L’état de santé de la philanthropie

Gabrielle Anctil
Collaboration spéciale
Les réseaux de proximité ont un rôle important à jouer dans la promotion d’un organisme caritatif auprès d’un large public.
Photo: iStock Les réseaux de proximité ont un rôle important à jouer dans la promotion d’un organisme caritatif auprès d’un large public.

Ce texte fait partie du cahier spécial Philanthropie

Lorsque vient le temps de donner à une cause, les Québécois, quel que soit leur âge ou leur genre, ont un intérêt commun : la santé. C’est à tout le moins ce qu’indique un rapport produit par la firme d’experts-conseils en philanthropie Épisode en 2021.

« La santé a toujours été populaire, avec 44 % des donateurs qui soutiennent une cause dans le secteur », constate la présidente de la firme, Laetitia Shaigetz. Mais les besoins sont multiples, et les organismes nécessitant du financement se bousculent au portillon. Comment se porte la philanthropie en santé ? Tour d’horizon.

Touché de près

« On a tous un lien émotif avec une cause en santé, soit parce que nous avons nous-mêmes bénéficié de soins, soit parce qu’un proche a été touché », note la présidente. Les réseaux de proximité ont d’ailleurs un rôle important à jouer dans la promotion d’un organisme caritatif auprès d’un large public. Mme Shaigetz note l’importance des réseaux sociaux, notamment pour atteindre un public plus jeune. « Ça permet de mettre des causes en avant, c’est un moyen de sensibilisation. » Quelqu’un qui racontera son histoire en ligne deviendra ainsi un ambassadeur de plus pour une cause.

Autre tendance forte : la générosité des donateurs croît avec l’âge. Les « matures » et les « baby-boomers », selon les termes utilisés dans le rapport de la firme Épisode, pigent volontiers dans leurs bourses pour soutenir des causes en lien avec la santé, sans doute parce que ce sont ces mêmes populations qui auront le plus fréquemment recours aux services qu’elles aident ainsi à financer.

Mais, même si un lien personnel avec un enjeu particulier encourage la générosité, certains secteurs parviennent à susciter la sympathie auprès d’un large public. « Les besoins des enfants en santé touchent 66 % de la population, dit Laetitia Shaigetz. C’est une cause qui a un très grand pouvoir de ralliement. » Sans surprise, ce sont des organismes au service de cette population qui sont parvenus à se démarquer en 2020, selon le rapport de la firme Épisode. Parmi les cinq fondations ayant « le mieux tiré leur épingle du jeu », Opération Enfant Soleil trône au sommet, suivie par l’hôpital Sainte-Justine. Elles font même partie des trois fondations qui ont été jugées les plus crédibles en 2020.

« C’est un secteur très vaste, dit la présidente. Il y a beaucoup d’organismes qui sont en concurrence, qui sont tous nécessaires. » Les services de première ou de deuxième ligne, qui viennent répondre aux besoins directs de la majorité de la population, toucheront plus aisément la corde sensible des donateurs. « Mais il ne faut pas négliger non plus les soins de troisième ligne, affirme Laetitia Shaigetz. Nous avons aussi un grand besoin des centres de recherche et des organismes qui se vouent aux changements de comportement. On a autant besoin d’eux que des centres de soins palliatifs. » Un lien émotif plus fort amènera les individus à financer en premier lieu des organismes « de front ». Ceux de la troisième ligne recevront plutôt l’attention des fondations privées, qui feront des « dons transformationnels ».

Bouleversement pandémique

Une chose est claire : la pandémie de COVID-19 n’aura pas freiné l’ardeur des donateurs en santé, bien au contraire. « 21 % des Québécois ont donné pour la première fois en santé », constate Laetitia Shaigetz. Elle considère que les points de presse quotidiens du premier ministre François Legault ont eu un effet positif sur la générosité des Québécois. « On entendait constamment parler de l’importance de soutenir notre réseau de la santé. Ça a encouragé les gens à donner. » Difficile cependant d’établir s’il s’agissait de dons ponctuels ou d’une nouvelle tendance de fond. C’est ce que révélera la prochaine version du rapport de la firme, prévue en 2023.

La crise sanitaire aura cependant constitué un réveil brutal pour de nombreux organismes, selon la présidente. « Il ne faut pas mettre tous nos oeufs dans le même panier. Beaucoup l’ont appris à leurs dépens. On ne peut plus seulement dépendre de l’événementiel. » Elle constate avec satisfaction que la pandémie a mené à une diversification des sources de financement et des stratégies de collecte de fonds.

Malgré toutes ces avancées, les Québécois demeurent les plus frileux face aux activités caritatives en comparaison avec le reste du pays. « On s’est beaucoup appuyé sur l’État providence, résume Laetitia Shaigetz en guise d’explication. Si on demande à un individu à qui revient la responsabilité de la philanthropie, il nommera l’État ou les entreprises en premier lieu. »

Elle convient que, malgré tous les efforts des philanthropes, il demeure des secteurs où leur influence ne parvient pas à s’étendre. Elle cite comme exemple la pénurie de main-d’oeuvre qui frappe le secteur de la santé. « La philanthropie ne pourra jamais intervenir à ce niveau-là. »

Il reste encore beaucoup de travail à faire pour développer le monde philanthropique au Québec. Une note d’espoir : les donateurs issus des populations immigrantes sont parmi les plus généreux au Québec. Ces nouveaux arrivants parviendront-ils à influencer le reste de la société ? « Le secteur est en pleine transformation, particulièrement au Québec », mentionne Laetitia Shaigetz, notamment sous l’influence de changements sociaux plus larges. À quoi ressemblera l’avenir de la philanthropie en santé ? Une seule certitude : notre intérêt pour le secteur est loin de s’essouffler.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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