Une coalition veut abattre les «murs de cigarettes»

Tape-à-l'oeil, souvent éclairés, toujours extrêmement visibles, les «murs de cigarettes »qui s'étirent derrière les comptoirs des détaillants sont un véritable danger pour la santé publique, a dénoncé hier la Coalition québécoise pour le contrôle du tabac, qui prétend avoir de nombreuses raisons de croire que cet enjeu ne sera pas pris en compte dans la future Loi sur le tabac à laquelle travaille le ministre de la Santé Philippe Couillard.

«Nous exhortons le gouvernement Charest à ne pas céder devant le lobby de gens d'affaires et les arguments de nature purement commerciale. L'enjeu n'est pas mercantile. C'est une question de protection de la santé publique», a expliqué le coordonnateur de la coalition, Louis Gauvin, qui réclame l'interdiction de la promotion, de la publicité et de l'exposition des produits du tabac chez les détaillants.

Cette sortie publique, la coalition la fait avant tout pour éteindre les feux allumés un peu partout au Québec par les lobbies qui militent en faveur de ces fameux murs, un des derniers outils dont disposent les fabricants pour faire la promotion de leurs produits. Les détaillants y tiennent tout autant, car ils leur rapportent gros, au point où certains brandissent même la menace de faillites et de fermetures.

«Comme dans le passé, ils présentent des scénarios dévastateurs de fermeture de dépanneurs, alors que pour compenser la perte de revenus venant de la promotion aux points de vente, ils n'ont qu'à augmenter le prix d'un paquet de cigarette de 6 ¢, soit de 0,75 % du prix actuel», a dénoncé M. Gauvin.

Un outil dangereux

La coalition ne nie pas que ce soient des enjeux fondamentaux qui touchent directement les ventes, les revenus et les profits des compagnies de tabac. Là où le bât blesse, c'est que cet outil de marketing est devenu si efficace qu'il en devient dangereux.

«La promotion au point de vente envoie le message que le tabac est socialement acceptable. Elle minimise l'ampleur et la sévérité des risques de l'épidémie du tabagisme qui tue un consommateur sur deux et enlève 20 ans à l'espérance de vie du fumeur», a expliqué Flory Doucas, analyste pour l'Association pour les droits des non-fumeurs.

Selon la coalition, cette omniprésence de la publicité de cigarettes encourage l'achat chez les fumeurs occasionnels et véhicule l'idée que le tabagisme et les produits du tabac sont beaucoup plus répandus dans la société qu'ils ne le sont vraiment. Sans compter que c'est chaque fois une occasion de rechute pour ceux qui essaient de mettre fin à cette habitude.

Le fait qu'il n'y ait aucune réglementation concernant les étalages amène également les détaillants à faire de la surenchère, ce qui vient discréditer les efforts de prévention. «Ces mesures sont d'autant plus importantes qu'elles lanceraient un message clair et cohérent qui irait dans le sens des interventions en prévention», a dit M. Gauvin.

Selon le directeur de la recherche pour les Médecins pour un Canada sans fumée, Neil Collishaw, Québec a toute légitimité d'agir. Il cite à cet égard l'exemple de la Saskatchewan qui vient d'adopter une loi interdisant la publicité, la promotion et l'exposition du tabac dans les lieux accessibles aux moins de 18 ans. «Une loi avant-gardiste que la Cour suprême du Canada a validée le mois dernier, au détriment des compagnies de tabac.»