Vaincre la pauvreté pour une société en meilleure santé

Plus les gens sont affectés par la défavorisation socioéconomique, plus grands sont les problèmes de santé.
Photo: Jacques Nadeau Plus les gens sont affectés par la défavorisation socioéconomique, plus grands sont les problèmes de santé.

Les principaux problèmes de santé pourraient être «évités» par la prévention et, surtout, par une réduction des inégalités sociales. C'est un des principaux constats qui ressort du rapport national sur l'état de santé de la population du Québec rendu public hier.

«La pauvreté est le plus puissant déterminant des problèmes de santé. Plus les gens sont affectés par la défavorisation socio-économique, plus grands sont les problèmes de santé», a fait valoir le directeur national de la santé publique du Québec, Alain Poirier, en dévoilant les grandes lignes du volumineux rapport intitulé «Produire la santé».

Alain Poirier met en garde contre des modifications à la fiscalité qui auraient pour effet d'accroître le coût des «services essentiels pour la santé des gens comme le logement, l'alimentation, le transport, les garderies et les médicaments».

Le sous-ministre joue cependant de prudence en évitant de se mêler directement du débat sur les baisses d'impôts: «l'arbitrage et la façon dont les choix vont se faire, c'est au-dessus de moi», a-t-il déclaré lorsqu'il a été interrogé sur la perspective de compressions dans l'aide sociale ou dans les garderies.

Les comportements individuels jouent aussi un rôle important dans l'état de santé des Québécois. Le tabagisme, la mauvaise alimentation et la sédentarité sont ensemble responsables de 40% des décès et de 80% de ceux résultant de maladies chroniques. Le rapport relève cependant de légères améliorations à ce chapitre: le tabagisme a reculé de 40% à 27% depuis 15 ans - ce qui demeure tout de même plus élevé que la moyenne canadienne - et le taux d'activité physique est passé de 26% à 31% ces dernières années.

Là encore, la pauvreté intervient dans ces mauvais choix de santé: «Quand on a moins d'argent dans nos poches, ce qui est accessible [à l'épicerie] est plus 'obésogène'», a ajouté le directeur de la santé publique.

Le docteur Poirier insiste sur la nécessité d'accroître les efforts de prévention, soulignant que le Québec n'y alloue que 2% de ses dépenses de santé, alors que l'Organisation mondiale de la santé suggère d'y consacrer 5%. La santé passe aussi par les autres secteurs de la société, tels l'environnement, le soutien aux enfants ou l'éducation, a fait valoir le docteur. «Si on continue de réfléchir uniquement d'un côté de l'équation, soit offrir de nouveaux services, on va manquer le bateau avec le vieillissement de la population», a souligné M. Poirier.

Selon le directeur national de la santé publique, Alain Poirier, l'état de santé des Québécois s'améliore globalement, lorsqu'on nuance les indicateurs en fonction du vieillissement de la population. Les maladies cardio-vasculaires ont chuté de façon importante depuis les années 1950 (60% chez les hommes et 80% chez les femmes), la mortalité infantile a diminué de 80% depuis 1965 et le nombre de traumatismes routiers a également connu un recul important depuis 20 ans.

Par contre, les suicides sont en hausse depuis les années 1970 et le cancer est devenu la principale cause de décès en 2001, déclassant les maladies cardio-vasculaires, ce qui peut en partie s'expliquer par le vieillissement de la population.

De nouveaux fléaux émergent également ces dernières années telles l'obésité qui a connu une croissance vertigineuse de 56% depuis 10 ans ou la propagation des maladies nosocomiales.