Soins à domicile: Solidarité Santé n'est pas rassurée

À trois jours du premier budget du ministre des Finances, Michel Audet, l'état-major de la Coalition Solidarité Santé est ressorti plus inquiet que jamais hier de sa rencontre avec l'attachée politique de Jean Charest. Aucune promesse n'a pu être arrachée au bureau du premier ministre qui, il y a deux ans, promettait pourtant de faire des soins à domicile une des priorités du gouvernement.

Au sortir de cette rencontre, l'une des membres de la coalition n'a pas caché sa déception de voir le dossier encore une fois reporté. «Le ministre Philippe Couillard et le Parti libéral du Québec [PLQ] font preuve d'une compassion tout à fait théorique; ce que l'on veut, c'est une compassion pratique», a commenté Marie Pelchat, qui oeuvre à la clinique communautaire de Pointe-Saint-Charles.

À l'arrivée au pouvoir du PLQ, Québec occupait le dernier rang parmi les provinces en matière de dépenses par habitant en soins à domicile, accusant un écart de 18 $ par rapport à la moyenne canadienne. Deux ans plus tard, la province est toujours bonne dernière avec seulement 94 $ par an par personne, à la différence près que l'écart a depuis triplé pour atteindre les 51 $.

Un minimum

Selon l'Institut canadien d'information sur la santé, le Québec devrait hausser ses dépenses de 386 millions, ne serait-ce que pour atteindre le niveau canadien. Cette hausse saurait satisfaire la coalition, même si le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) admet lui-même qu'il en coûterait davantage pour mettre sur les rails une vraie politique de soins à domicile, soit 611 millions.

En dépit de tout cela, les goussets de l'État sont restés résolument fermés depuis deux ans. «Le Parti libéral a investi 117 millions dans les services à domicile et dans l'hébergement en CHSLD; de ce nombre, seuls 50 millions sur deux ans ont été réservés aux soins à domicile», a rappelé hier Gabrielle Pelletier, porte-parole de la Coalition, qui regroupe aujourd'hui 46 organisations nationales et régionales.

Résultat: non seulement le gouvernement ne répond pas à tous les besoins, mais ceux qui prennent le relais, les proches aidants, sont épuisés et n'ont d'autres solutions que de se tourner vers le privé, une tendance qui inquiète la coalition au plus haut point.

Danièle Rohrbach en sait quelque chose. Depuis huit ans, c'est elle qui prend soin de sa mère qui souffre de la maladie de Parkinson. «Quand ma mère était en centre d'accueil, il lui en coûtait 1000 $ par mois, et l'État s'occupait du reste. Maintenant, elle reçoit une subvention de 1000 $, et c'est moi qui assume le reste.»

Selon elle, le privé n'est pas la solution. Ses nombreuses expériences l'ont au contraire convaincue que seul le public peut assumer de telles responsabilités. «Ces gens-là manquent de formation, et le personnel est trop changeant. Il faudrait littéralement réglementer le milieu. Ils ont le papier, mais ce papier n'a pas de valeur», juge Mme Rohrbach. Un avis que partagent les membres de la coalition.