Réorienter les malades pour désengorger les urgences

L’achalandage explose à la Cité-de-la-Santé depuis la vague de virus respiratoires.
Photo: Jacques Nadeau Le Devoir L’achalandage explose à la Cité-de-la-Santé depuis la vague de virus respiratoires.

Les urgences de la grande région de Montréal débordent toujours, malgré le lancement d’une ligne 811 pédiatrique et le plein déploiement des guichets d’accès à la première ligne (GAP), destinés aux patients sans médecin de famille. À la Cité-de-la-Santé, à Laval, une infirmière du GAP tente de réorienter les malades ayant des problèmes moins graves dès qu’ils mettent les pieds à l’hôpital. Urgences-santé mène aussi un projet pilote pour éviter des transferts en centre hospitalier.

L’achalandage explose à la Cité-de-la-Santé depuis la vague de virus respiratoires. Lors du passage du Devoir, mardi matin, des patients étaient installés dans des corridors, couchés sur des civières isolées par un paravent en tissu. Le taux d’occupation était de 153 %. La salle d’attente de l’urgence était remplie.

Une mauvaise journée, selon Sébastien Rocheleau, directeur adjoint à la direction des soins infirmiers, volet opération. « Dans les dernières 24 heures, on a eu 320 visites à l’urgence, ce qui est énorme, dit-il. Notre capacité habituelle est dans les 260 ou 275. »

Pour réduire l’achalandage, le CISSS de Laval affecte une infirmière du GAP à l’urgence de la Cité-de-la-Santé depuis trois semaines. Sa mission ? Cibler les cas non urgents pouvant être réorientés, les évaluer dans un bureau sans les ausculter et leur trouver un rendez-vous en clinique médicale ou dans un autre service.

« J’essaie de les prendre dès qu’ils arrivent, ou presque, explique l’infirmière du GAP Mélanie Beetz, en faisant défiler sur son écran d’ordinateur les fiches d’évaluation des patients à l’urgence. Hier, j’en ai évalué 17, et 16 ont été réorientés. »

Bien des malades sont des enfants souffrant d’une infection respiratoire ou d’une otite. Leurs parents, inquiets, se présentent à l’urgence en désespoir de cause : ils ont été incapables d’obtenir une consultation auprès de leur médecin de famille ou de leur pédiatre ou dans une clinique sans rendez-vous.

« Beaucoup ne sont pas au courant de la ligne pédiatrique [811] qui a été mise en place, indique Mélanie Beetz, que Le Devoir a accompagnée pendant quelques heures mardi matin. Je fais de la sensibilisation. »

Photo: Jacques Nadeau Le Devoir Alexandra Desforges-Martel s’est présentée à l’urgence de la Cité-de-la-Santé mardi matin pour son garçon Daymien. Elle a rencontré l’infirmière du GAP et est repartie trois heures plus tard avec un rendez-vous.

Alexandra Desforges-Martel, elle, a contacté la ligne pédiatrique 811 jeudi dernier, mais n’a pu obtenir de rendez-vous pour son garçon d’un an et demi, Daymien. Elle s’est rendue à l’urgence mardi matin. Son fils n’avait pas dormi de la nuit. Elle non plus. « Dès qu’il est couché, il tousse beaucoup, beaucoup, a-t-elle expliqué à l’infirmière. Il tousse jusqu’à vouloir vomir. »

Mélanie Beetz comprenait mal pourquoi le 811 n’avait pas offert de consultation médicale au bambin. Elle lui en a trouvé une le jour même.

« Pour vrai, c’est un record ! dit Alexandra Desforges-Martel. Je suis arrivée à l’urgence à 7 h 30 environ. » Elle est repartie près de trois heures plus tard, un rendez-vous en poche.

Les quelques patients vus par Mélanie Beetz lors de notre visite ont obtenu une consultation médicale en après-midi mardi.

 

Grâce à cette nouvelle initiative, 33 % des cas moins urgents à l’urgence ont été réorientés vers d’autres services la semaine dernière, indique Sébastien Rocheleau. La cible ministérielle est de 15 %, précise-t-il. « On veut encore augmenter ce niveau-là pour diminuer l’affluence de gens, et pour être capables de traiter juste les gens qui ont besoin de venir à l’urgence et non [ceux] qui peuvent voir un médecin de famille, un médecin de la première ligne », ajoute-t-il.

D’autres initiatives

Urgences-santé tente aussi de désengorger les urgences de son territoire, soit Montréal et Laval. Depuis septembre, une vingtaine de techniciens ambulanciers paramédicaux et six infirmières participent à un projet pilote visant à réduire le transfert de cas moins urgents vers les hôpitaux.

Lorsqu’un patient « de basse priorité » appelle le 911, un ambulancier est dépêché en solo à son chevet. Une fois sur place, il coévalue, avec une infirmière au téléphone, l’état du patient. « L’objectif de cette coévaluation, c’est de voir quel serait le meilleur service pour ce patient-là, dit le porte-parole d’Urgences-santé, Jean-Pierre Rouleau. Est-ce qu’il a vraiment besoin d’un transport vers une salle d’urgence, ou pourrait-il être orienté vers un autre service du réseau de la santé pour qu’on puisse répondre à son besoin ? »

153 %
C’est le taux d’occupation aux urgences de la Cité-de-la-Santé lors du passage du Devoir,mardi matin.

La Dre Eveline Gaillardetz, cheffe des soins intensifs à domicile (SIAD) au CLSC de Verdun, cite en exemple le cas récent d’une patiente de 92 ans lucide et vivant seule qui a contacté le 911 parce qu’elle faisait de la fièvre depuis quatre jours et ne se sentait pas bien. Une infirmière d’Urgences-santé l’a aiguillée vers son service, qui l’a prise en charge.

La Dre Gaillardetz a discuté avec la patiente au téléphone et a dépêché un infirmier chez elle le soir même. « On lui a fait un bilan sanguin, explique la médecin de famille, qui travaille aussi à l’urgence de l’hôpital de Verdun. Elle est allée le lendemain faire une radiographie dans une clinique. Je lui ai reparlé 48 heures plus tard. Je n’ai pas trouvé d’autre diagnostic que l’influenza, et elle a pris du mieux. » Elle s’est évitée de longues heures dans une salle d’attente d’urgence.

Le service des SIAD essaie aussi de réduire l’achalandage à l’urgence de l’hôpital de Verdun. Depuis environ trois semaines, une infirmière de l’équipe fait une tournée des patients sur civière chaque matin, du lundi au vendredi. Elle détermine qui pourrait retourner à la maison avec du soutien des SIAD. « Si on arrivait à sortir deux ou trois patients par semaine, ce serait un énorme succès, dit la Dre Eveline Gaillardetz. Il ne faut pas oublier que les personnes âgées, des fois, sont hospitalisées deux ou trois semaines. C’est énorme. »

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