Santé publique - Urgence cancer

Un homme marche devant une statue édifiée en l’honneur de Terry Fox.
Photo: Agence Reuters Un homme marche devant une statue édifiée en l’honneur de Terry Fox.

Vingt-cinq ans après le combat de Terry Fox, le cancer est en voie de devenir le problème de santé publique numéro un au Canada. Au Québec, c'est même déjà fait, a récemment confirmé un rapport national, qui montre que le cancer a déclassé les maladies cardiovasculaires pour prendre le premier rang des causes de mortalité cette année.

Le vieillissement des baby-boomers pèse lourd sur le système de santé, au point où la Société canadienne du cancer anticipe une véritable «crise du cancer» si une stratégie pancanadienne de lutte n'est pas rapidement mise en place. Signe que le temps presse, le cancer est maintenant la première cause de mortalité au Québec, un changement qui devrait rapidement être suivi par les autres provinces canadiennes d'ici 2010.

En entrevue hier, la directrice générale de la Société canadienne du cancer, Division du Québec, a insisté pour qu'on appelle enfin un chat un chat. «Quand on parle de crise, on ne fait pas dans le spectaculaire. On ne dirait pas ça si on n'avait pas sous la main tous les éléments qui nous amènent à penser qu'une crise se dessine», a dit Nicole Magnan.

La recherche a pourtant fait des bonds de géant qui ont permis de faire grimper les taux de survie à plusieurs cancers. «La plupart des cancers sont stables, certains même régressent», confirme le radio-oncologue Marc David. Pourtant, le cancer tue plus que jamais. «Ce qui change la donne, c'est l'importance de la cohorte des 50 à 55 ans, qui tire littéralement les statistiques vers le haut», explique le médecin, qui agit comme conseiller médical pour la Société canadienne du cancer.

Au pays, l'Institut national du cancer du Canada estime que 149 000 nouveaux cas de cancer seront recensés cette année (37 400 seulement au Québec) et que pas moins de 69 500 personnes décéderont des suites d'un cancer (18 800 au Québec). C'est le cancer du poumon qui pardonne le moins. En 2005, 19 000 Canadiens en mourront, dont 5900 Québécois.

Rien n'indique que ces chiffres s'essouffleront dans les prochaines années, bien au contraire. «On a déjà beaucoup de ressources en place, mais certainement pas assez, déplore le Dr David. Et comme le fardeau du cancer va nécessairement augmenter avec le vieillissement de la population, il faut absolument que les ressources augmentent aussi.»

Et pour cause, le taux de croissance des nouveaux cas de cancer au pays s'accroît deux fois plus vite que celui de la population. Selon ce qu'a calculé la Société canadienne du cancer, seul un investissement massif de 50 millions par année, récurrent pour les cinq prochaines années, permettrait de mettre sur pied une stratégie pancanadienne efficace de lutte contre le cancer.

L'idée d'une telle stratégie n'est pas neuve. En 2001, une vingtaine d'organismes formaient la Coalition Priorité Cancer au Québec afin de faire de cette maladie une véritable priorité en matière de santé au Québec et de promouvoir l'idée d'une stratégie pancanadienne, qui tarde toujours à venir.

Quelques combats ont bien été gagnés, mais, depuis que le ministre de la Santé Philippe Couillard a autorisé une direction de la lutte contre le cancer, plus rien ne bouge. «Le discours s'est passablement émoustillé, nos demandes sont moins bien reçues, note Mme Magnan au nom de la Coalition. On a proposé les modèles adoptés par d'autres provinces au gouvernement, mais on n'a eu aucun écho.»

Selon la coalition, la mise en place d'une stratégie nationale de lutte contre le cancer empêcherait plus de 1,2 million de Canadiens de développer un cancer et pourrait sauver plus de 420 000 vies au cours des 30 prochaines années.

Car le cancer peut bel et bien être prévenu. «On sait maintenant qu'au moins 50 % des cas de cancer pourraient être évités par l'adoption de saines habitudes de vie et par la mise en oeuvre de politiques de santé publique», a souligné Louise Labrie, experte en santé publique et vice-présidente de la Société canadienne du cancer, Division du Québec.

Pour lutter quotidiennement contre le cancer, la Société propose sept règles à suivre: ne pas fumer, bien manger, faire de l'activité physique, se protéger du soleil, se soumettre au dépistage, parler à son médecin de tout changement dans son état de santé et suivre les consignes de sécurité sur les produits dangereux.

L'urgence d'une action plus musclée en faveur de la lutte au cancer a aussi été reprise hier par la famille et les amis de Terry Fox, qui s'étaient réunis hier à Saint-Jean, Terre-Neuve, pour assister à l'inauguration d'un monument à l'endroit même où le célèbre unijambiste entreprenait son célèbre Marathon de l'espoir, le 12 avril 1980.

Trois ans plus tôt, le jeune homme avait perdu une jambe à cause du cancer. Ému par les souffrances des enfants qui étaient soignés avec lui, Terry Fox avait alors décidé d'amasser des fonds pour la recherche sur le cancer, en parcourant 42 kilomètres par jour. Il avait dû abandonner sa traversée du Canada à mi-chemin en raison d'une récurrence du cancer qui l'a emporté le 28 juin 1981, à l'âge de 22 ans.

Aujourd'hui, le Marathon Terry-Fox est présenté chaque année dans une cinquantaine de pays et plus de 360 millions ont été recueillis au nom du jeune homme pour la recherche sur le cancer.

À Ottawa, le ministre de la Santé, Ujjal Dosanjh, a annoncé un don de dix millions de dollars à la Fondation Terry-Fox.

Avec la Presse canadienne
1 commentaire
  • Jocelyne Gauthier - Inscrite 14 avril 2005 10 h 57

    Cancer ou génocide?

    L'article Santé publique - Urgence cancer m'a rappelé un extrait d'un autre article d'une revue américaine.

    Cet article mentionnait que les très nombreuses usines de charbon du mild-west pourrait provoquer un génocide sur les populations du nord-est américain, dont le Québec et les Maritimes.

    Il serait bon que quelqu'un de Santé Canada fasse une enquête sur les émanations de ces usines qui nous passent au-dessus de la tête et sont déversées dans les précipitations. Rappelons-nous que le taux d'acidité des pluies lors du grand verglas de 1998 était plus élevé que le vinaigre. C'est tout dire!!

    Il y a un non-sens dans le fait que le cancer du poumon augmente quand les gens fument beaucoup moins qu'avant. Il faudrait donc analyser l'air qu'on respire et dénoncer les coupables. Et dire que de M. Lord du Nouveau-Brunswick voudrait ouvrir des usines fonctionnant au charbon si Ottawa ne lui donne pas 800M$ pour rénover la centrale nucléaire. Sa demande est décevante: pourquoi ne prévoit-il pas des éoliennes? Il y a du vent en Acadie pourtant. J'espère qu'une enquête sera faite avant qu'il soit trop tard.