Des infirmières du Nord-du-Québec sommées de retourner au travail après une grève illégale

À 17 h, jeudi, trois membres du Syndicat nordique des infirmières et infirmiers de la Baie d’Hudson ont remis leur téléphone de garde à un membre de la direction et ont refusé d’effectuer leur travail.
Johnny Greig Getty Images iStockphoto À 17 h, jeudi, trois membres du Syndicat nordique des infirmières et infirmiers de la Baie d’Hudson ont remis leur téléphone de garde à un membre de la direction et ont refusé d’effectuer leur travail.

Les membres du Syndicat nordique des infirmières et infirmiers de la Baie-d’Hudson (SNIIBH-FIQ) s’insurgent de voir leur employeur, le Centre de santé et services sociaux (CSSS) Inuulitsivik, s’adresser au Tribunal du travail (TAT) pour leur ordonner de reprendre le travail après qu’ils ont effectué un sit-in pour dénoncer leurs conditions de travail.

En milieu d’après-midi, mercredi, des employés avaient dénoncé par courriel à leur employeur « une situation qui perdure depuis deux ans, notamment le manque de personnel, son impact et l’inaction de la direction des soins infirmiers ».

Dans cette missive, les syndiqués avertissaient qu’à défaut de répondre rapidement et adéquatement à leur ultimatum, « des mesures supplémentaires de mobilisation » seraient entreprises dès le lendemain.

Au terme d’une rencontre tenue jeudi après-midi, à laquelle ont pris part la directrice des soins infirmiers, la directrice des ressources humaines, la coordonnatrice des dispensaires du CSSS, des représentants des sept communautés du Grand-Nord affiliées à l’unité de négociation et des membres de leur exécutif syndical, les travailleurs ont tout de même décidé d’effectuer un sit-in et de ne pas entamer leur quart de travail, prévu entre 17 h et 9 h le lendemain matin.

En conséquence, le CSSS a demandé verbalement au TAT d’intervenir vers 17 h, jeudi, puis a réitéré sa requête par écrit vers 21 h 30. Une ordonnance de retourner immédiatement au travail a été rendue au cours de la nuit par la juge Irène Zaikoff, qui a rappelé aux membres du personnel que « le droit de grève n’est pas acquis » et que leurs raisons pour « cesser de fournir leur prestation de travail usuelle ne sont pas pertinentes aux fins du litige ».

La juge administrative avait par ailleurs mentionné dans sa décision, dont La Presse canadienne a obtenu copie, que cette grève « porte préjudice ou est vraisemblablement susceptible de porter préjudice à un service auquel la population a droit » dans un contexte où un bris de service pourrait avoir de fâcheuses conséquences.

Elle a rappelé que « l’organisation des services de santé et des services sociaux dans le Grand Nord présente des particularités en raison des distances et des possibilités de déplacement ». « Même dans les cas où des médecins ont remplacé des personnes salariées devant prendre les appels de garde, il y a eu des périodes sans service », a réitéré le TAT.

« Désolant et révoltant »

Le président du SNIIBH, Cyril Gabreau, déplore que la partie patronale « n’a pas saisi l’ampleur de l’état de la situation ».

« Les infirmières n’en peuvent plus de leurs conditions de travail et de faire les frais de la grave pénurie de personnel qui sévit depuis trop longtemps. Hier soir, les infirmières de sept villages de la côte de la baie d’Hudson voulaient lancer un message sans équivoque en réclamant des engagements des gestionnaires pour que les choses changent. Elles sont épuisées, surchargées et démotivées. Elles considèrent, avec raison, que ce n’est plus possible pour elles d’offrir des soins de qualité et sécuritaires. La réponse de l’employeur ? Allez régler ça au Tribunal administratif du travail pour les forcer à rentrer au travail. Que c’est désolant et révoltant », a soutenu l’officier syndical dans un communiqué.

Celui-ci allègue que de « nombreuses pistes de solutions ont été [préalablement] proposées à l’employeur, mais qu’elles ne sont malheureusement pas prises en considération ».

« C’est le statu quo, tout le temps ! Mais ce n’est pas possible de laisser les choses aller de cette façon. On demande que l’employeur soit à l’écoute des professionnelles en soins qui veulent offrir des soins de santé à la communauté. Nous avons des pistes de solution. L’heure est grave et si nous voulons attirer et retenir des professionnelles en soins, il n’est plus acceptable de leur demander de faire 32 heures de suite, ni d’avoir au minimum 8 heures de repos par période de garde de 24 heures, par exemple », a illustré M. Gabreau.

Une nouvelle rencontre aura lieu lundi après-midi entre le syndicat et la présidente-directrice générale du CSSS pour tenter de dénouer l’impasse.

Les attentes des infirmières sont grandes, a fait savoir le SNIBH-FIQ. Elles espèrent que des propositions concrètes seront mises sur la table. « C’est à la suite de cette rencontre qu’elles décideront des prochaines étapes », indique-t-on.

Cette dépêche a été rédigée avec l’aide financière de la Bourse de Meta et de La Presse canadienne pour les nouvelles.

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