La bactérie C. difficile continue de hanter les autorités sanitaires

Le Québec est loin d'en avoir terminé avec le Clostridium difficile en dépit de toutes les mesures prises par les établissements pour s'en protéger. La bactérie, qui avait semé l'émoi dans la province l'été dernier, a même connu un regain d'énergie cet hiver, révèle le deuxième rapport de surveillance de l'Institut national de la santé publique (INSPQ), qui a été rendu public hier à Montréal par le directeur national de la santé publique.

Cette fois, la liste des régions les plus touchées a quelque peu changé. Les Laurentides, Lanaudière, la Montérégie et Montréal en font toujours partie, tandis que l'Estrie et Laval ont cédé leur place à la région de Québec. Encore une fois, les données qui auraient permis de chiffrer les morts et les complications reliées au C. difficile ont été reportées au prochain rapport de l'INSPQ, qui devrait être déposé avant l'été.

Colligées en continu auprès de 88 hôpitaux, les dernières données couvrent la période allant du 22 août 2004 au 5 février 2005. Comme prévu par les autorités de la santé publique, le C. difficile y a connu une nette progression avec le retour du temps froid et son corollaire inévitable: un recours accru aux antibiotiques pour traiter les infections respiratoires.

En moyenne, le taux d'incidence a varié entre 10,9 et 12,8 par 10 000 personnes-jour entre août et décembre pour atteindre un pic de 16,3 par 10 000 personnes-jour durant la période du 9 janvier au 5 février 2005 avec 669 diarrhées associées à la bactérie.

Interrogé pour savoir si cette hausse avait été tempérée par les mesures mises en place dans les hôpitaux, le directeur national de la santé publique s'est fait prudent. «Dans les autres années, on voyait une augmentation de 100 % pour l'hiver, explique le Dr Alain Poirier. Cette fois, on est à 50 % pour la 11e période [janvier-février] et on pense, officieusement, que la 12e [février-mars] atteindra les 70 %. Quant à la 13e [mars-avril], les données montrent que cela a baissé.»

Cela dit, il est apparu avec ce deuxième rapport que les mesures adoptées par tous les établissements québécois avaient peut-être atteint un point de saturation. Des experts suggèrent en effet que le lavage des mains, la désinfection des lieux, l'isolement des personnes atteintes, l'introduction de personnel de prévention et la pharmacovigilance ne suffiront pas seuls à la tâche.

Certaines des souches de C. difficile sont en effet très virulentes et devront faire l'objet d'une étude plus approfondie. S'il est possible de dresser le portrait de la plupart des bactéries assez facilement, le C. difficile porte bien son nom, au point où les établissements sont incapables de le cultiver. L'INSPQ a donc décidé de dresser lui-même le profil des principales souches selon les régions et les établissements afin que les médecins puissent mieux les connaître et prescrire plus efficacement.

«C'est vrai qu'il faut que médecins, pharmaciens et infirmières s'assoient ensemble pour surveiller comment les antibiotiques sont utilisés dans leur établissement, mais, selon ce que nous disent les experts, il va aussi falloir obtenir l'empreinte digitale de la bactérie dans chaque milieu», confie le Dr Poirier.

Autre découverte, il semble que, si la plupart des établissements ont complété l'embauche d'infirmières en prévention pour atteindre le ratio idéal de une pour 133 lits, celles-ci manquent parfois d'outils. «On remarque que certaines infirmières en prévention ont besoin d'une formation en prévention. Il faudra donc mettre sur pied des formations pour répondre aux besoins», juge le Dr Poirier.

Plus concrètement, ce second rapport a montré que les taux d'infection à C. difficile sont jusqu'à trois fois plus élevés dans les hôpitaux de plus de 250 lits que dans ceux de moins de 100 lits. Un suivi particulier est également effectué par le ministère auprès de la dizaine d'établissements qui connaissent le plus de problèmes avec des taux dépassant les 20 par 10 000 personnes-jour.

À Montréal, le CH Fleury et l'hôpital Santa Cabrini sont toujours les plus touchés avec des taux respectifs de 43 et 23 par 10 000 personnes-jour. À Québec, c'est l'Hôtel-Dieu de Québec qui remporte la triste palme avec 23 par 10 000 personnes-jour.