Le sous-variant XBB.1.5 arrive au Québec

Le sous-variant XBB.1.5, qui s’est répandu comme une traînée de poudre aux États-Unis, commence à se propager au Québec. Il représentait 2,4 % des cas entre le 25 et le 31 décembre, selon l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ), qui a publié de nouvelles données mercredi. Une vingtaine de cas ont été recensés.

Inès Levade, spécialiste clinique en biologie médicale au Laboratoire de santé publique du Québec à l’INSPQ, s’attend à ce que ce pourcentage augmente. « La question est plus de savoir : est-ce que ça va augmenter aussi rapidement qu’aux États-Unis ? » dit-elle.

D’après le Centre de prévention et de lutte contre les maladies (CDC) des États-Unis, 28 % des cas de COVID-19 qui y ont été détectés la semaine dernière étaient attribuables au XBB.1.5. À la suite de la collecte de nouvelles données, le CDC a revu à la baisse l’estimation de 40 % d’abord évoquée dans les médias. « Dans le nord-est des États-Unis, c’est rendu à un petit peu plus de 70 %  », ajoute Mme Levade.

Reste à voir si le XBB.1.5 — qui fait partie de la famille Omicron — supplantera les variants déjà présents au Québec. Lors du temps des Fêtes, le BQ.1.1 a dominé (65 % des infections).

« Depuis plusieurs mois, on a affaire à une espèce de soupe de variants, indique Inès Levade. On est assez prudents sur les prédictions, sur ce qu’on observe dans un autre pays et si ça peut arriver chez nous. On ne peut jamais vraiment être sûrs. » Elle cite en exemple la première lignée de XBB, qui « a pris le dessus » dans d’autres pays, mais n’a jamais pris racine au Québec. XBB est demeuré sous la barre du 1 % des cas dans la province.

L’INSPQ surveille toutefois de près XBB.1.5, dont le premier cas dans la province a été détecté vers la fin novembre.

Selon l’Organisation mondiale de la Santé (OMS), il s’agit du sous-variant le plus contagieux à ce jour. Il combine des mutations qui lui conféreraient « une grande capacité à échapper à nos anticorps, la première ligne de défense du système immunitaire », ainsi qu’une « plus grande capacité à se fixer au récepteur des cellules qu’il infecte », précise Mme Levade.

« Il n’a pas l’air plus virulent, poursuit-elle. Il n’a pas l’air de déclencher une maladie plus sévère. Malgré ça, s’il se transmet beaucoup plus, ça reste quand même embêtant, dans le sens où on aurait plus de cas et donc plus d’hospitalisations, potentiellement. »

Un réseau déjà sous pression

Le réseau québécois de la santé demeure sous pression. Mercredi après-midi, le taux moyen d’occupation sur civière dans les urgences avoisinait les 130 %, selon Index Santé. L’Hôpital du Suroît (Salaberry-de-Valleyfield), l’hôpital Royal Victoria (Montréal) et le Centre hospitalier régional de Lanaudière (Saint-Charles-Borromée) enregistraient des taux avoisinant les 200 %.

Selon le Dr Guillaume Lacombe, vice-président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec, beaucoup de patients devant être hospitalisés sont coincés à l’urgence, faute de lits disponibles aux étages. Il rapporte que mercredi vers 14 h, « de 50 à 70 % des patients sur civière à l’urgence dans le Grand Montréal » étaient « en attente d’un lit à l’étage ». « C’est catastrophique », dit-il. Le manque de personnel est criant.

Questionné à ce sujet lors d’une mêlée de presse mercredi, le ministre de la Santé, Christian Dubé, a rappelé que la cellule de crise avait fait des recommandations afin de réduire la pression sur les urgences. Cette cellule a tenu une réunion mercredi, ont confirmé des sources au Devoir.

Mais que faire à court terme pour améliorer la situation ? « C’est plus tellement de nouvelles mesures, mais d’implanter celles qui nous ont été suggérées », a répondu le ministre Dubé.

Depuis le 19 décembre, les hôpitaux de la grande région de Montréal doivent mettre en oeuvre un « protocole de surcapacité » afin que les étages accueillent davantage de patients lorsque l’urgence déborde. Une directive a été envoyée à ce sujet aux p.-d.g. des établissements de santé.

En mêlée de presse, le ministre a reconnu que cette mesure n’avait pas été implantée partout. Il a ajouté que ceux qui n’ont pas mis en application leur plan de surcapacité n’agissent « souvent pas par manque de volonté ». « Ils n’ont peut-être pas les ressources ou l’expertise pour le faire », a-t-il dit.

Christian Dubé dit avoir demandé au sous-ministre adjoint Daniel Desharnais, responsable de la cellule de crise, de vérifier « pourquoi » certains hôpitaux n’ont pas recours à la surcapacité et « comment on peut les aider ».

Quant au sous-variant XBB.1.5, Christian Dubé a indiqué que « jusqu’à maintenant, il n’y a pas d’inquiétude ».

Dans sa dernière mise à jour, l’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux (INESSS) prévoit « une légère diminution des nouvelles hospitalisations » de patients ayant la COVID-19 au cours des deux prochaines semaines. Le nombre de lits d’hospitalisation occupés se stabilisera à environ 2150 (intervalle de confiance entre 1990 et 2326), tout comme celui des lits aux soins intensifs (57, avec un intervalle de confiance entre 53 et 62).

L’INESSS signale toutefois que « les projections de cette semaine sont empreintes d’incertitudes, car la baisse observée durant la période des Fêtes peut être liée en partie à certains retards dans la saisie des données ».

La COVID-19 au Québec

Québec a rapporté mercredi 698 nouveaux cas et 6 nouveaux décès liés à la COVID-19. Les autorités dénombrent 2095 hospitalisations, dont 716 en raison de la COVID-19, une diminution de 42 par rapport à la veille. Aux soins intensifs, le nombre de patients est en baisse de 5 par rapport à mardi : 48 personnes s’y trouvent, dont 25 en raison de la COVID-19.

Dans le réseau public de la santé, 2553 travailleurs sont absents pour des raisons liées à cette maladie, comme un isolement ou un retrait préventif.



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