Dernier sprint pour trouver un vaccin contre le virus respiratoire syncytial

Aucun vaccin n’existe présentement pour prévenir la maladie associée au VRS.
Photo: Getty Images iStockphoto Aucun vaccin n’existe présentement pour prévenir la maladie associée au VRS.

Après 60 ans de recherches, les laboratoires pharmaceutiques sont sur le point de produire un tout premier vaccin contre le virus respiratoire syncytial (VRS). Moins connu — et moins dangereux — que les virus à l’origine de la COVID-19 ou de la grippe, le VRS contribue néanmoins à engorger les hôpitaux du Québec.

Semblable à celui de la grippe, mortel pour les plus jeunes et les plus vieux d’entre nous, le VRS constitue le troisième triumvir de la « triple épidémie » qui sévit au Québec. Quelque 3,4 millions d’hospitalisations et 100 000 décès sont attribuables au VRS chaque année dans le monde, selon le Centre de collaboration nationale des maladies infectieuses.

« Le VRS a probablement un quart du fardeau que représente la grippe », estime le Dr Jesse Papenburg, spécialiste en infectiologie pédiatrique, microbiologiste médical et codirecteur du Centre d’étude sur les vaccins du CUSM. Environ un patient sur dix de plus de 65 ans admis pour le VRS à l’hôpital en mourra, grosso modo. « Ça démontre qu’il y a un fardeau assez important, même si le nombre de cas est moins grand que l’influenza. »

Pratiquement l’ensemble des enfants contractent le VRS avant l’âge de 3 ans. Ce virus constitue même la première cause d’hospitalisation pour les enfants de moins d’un an. Seule Pfizer travaille présentement sur un vaccin destiné à cette jeune clientèle. Le reste des pharmaceutiques se penchent davantage sur un vaccin destiné aux personnes âgées, aussi très vulnérables à ce virus.

GlaxoSmithKline (GSK) possède l’avance dans cette course au premier vaccin contre le VRS. L’entreprise a soumis en novembre dernier son candidat-vaccin aux autorités de Santé Canada pour approbation. Pfizer suit de près. La plus récente à entrer dans le sprint final, Moderna, a annoncé la semaine dernière avoir terminé ses essais cliniques avec une prévention des infections graves dépassant 80 % des cas pour les plus de 60 ans.

Les déclarations de Moderna ne détaillent pas le degré de sécurité associé à ses études. Revalider ses statistiques de façon indépendante s’avérera essentiel, rappelle le Dr Papenburg. Mais, on peut déjà en conclure que ces vaccins fonctionnent « un peu comme le vaccin contre la COVID-19. Ils sont très imparfaits pour prévenir l’infection, mais préviennent les infections graves », indique-t-il.

Moderna est la seule entreprise dans la course à miser sur la technologie de l’ARN messager. Les autres concurrents, tels que Pfizer, Sanofi, GSK, Bavarian Nordic, Janssen, Novavax ou Regeneron, misent sur d’autres types de vaccins plus traditionnels.

Le marché pour ces vaccins vaudrait à lui seul 10 milliards de dollars par année d’ici la fin de la décennie, selon des analystes financiers de la firme SVB Leerink.

Aucun vaccin n’existe présentement pour prévenir la maladie associée au VRS. Il faut dire que les recherches ont été largement freinées par un scandale durant les années 1960. Les scientifiques de jadis avaient injecté leur substance dans le bras de jeunes enfants et, plutôt que de les aider, celle-ci avait aggravé leurs symptômes. Deux cobayes avaient péri des suites de cette erreur.

Les études ont repris de la vigueur il y a une quinzaine d’années, lorsqu’on a commencé à comprendre la complexité du virus. « On ne se rendait pas compte avant que le VRS pouvait provoquer des complications cardiaques, des complications respiratoires », rappelle le Dr Papenburg.

Même si ces nouveaux vaccins n’ont pas encore été approuvés, voire soumis au régulateur canadien, ils se trouvent déjà sous le radar du Comité sur l’immunisation du Québec. Le conseil d’experts commence à réfléchir à l’introduction de ce nouveau venu dans le carnet de vaccination des Québécois.

Vers une triple vaccination ?

Cette année, le virus respiratoire syncytial a été particulièrement virulent. Cette pression des virus respiratoires sur le système de santé a conduit le gouvernement à offrir le vaccin contre la grippe gratuitement à toute la population.

Un déploiement de ces vaccins en prévision de la saison de la grippe à l’automne 2023 semble toutefois peu probable étant donné le manque de temps pour effectuer l’approvisionnement des cliniques de vaccination. Environ 40 % des Québécois, bon an mal an, reçoivent déjà une inoculation contre la grippe saisonnière.

Bien qu’il soit difficile de le prédire avec certitude, le Dr Papenburg estime qu’une triple vaccination (VRS, COVID-19, grippe) au début de la saison froide pourrait à terme devenir réalité au Québec puisque les personnes à risque de développer une maladie grave dans le cas du VRS le sont aussi pour la COVID-19 et l’influenza. « Ça s’entrecroise énormément. C’est vraiment les mêmes populations qu’on cible. »

Selon le spécialiste en infectiologie, l’idéal serait d’avoir un vaccin qui combine les trois virus en même temps. « Moderna travaille sur ça », indique-t-il.

Encore faudrait-il que la COVID-19 se comporte comme les autres virus respiratoires en suivant les saisons, ce qui n’a pas encore été démontré.
 


Correction: Une première version de ce texte indiquait qu'environ un patient sur dix admis pour le VRS à l’hôpital allait en mourir. Cette estimation s'applique plus précisément aux patients de plus de 65 ans.

 

 

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