L’Ordre des infirmières maintient la tenue de son prochain examen d’admission

Le commissaire qui enquête sur le taux d’échec anormalement élevé du dernier examen de l’OIIQ avait suggéré un report de la prochaine épreuve.
Stephanie Marin La Presse canadienne Le commissaire qui enquête sur le taux d’échec anormalement élevé du dernier examen de l’OIIQ avait suggéré un report de la prochaine épreuve.

Contrairement à la recommandation du commissaire à l’admission aux professions, l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec (OIIQ) annonce qu’il maintient la tenue de son prochain examen prévu en mars. Les candidates à la profession auront toutefois le choix d’y participer ou d’attendre jusqu’à l’automne prochain.

Lors de la publication d’un rapport d’étape la semaine dernière, le commissaire qui enquête sur le taux d’échec anormalement élevé du dernier examen de l’OIIQ avait suggéré un report de la prochaine épreuve. Me André Gariépy souhaitait prendre le temps de faire la lumière sur les raisons expliquant le taux d’échec élevé avant que l’ordre ne répète l’exercice.

À la suite d’une semaine de réflexion, l’Ordre a accouché mercredi d’un compromis en offrant la chance aux candidates à l’exercice de la profession infirmière (CEPI) de se soumettre à l’examen d’admission de mars si elles le souhaitent. Les autres pourront patienter et passer l’examen suivant prévu en septembre 2023.

Normalement, les CEPI ont l’obligation de s’inscrire à l’examen d’admission à la profession dès qu’il se présente à défaut de quoi on leur attribue un échec.

Par voie de communiqué, l’OIIQ explique que « cette décision permet l’option du report de la date de l’examen pour les CEPI qui ne se sentent pas en mesure de passer l’examen professionnel ou qui désirent attendre la conclusion de l’enquête ».

Dans l’attente de leur participation à un prochain examen, ces CEPI vont pouvoir continuer de travailler dans le réseau de la santé selon les normes d’encadrement en place.

Le président de l’OIIQ Luc Mathieu explique que l’annulation ou le report de l’examen à une date indéterminée n’était pas envisageable.

« Quelqu’un qui est candidat à l’exercice de la profession, ce n’est pas quelqu’un en plein exercice. D’une part, il demande de la supervision plus étroite et déjà dans le réseau de la santé en termes de ressources disponibles c’est limite. Là, ce serait pour une période indéfinie », souligne-t-il.

Par ailleurs, dans une autre recommandation, le commissaire Gariépy proposait d’offrir une ultime chance de réussir l’examen d’admission à la profession aux candidates ayant échoué pour la troisième fois l’automne dernier. L’OIIQ confirme qu’il donne suite à cette demande. Selon les règles actuelles, un troisième échec à l’examen de l’OIIQ entraîne une exclusion et empêche la candidate de devenir infirmière.

Du même coup, l’OIIQ s’engage à « redonner le droit d’exercer à titre de CEPI aux personnes ayant obtenu un troisième échec à l’examen de septembre 2022 » ou dont le délai pour réussir l’examen a pris fin l’automne dernier.

Il s’agit d’une exception qui s’applique uniquement aux 148 personnes concernées. L’OIIQ n’a pas l’intention d’effacer l’échec au dossier des autres CEPI.

Luc Mathieu affirme qu’au bout de trois essais, une très forte majorité d’aspirantes infirmières parvient à obtenir la note de passage à l’examen.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, a salué la décision de l’OIIQ dans un commentaire publié sur Twitter. Selon lui, le compromis et les mesures annoncées vont permettre de « favoriser la réussite de nos futures infirmières », dont le réseau a grand besoin en période de pénurie de main-d’oeuvre.

Faible taux de réussite

En septembre dernier, seulement 51,4 % des candidates ayant tenté leur chance pour la première fois ont obtenu la note de passage de 55 % à l’examen. Dans la foulée de la controverse soulevée par ce taux d’échec disproportionné, le commissaire Me André Gariépy a ouvert une enquête sur les raisons ayant mené à ce fiasco.

Au moment du dévoilement des résultats, l’OIIQ avait blâmé le contexte de la pandémie pour justifier un cadre d’apprentissage ou de préparation à l’examen inadéquat pour les étudiantes des différents programmes de soins infirmiers.

Si l’on suit cette logique, la prochaine cohorte qui doit se présenter à l’examen de mars risque elle aussi de frapper un mur. Ces futures CEPI ont elles aussi été formées en bonne partie en pandémie. Cette réalité a également pesé dans la réflexion de l’Ordre.

« Ça a frappé de plein fouet tout le monde, dans toutes les sphères d’activité. Dans les milieux d’enseignement, ça a pris un certain temps pour qu’on ajuste les méthodes pédagogiques. Il y a eu pas mal moins d’exposition aux laboratoires de simulation clinique et en milieux de stages », rappelle Luc Mathieu.

Il souligne également que de nombreuses étudiantes ont prêté main-forte lors de la campagne de vaccination de masse partout au Québec. Des heures passées à protéger la population contre le virus, mais autant d’heures qui n’ont pas été consacrées à leurs apprentissages cliniques.

Luc Mathieu insiste sur le fait que l’examen de l’OIIQ n’a pas changé et qu’il est faux de prétendre qu’il favorise les étudiantes universitaires au détriment du collégial.

« L’examen de l’Ordre, il n’a pas changé depuis 2018. C’est la même structure, la même forme. Ce sont les mêmes personnes qui contribuent à développer les situations cliniques et qui élaborent les questions qui en découlent », assure-t-il.

Dans son rapport d’étape publié la semaine dernière, le commissaire à l’admission aux professions indique avoir noté « des éléments préoccupants tant sur l’examen que sur la formation des personnes candidates ». Il précisait que le taux de réussite général, en incluant les candidates qui avaient déjà échoué dans le passé, était encore plus faible à 45,4 %.

À titre comparatif, le taux de réussite global varie entre 63 % et 96 % depuis la création de cette formule d’examen en 2018.

Me Gariépy s’appuie sur deux hypothèses pouvant expliquer l’impressionnant taux d’échec. D’une part, soit « l’examen comporte des failles méthodologiques » ou d’autre part « la formation des personnes candidates, ou de certaines d’entre elles, ne les a pas préparées adéquatement ». Une combinaison des deux facteurs pourrait aussi être en cause.

Le commissaire avance ainsi que « des personnes candidates ont vraisemblablement subi un préjudice dans leur parcours d’insertion professionnelle ». Dans une réponse transmise par courriel, Me Gariépy a confirmé avoir reçu la réponse de l’OIIQ, mais n’a pas voulu formuler de commentaire alors que son enquête suit son cours.

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