Un autre médicament mis à l'index

Après le Vioxx, c'est maintenant au tour du Bextra d'être mis à l'index par les autorités de la santé publique du Canada, des États-Unis et de l'Union européenne, qui ont toutes trois demandé à son fabricant, Pfizer, de se soumettre hier à un «retrait volontaire», le temps que «les questions sur sa sûreté soient résolues».

La décision de Santé Canada vient une fois de plus réduire la pharmacopée antidouleur offerte aux Canadiens, déjà passablement mise à mal par le retrait du Vioxx par Merck, en septembre dernier. Depuis, un effet de classe attribué à tous les COX-2 (Vioxx, Celebrex, Bextra et Mobicox) a permis de mettre en lumière un risque accru d'accidents cardiovasculaires, risque qui fait toujours l'objet d'un examen à Santé Canada.

Dans un souci de prudence, le ministère de la Santé a également publié hier de nouvelles restrictions sur l'utilisation de l'autre COX-2 de Pfizer, le Celebrex, l'interdisant notamment à tout patient souffrant de problèmes cardiaques.

Pour ce qui est du Bextra, leurs craintes sont cette fois d'un autre ordre. «La décision de Santé Canada se base sur l'examen continu des informations faisant état de réactions sérieuses de la peau, rares, mais potentiellement mortelles», a expliqué le Dr Marc Berthiaume, gestionnaire de la division des produits pharmaceutiques commercialisés à Santé Canada. Déjà connu, le risque avait fait l'objet d'une mention dans sa monographie originale en décembre.

Interrogé sur les raisons de ce retrait, le porte-parole de Santé Canada a expliqué que c'était la meilleure chose à faire en attendant que l'analyse des coxibes soit terminée. «D'un mois à l'autre, les informations changent, évoluent. Les décisions ne sont jamais permanentes en matière de médicaments. Il est apparu que le Bextra posait un risque additionnel par comparaison aux autres coxibes, ce qui justifie son retrait», a dit le Dr Berthiaume.

Le ministère a demandé au laboratoire américain «de lui produire les preuves de l'innocuité de ce médicament dans les conditions d'usage pour lesquelles il est prescrit» et de lui fournir une analyse risques-avantages montrant les bienfaits thérapeutiques particuliers dudit produit. De son côté, l'organisme canadien mènera sa propre enquête.

Agissant pour le compte de la filiale au Canada de la compagnie pharmaceutique basée à New York, le porte-parole Michael Amos a signalé que Pfizer obéissait à contrecoeur à l'ordre du ministère: «Nous ne sommes pas d'accord mais nous nous conformons à leurs exigences.» Pfizer maintient toutefois le contact avec le ministère, a-t-il affirmé, et espère convaincre les autorités fédérales d'autoriser le retour du Bextra sur les tablettes des pharmacies.

En attendant, les utilisateurs sont priés de consulter leur médecin afin de trouver une solution de rechange sécuritaire. Ceux qui utilisent le Celebrex sont aussi invités à vérifier auprès de leur médecin si ce médicament leur convient toujours.

Tous ces avis ne sont pas sans susciter une certaine inquiétude, particulièrement chez les personnes qui souffrent d'arthrite et qui prennent des anti-inflammatoires sur une base quotidienne. Un sondage mené en ligne auprès de 500 Canadiens par Léger Marketing montre que plus de la moitié des arthritiques ont dû apporter des changements à leur traitement ou devront le faire.

Avec la Presse canadienne