Alerte à la grippe asiatique

Des échantillons du virus de la grippe asiatique, qui fut à l'origine d'une pandémie en 1957-58, ont été envoyés par inadvertance à des milliers de laboratoires dans le monde, dont une vingtaine au Canada. L'Organisation mondiale de la santé (OMS) a appelé hier tous ces laboratoires à détruire immédiatement ces souches potentiellement mortelles et ayant le pouvoir de provoquer une épidémie mondiale. Un tel scénario demeure toutefois peu probable, ont affirmé hier les autorités sanitaires nationales et internationales.

C'est le laboratoire national de microbiologie de Winnipeg au Canada qui a découvert le dangereux virus et alerté l'OMS le 26 mars dernier. L'enquête qui a alors été lancée a permis de retracer rapidement l'origine des échantillons en question, qui avaient été livrés par le Collège des pathologistes américains (CPA) en février 2005 dans le cadre du processus d'accréditation auquel doivent se soumettre annuellement les laboratoires de microbiologie.

Le Collège des pathologistes américains envoie régulièrement dans une multitude de laboratoires du monde des échantillons de virus, dont l'identité est cachée, dans le but de mettre à l'épreuve la capacité de détection des laboratoires pratiquant ce genre d'activité. Ces virus appartiennent généralement aux souches H3N2 et H1N1, qui sont nettement moins virulentes et dangereuses que la H2N2 qui fut responsable de la pandémie des années 50, a précisé hier le Dr David Butler-Jones, chef de la Santé publique du Canada, en conférence de presse.

Des virus H2N2 ont donc été détectés dans le prélèvement effectué sur un patient en Colombie-Britannique, a raconté le Dr Jones-Butler. La présence de ce virus disparu depuis 1968 a étonné les microbiologistes, qui ont prélevé de nouveau du sang du patient pour vérification. Le deuxième prélèvement étant exempt de virus, les microbiologistes ont alors attribué cette erreur à une contamination par un échantillon voisin, vraisemblablement un échantillon appartenant à ces kits de contrôle de la qualité réputés pour leur haute concentration virale.

Le virus H2N2 n'a pas circulé au sein de la population depuis environ 40 ans, a précisé le Dr Jones-Butler. En 1957-58, il a fauché entre un et quatre millions de personnes. Il a continué de circuler pendant quelques années et a entraîné des épidémies annuelles jusqu'en 1968, moment où il a été balayé de la scène par la souche H3N2 à la source d'une autre pandémie. Les personnes nées après 1968 ne sont donc pas immunisées contre la souche H2N2, qui n'est pas incluse dans les vaccins actuels contre la grippe, indique l'OMS.

Depuis octobre 2004, le CPA a donc distribué des échantillons de la souche H2N2 à 3747 laboratoires qui participent au programme de contrôle de la qualité. La majorité de ces laboratoires sont situés aux États-Unis. Le Canada en compte vingt. Seulement 61 laboratoires se trouvent ailleurs dans le monde, répartis dans 16 pays d'Asie, d'Europe, d'Amérique latine et du Moyen-Orient. Dès le 8 avril, tous ces laboratoires ont été sommés de détruire les échantillons de H2N2 qu'ils avaient reçus du CPA. Le 12 avril, on leur demandait de confirmer par écrit qu'ils avaient bien rempli cette requête et on insistait pour que soit effectué un dépistage rigoureux des problèmes respiratoires parmi les employés de ces laboratoires.

Bien que quelques cas d'infection au H2N2 contractée en laboratoire aient été signalés par le passé, on considère que le risque de contamination y est faible si les précautions de sécurité sont bien respectées.

La situation semble actuellement maîtrisée. Tous les laboratoires canadiens ont détruit leurs échantillons de H2N2. La possibilité que le virus se répande dans la population est minime, assurent l'Agence de santé publique du Canada, les Centers for Disease Control (CDC) aux États-Unis et l'OMS. «Rien à l'heure actuelle n'augure un grand risque d'infection dans la population à la suite de cet incident», a affirmé hier David Butler-Jones.

Les autorités sanitaires canadiennes ont également demandé d'évaluer l'état de santé de tous les employés de laboratoire ayant été en contact avec les échantillons de H2N2. «Certains travailleurs peuvent avoir présenté les symptômes de la grippe», a affirmé la Dre Sylvie Stachenko, administratrice adjointe à la Santé publique. «Comme ces personnes souffrent peut-être simplement d'une grippe saisonnière, nous avons demandé de procéder à des dosages d'anticorps dans le sang afin de vérifier si elles sont effectivement infectées par la souche H2N2.»