Encore bien des questions en suspens quant aux deux mini-hôpitaux promis par la CAQ

Dans l’appel d’intérêt publié mardi dans le système électronique d’appel d’offres, le ministère de la Santé et des Services sociaux s’enquiert auprès des soumissionnaires des interventions chirurgicales qu’ils « souhaitent » réaliser.
Molly Riley Archives Associated Press Dans l’appel d’intérêt publié mardi dans le système électronique d’appel d’offres, le ministère de la Santé et des Services sociaux s’enquiert auprès des soumissionnaires des interventions chirurgicales qu’ils « souhaitent » réaliser.

Le gouvernement Legault lance un nouvel appel d’intérêt concernant la construction de deux mini-hôpitaux. « Pouvez-vous offrir un service 24/7 ? », « Quelles chirurgies souhaitez-vous réaliser ? », « Comment allez-vous recruter vos médecins ? » : les questions destinées aux soumissionnaires intéressés sont nombreuses. Certains s’en inquiètent ; d’autres jugent la démarche utile. Québec assure que sa vision est claire et qu’il entame son « sprint final » avant la publication d’un appel d’offres.

La Coalition avenir Québec a promis en campagne électorale la construction de deux mini-hôpitaux — l’un dans l’est de Montréal, et l’autre à Québec — afin de désengorger les urgences de ces régions et d’améliorer l’accès à la première ligne. Deux appels d’intérêt ont été lancés en mars. Il y est notamment indiqué que les futures installations devront « offrir des services 24/7 ».

Or, dans l’appel d’intérêt publié mardi dans le système électronique d’appel d’offres, le ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS) demande aux prestataires de services intéressés par le projet s’ils sont en mesure d’ouvrir leurs portes jour et nuit, la semaine comme la fin de semaine.

Québec s’enquiert aussi, auprès des soumissionnaires, des opérations qu’ils « souhaitent » réaliser. « Seriez-vous intéressé à ajouter un volet chirurgical ambulatoire similaire aux centres médicaux spécialisés ? » peut-on lire. D’autres questions y figurent : « Croyez-vous pertinent d’intégrer des services de médecine spécialisée ? […] Concernant la reddition de comptes des activités des mini-hôpitaux, que proposez-vous ? »

Cela suggère que le ministère n’a pas vraiment d’idée de ce qu’il voudrait faire ou de comment le faire.

 

Devant cette quarantaine de questions, Damien Contandriopoulos, professeur à l’École des sciences infirmières de l’Université de Victoria, se dit « surpris ». « Cela suggère que le ministère n’a pas vraiment d’idée de ce qu’il voudrait faire ou de comment le faire, estime-t-il. Alors, il lance des perches dans toutes les directions en essayant de voir si, par hasard, les gens sur le terrain qui ont soumissionné auraient une idée, eux, de comment ça pourrait marcher. »

Damien Contandriopoulos comprend mal pourquoi le gouvernement demande aux entrepreneurs privés quelles chirurgies ils « souhaitent » réaliser. Dans un système public, plaide-t-il, c’est le gouvernement qui doit déterminer les services offerts en fonction « d’une analyse des besoins des territoires ». Pas le privé.

Maude Laberge, professeure agrégée à la Faculté de médecine de l’Université Laval et chercheuse au centre de recherche en santé durable VITAM, voit, quant à elle, cet appel d’intérêt positivement. « Le gouvernement est flexible et veut tester le marché », pense-t-elle.

Un « signe d’ouverture »

En entrevue au Devoir, le député Youri Chassin, adjoint parlementaire du ministre de la Santé et responsable du dossier, indique que l’appel d’intérêt est un signe d’ouverture et qu’il faut y voir « une certaine intention stratégique d’aller chercher les connaissances que le ministère n’a pas nécessairement ».

Selon lui, le gouvernement ne tient pas « à tout prix » à une offre de services « 24/7 ». « Pour nous, ça semblait important, affirme-t-il en entrevue. Si on nous dit : “Pour tel contexte, telle clientèle ou tel élément, là-dessus, le 24/7, c’est peut-être moins intéressant”, on veut le savoir. On veut avoir cette information-là pour pouvoir y réfléchir comme il faut.  »

Youri Chassin juge pertinent de connaître les propositions des soumissionnaires à l’égard de la reddition de comptes. Certains prôneront sans doute des suivis plus serrés, avance-t-il, ou suggéreront des indicateurs auxquels le MSSS pourra recourir dans l’avenir.

On veut voir quels sont les patients qui vont venir. Est-ce une maman avec un enfant qui a une otite ? Un monsieur ou une madame qui s’est blessé ou qui a des douleurs d’estomac la nuit ? On veut explorer.

 

Au cabinet du ministre Christian Dubé, on souligne que le nouvel appel d’intérêt vise à rencontrer les soumissionnaires intéressés afin de discuter « des détails » de leur proposition de vive voix, dans le but de s’assurer que « la vision » du gouvernement corresponde à ce qu’ils sont en mesure d’offrir. Le « sprint final » avant la publication de l’appel d’offres est entamé, assure-t-on.

De l’intérêt

Rémi Boulila, président et directeur général du réseau Centre médical Mieux-Être, a répondu au premier appel d’intérêt visant la construction, dans l’est de Montréal, d’un mini-hôpital doté d’une clinique externe en gériatrie (celui de Québec comportera une « majeure » en pédiatrie). Il affirme avoir des réponses à toutes les questions du MSSS.

En septembre prochain, le p.-d.g. compte ouvrir à quelques reprises l’une de ses cliniques (un GMF-R situé à Saint-Léonard) pendant 24 heures afin de mieux comprendre les besoins de la clientèle la nuit. « On veut voir quels sont les patients qui vont venir, dit-il. Est-ce une maman avec un enfant qui a une otite ? Un monsieur ou une madame qui s’est blessé ou qui a des douleurs d’estomac la nuit ? On veut explorer. »

« Excité » par le projet, Rémi Boulila affirme que son entreprise possède déjà un immeuble où le mini-hôpital pourrait être aménagé. Reste maintenant à voir quelle forme prendra l’initiative de mini-hôpital. Et si celle-ci est « viable financièrement », rappelle-t-il

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