUSM, Arthur T. Porter, a promis de tout faire pour convaincre les délégués de sauver l'hôpital montréalais. Il se rendra d'ailleurs à Baltimore en juillet pour s'assurer que ces arguments soient entendus.

«Montréal est plus facilement accessible que London par la voie des airs ou par la route et on y offre des soins en anglais, en français et dans plusieurs autres langues», a indiqué le Dr Porter, qui en a profité pour rappeler le grand nombre de «premières» en recherche et en soins médicaux que les enfants et leurs parents doivent à l'hôpital montréalais.

Rappelons qu'en avril 2004, le conseil des Shriners avait recommandé que le nouvel hôpital soit construit à London, découragé par la lenteur du gouvernement québécois à lancer le projet de la cour Glenn. Le ministre de la Santé, Philippe Couillard, avait néanmoins réussi à convaincre les Shriners de donner une seconde chance à Québec. Hier, il a été impossible de joindre le cabinet pour commenter la nouvelle.

Pour promouvoir la candidature de la métropole, la Ville de Montréal avait confirmé l'été dernier le don d'un terrain d'une valeur de cinq millions de dollars. Le CUSM avait pour sa part promis cinq millions pour la construction d'un nouvel hôpital, qui resterait affilié à l'université mais garderait son statut privé.

Hier, la Ville de Montréal a confirmé qu'elle n'avait pas l'intention de baisser les bras devant ce revers et promettait de tout mettre en branle pour rallier une majorité des délégués qui se réuniront en assemblée générale en juillet.

«Il faut relever ses manches et bien montrer aux délégués des Shriners qui auront à prendre la décision que c'est à Montréal qu'on a l'expertise, la recherche», a fait valoir le conseiller Georges Bossé, membre du comité exécutif. Il a souligné que la Ville «a livré jusqu'à maintenant la marchandise» et que la décontamination du terrain prévu pour l'hôpital sur l'emplacement de la cour de triage Glenn était déjà commencée.

Cela n'aura pas suffi à convaincre le conseil des Shriners. Réunis à huis clos à Hawaii la fin de semaine dernière, ses membres ont convenu que les qualités de London l'emportaient sur celles de Montréal et d'Ottawa, sans autres précisions. Le CUSM recevra la semaine prochaine les détails des analyses et commentaires faits pour chaque emplacement.

Présentement installé rue Cedar, l'hôpital Shriners accuse son âge. Fondé en 1925, l'hôpital de 40 lits peine à suffire à la tâche, lui qui accueille quelque 6000 jeunes d'un peu partout en Amérique du Nord chaque année.

Avec Clairandrée Cauchy