20% de surmortalité au Québec en fin d’année

La vague de virus respiratoires qui frappe le Québec depuis l’automne, conjuguée aux sous-variants d’Omicron, a engendré une surmortalité importante en fin d’année : on a observé environ 20 % de décès de plus que ce qui était attendu.

Selon les données dévoilées jeudi par l’Institut de la statistique du Québec (ISQ), cette surmortalité, surtout portée par la COVID-19, oscillait autour de 10 % depuis le mois de juillet, mais a bondi fin novembre pour avoisiner les 20 % lors des dernières semaines de 2022. Les informations les plus récentes datent du 17 décembre.

« Les données sur les causes de mortalité nous indiquent que ce n’est pas juste la COVID, les décès [qu’elle a causés] sont restés assez stables depuis l’été, mais surtout les virus respiratoires et la grippe qui ont eu un impact sur la surmortalité récente », explique Frédéric Fleury-Payeur, démographe expert à l’ISQ.

Si l’on compare ces chiffres à ceux normalement attendus pour cette période de l’année, le Québec a connu, de la fin novembre au début décembre, une surmortalité bien plus élevée qu’à l’habitude. « L’excédent normal à cette période de l’année oscille de plus ou moins 6 % d’une semaine à l’autre. Mais quand on est rendus à 280 décès de plus qu’attendu en une semaine, c’est significatif », affirme le démographe.

Québec, États-Unis et Europe

Pour une rare fois depuis le début de la pandémie, le Québec a affiché en décembre une surmortalité — 20 % toutes causes confondues — supérieure à celle rapportée dans plusieurs États américains limitrophes (12 % dans l’État de New York et 6 % au Massachusetts, notamment). Depuis la septième vague de COVID, en mai 2022, le Québec affiche un bilan comparable à celui des États-Unis quant aux décès excédentaires (10 % de surmortalité, comparativement à 9,6 %), indique l’ISQ dans son rapport.

Mais ces chiffres sont à prendre avec nuances, selon M. Fleury-Payeur, dans la mesure où les données de plusieurs États américains sont préliminaires et souvent révisées à la hausse dans les mois qui suivent.

Chose certaine, l’écart de surmortalité observé entre le Québec et les États-Unis s’est réduit comme peau de chagrin en cette année ponctuée par l’arrivée d’Omicron. Malgré tout, on ne peut conclure que la surmortalité actuelle au Québec est pire ou même comparable à celle de nos voisins, croit M. Fleury : si l’on compare toute l’année 2022, la surmortalité au Québec atteint à ce jour 8 % en moyenne, contre 11 % aux États-Unis.

De plus, si l’on examine la situation depuis le début de la pandémie, le cumul de la surmortalité atteint 15 % aux États-Unis, contre 5,4 % au Québec, soit trois fois moins. « Les États-Unis ont déjà une mortalité plus élevée à la base que celle de la population du Québec, et ils sont demeurés en surmortalité depuis deux ans. Donc, en termes absolus, l’écart est beaucoup plus grand et le déficit d’espérance de vie y est largement plus grand », dit-il.

À la fin de l’année, la surmortalité au Québec semblait aussi plus élevée qu’en Europe, où les décès excédentaires étaient bien en deçà des 20 % observés ici. Mais depuis, les chiffres du réseau EuroMOMO, qui compile les données de mortalité dans 24 pays européens, démontrent que plusieurs d’entre eux écopent sérieusement de la « tripandémie » nourrie par les récents sous-variants d’Omicron, la grippe et les autres virus respiratoires. « En novembre, plusieurs pays d’Europe observaient moins de surmortalité qu’ici, mais en ce moment, les chiffres atteignent jusqu’à 33 % de décès excédentaires rapportés pour l’avant-dernière semaine de 2022, notamment en Allemagne », explique le démographe Fleury-Payeur.

L’effet Omicron

On sait déjà que l’arrivée d’Omicron a fait de 2022 l’année la plus meurtrière de la pandémie après celle de 2020, avec 5688 morts. Mais la récente vague de virus respiratoires est venue alourdir ce bilan déjà sombre.

Les données de l’ISQ démontrent aussi que la surmortalité due à Omicron a frappé davantage les régions du Québec (autres que Montréal, Laval, la Montérégie et Lanaudière), et que la COVID y a engendré le décès de plus de personnes qu’à tout autre moment de la pandémie, avec un pic de surmortalité de 34 % observé en janvier 2022. Les régions sont restées en surmortalité presque toute l’année, avec un rebond à l’automne (autour de 15 %).

Les régions de Montréal et de Laval sont demeurées en sous-mortalité depuis juin 2020, sauf après l’arrivée d’Omicron et lors de brefs épisodes des 6e et 7e vagues. « On y vit encore cet effet de moisson en raison du grand nombre de personnes décédées en 2020. Mais ce qui est certain, c’est que la vague Omicron a beaucoup plus touché les régions en matière de surmortalité. »

Selon les premières données récoltées par l’ISQ, la mortalité due aux virus respiratoires aurait ralenti ces dernières semaines. Le pic de mortalité hivernale anticipé chaque année en décembre et janvier pourrait s’être produit plus tôt cette année, en raison de l’arrivée précoce de la saison de l’influenza, et ainsi réserver un mois de janvier plus calme aux Québécois.

Mais il faudra attendre le prochain bilan de l’organisme pour savoir si le pire est bel et bien derrière nous.

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