Un accès plus inclusif aux dons de sang

Les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes n’auront plus à s’abstenir pendant au moins trois mois de donner leur sang.
Ryan Remiorz Archives La Presse canadienne Les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes n’auront plus à s’abstenir pendant au moins trois mois de donner leur sang.

Les mêmes critères d’admissibilité s’appliquent depuis dimanche à tous les donneurs de sang au Québec. Les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes n’ont plus à s’abstenir pendant au moins trois mois de donner leur sang, comme c’était le cas depuis plusieurs années.

Ainsi, depuis le 4 décembre, Héma-Québec fait remplir à tous ses donneurs un questionnaire non genré qui permet à l’organisme de baser ses critères d’admissibilité sur « une évaluation individualisée des comportements à risque, plutôt que sur l’appartenance de la personne à un groupe considéré à risque », indique une publication sur son site Internet. Cette façon de faire s’applique à tous les types de dons de sang, et non plus seulement aux dons de plasma.

« Toutes les personnes qui vont venir donner du sang vont se faire poser les mêmes questions », explique au Devoir un porte-parole d’Héma-Québec, Laurent-Paul Ménard. Exit, donc, les critères restrictifs ciblant spécifiquement les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes. « C’est une très grande avancée », poursuit le porte-parole, qui estime qu’un plus grand nombre d’hommes ayant des rapports homosexuels seront ainsi admissibles à partir de dimanche à effectuer des dons de sang.

En effet, jusqu’à dimanche, les hommes ayant eu une relation sexuelle avec un homme depuis moins de trois mois ne pouvaient pas donner leur sang. Or, ce critère ne s’applique plus puisqu’une personne qui a le même partenaire sexuel depuis plus de trois mois est admissible à donner son sang, peu importe son genre ou son orientation sexuelle.

« Une personne homosexuelle qui est dans une relation stable depuis plusieurs années peut faire un don à partir de demain, pas de problème là-dessus », confirme M. Ménard. Les personnes qui ont plusieurs partenaires et qui ont eu des relations sexuelles anales devront pour leur part attendre trois mois avant d’effectuer un don de sang.

Toutes les personnes qui vont venir donner du sang vont se faire poser les mêmes questions.

 

« On ne parle pas d’un droit, on parle de privilèges quand on parle de dons de sang », souligne Laurent-Paul Ménard, qui rappelle l’importance de s’assurer que ce « geste humanitaire » se fait dans un contexte sécuritaire pour « la santé publique ». Il faut donc limiter au maximum les risques de contamination du sang, ajoute-t-il. Quant à savoir si Héma-Québec entend s’excuser auprès de la communauté LGBTQ+ pour avoir restreint l’admissibilité des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes aux dons de sang pendant des années, « ce n’est pas à l’ordre du jour », dit le porte-parole.

Un long cheminement

 

Avant 2013, les hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes faisaient face à une interdiction à vie de donner du sang ; une décision qui avait été prise en marge du scandale du sang contaminé dans les années 1990. Ce critère a ensuite été révisé pour permettre à ceux-ci de donner leur sang cinq ans après leur dernière relation sexuelle. Puis, en 2019, ce délai a été révisé à la baisse, à trois mois d’abstinence.

En retirant ce critère, qui avait été grandement critiqué par la communauté LGBTQ+, Québec emboîte ainsi le pas au reste du pays. La Société canadienne du sang avait obtenu en avril dernier l’autorisation de la part de Santé Canada d’éliminer la période d’exclusion des hommes ayant des rapports sexuels avec des hommes qui sont dans une relation stable.



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