Les allergies de plus en plus fréquentes chez l'adulte

La prévalence des symptômes de l'allergie, tels que l'asthme et la fièvre des foins, chez les adultes a clairement augmenté au cours du dernier quart de siècle, confirme une nouvelle étude, qui n'est par contre pas parvenue à pointer le facteur responsable de cette hausse.

Cette étude, qui était publiée dans la version en ligne du British Medical Journal, a consisté à comparer les échantillons sanguins de trois groupes de 513 hommes âgés entre 40 et 64 ans prélevés à trois époques différentes, soit en 1975-76, en 1981-82, ainsi qu'entre 1996 et 1998.

L'équipe du professeur Malcolm Law, du Center for Environmental and Preventive Medicine du Wolfson Institute of Preventive Medicine à Barts, au Royaume-Uni, et de la London School of Medicine and Dentistry de Londres a analysé la réactivité de ces échantillons sanguins à un cocktail de 11 allergènes aériens courants, dont le pollen de divers arbres et herbes, des moisissures, des orties, les desquamations de chat, de chien et de cheval, ainsi que deux espèces d'acariens présentes dans la poussière de maison.

On a ensuite mesuré dans les échantillons qui avaient réagi positivement à ce mélange d'allergènes les niveaux d'anticorps (les IgE, anticorps responsables de l'allergie) dirigés contre trois catégories d'allergène: le pollen de la fléole des prés — un constituant du foin —, ainsi que celui du sureau, du bouleau argenté, du noisetier et du chêne, de même que les desquamations de chat. En parallèle, on a cherché à savoir si ces mêmes échantillons contenaient des anticorps développés lors d'une hépatite A ou d'infections gastro-intestinales induites par la bactérie Helicobacter pylori.

Les chercheurs ont ainsi pu se rendre compte que la proportion d'hommes d'âge mûr qui réagissaient positivement aux différents allergènes testés, et qui développaient des anticorps contre les trois catégories d'allergène aérien sélectionnées, avait augmenté significativement entre 1975 et 1998. Le taux moyen d'augmentation équivalait à 4,5 % d'hommes supplémentaires qui devenaient allergiques chaque année. De plus, contrairement à ce qui était habituellement rapporté, les personnes allergiques ne voyaient pas leurs symptômes disparaître à mesure qu'elles avançaient en âge.

Les résultats de cette nouvelle étude effectuée au Royaume-Uni viennent également contredire les conclusions avancées par d'autres chercheurs, qui avaient, pour leur part, observé que les personnes ayant contracté par le passé des infections affectant le système digestif étaient moins nombreuses à souffrir d'allergies à l'âge adulte. «Une étude italienne montrait ainsi le pouvoir protecteur des infections causées par des bactéries s'attaquant au tube digestif, comme celles responsables de l'hépatite et les entérobactéries», relate le Dr Guy Delespesse, chef de la clinique d'allergie du CHUM à l'hôpital Notre-Dame. L'étude du Pr Malcolm Law n'a par contre relevé aucune association entre les infections passées et la présence d'allergies à l'âge adulte.

Les raisons qui expliqueraient cet accroissement de l'allergie chez les adultes demeurent inconnues, concluent les auteurs de l'article, qui affirment néanmoins que leurs résultats rendent improbable la possibilité que la progression de cette prévalence résulte d'une exposition accrue à certains allergènes spécifiques ou à la diminution du nombre d'infections durant l'enfance.

Le Dr Guy Delespesse n'est pas étonné des résultats rapportés par l'équipe britannique. «On sait depuis quelques années qu'il y a plus d'allergies maintenant qu'il y a 20 ou 30 ans, y compris chez l'adulte, confirme-t-il. De manière générale, on observe une augmentation de la fréquence de toutes les catégories d'allergies, qu'elles soient alimentaires ou respiratoires, et dans toutes les classes d'âge.»

Et il n'y a pas que les allergies qui deviennent plus fréquentes, les maladies auto-immunitaires, telles que la sclérose en plaques et la maladie de Crohn font également de plus nombreuses victimes. «Parallèlement aux maladies allergiques, toutes les maladies qui résultent d'une anomalie de la réponse immunitaire sont en augmentation, et ce, parce que le système immunitaire n'a pas été éduqué et n'a pas été exposé aux agents microbiens», souligne le spécialiste.

L'hypothèse qui prévaut actuellement pour expliquer cette hausse incontestable de l'allergie dans la population est celle de l'hygiène, affirme le Dr Delespesse. «Nous sommes exposés de manière moins importante, surtout durant notre enfance, aux agents pathogènes. Or il existe une relation inverse entre l'exposition aux microbes et la prévalence de maladies infectieuses, d'une part, et l'apparition de maladies allergiques ou de maladies auto-immunitaires, d'autre part, dit-il.

«L'accroissement de l'hygiène et la réduction des maladies infectieuses voudraient donc dire que notre système immunitaire est exposé à moins de microbes ou à des microbes différents que ceux auxquels il était exposé avant que ces mesures d'hygiène ne soient établies, poursuit-il. Les infections ou les microbes, bons et mauvais, de notre environnement éduquent notre système immunitaire. Or, en raison des modifications des conditions sanitaires dans nos pays au cours des dernières décennies, une partie de cette éducation s'est perdue. Comme notre système immunitaire n'a pas été suffisamment éduqué, il se mettra à réagir vis-à-vis des allergènes qui ne sont pourtant absolument pas dangereux.»

Il faut une bonne stimulation microbienne durant l'enfance. «Donnez-nous nos microbes quotidiens!», devrait être la maxime à suivre, lance le spécialiste.