Médecine comportementale: comment changer les habitudes de vie

Caroline Rodgers
Collaboration spéciale
Les chercheurs Simon Bacon et Kim Lavoie
Photo fournie Les chercheurs Simon Bacon et Kim Lavoie

Ce texte fait partie du cahier spécial Philanthropie

Au Centre de médecine comportementale de Montréal, situé à l’hôpital Sacré-Coeur de Montréal, les chercheurs se penchent sur les comportements humains et sur leurs impacts sur la santé.

Au quotidien, nos comportements et les décisions que nous prenons ont un impact sur notre état de santé physique et mentale, et sur les maladies que nous sommes susceptibles de développer. L’étude de ces phénomènes est la raison d’être du Centre de médecine comportementale de Montréal (CMCM).

Cette branche de la médecine s’intéresse aux impacts et au rôle des facteurs psychosociaux et comportementaux dans le développement et la progression des maladies. Au CMCM, dont font partie des chercheurs du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal, de l’Université Concordia et de l’UQAM, on mène de front plusieurs projets de recherche.

Pandémie et comportements

Historiquement, le laboratoire, qui emploie 42 personnes, s’est surtout penché sur les maladies chroniques, telles que les troubles respiratoires, le diabète et l’obésité. Mais une vaste étude en cours, intitulée iCARE et portant sur plus de 150 000 participants dans 170 pays, s’est penchée sur les comportements humains dans le contexte de la COVID-19.

« Avec la pandémie, nous avons vu une occasion de comprendre les attitudes de la population et les enjeux de la mobilisation dans ce contexte », explique Kim Lavoie, professeure titulaire en psychologie et titulaire de la Chaire de recherche du Canada en médecine comportementale de l’UQAM. La chercheuse est à l’origine de cette initiative.

À l’aide de questionnaires réguliers, l’étude scrute les habitudes des participants et recueille des données concernant les comportements sanitaires, comme le lavage des mains et le port du masque, entre autres choses. Elle se poursuivra au cours des quatre prochaines années. Jusqu’à maintenant, une vingtaine de publications scientifiques ont été réalisées à partir de l’analyse des résultats.

« Nous étudions notamment ce qui motive les gens à adhérer ou non aux recommandations et aux mesures sanitaires », dit Simon Bacon, professeur titulaire à l’Université Concordia et cotitulaire de la Chaire du FRQS en intelligence artificielle et santé numérique.

Et quelle est la meilleure approche pour convaincre la population ?

« Pour avoir des changements comportementaux, on a besoin de trois facteurs, ce qu’on appelle le modèle KMC, pour les mots anglais knowledge (connaissance), motivation (le désir de changer) et confidence (confiance dans ses capacités à effectuer le changement), explique Simon Bacon. S’il vous manque un de ces trois facteurs, on ne changera pas. La plupart du temps, on met l’accent sur la première partie, en informant les gens, mais dans le contexte de la pandémie, la connaissance a été un maillon faible. On a surtout dit aux gens quoi faire, ce qui était bon ou mauvais, sans leur expliquer pourquoi. »

Autres projets du CMCM

Simon Bacon et ses collègues travaillent à l’aide des technologies. Ils ont notamment développé le programme Accélération 2.0, qui vise à changer les habitudes alimentaires et d’activités physiques des participants, en ciblant particulièrement les personnes à risque de développer des maladies chroniques.

« On trouve de nombreuses applications en ligne, qui ont pour but de changer les comportements, dit-il. Avec notre programme gratuit de 12 semaines, le but est de tenir compte de la situation particulière et de l’état d’esprit de chacun et d’offrir une aide personnalisée grâce à l’intelligence artificielle. On essaie de mettre au point un système qui s’adapte. »

Un autre projet consiste à développer un programme de soutien aux patients de chirurgie bariatrique.

« À l’heure actuelle, la chirurgie est offerte aux gens, mais il n’y a pas de soutien pour les aider à modifier leurs comportements, dit Kim Lavoie. Cela fait en sorte qu’au bout de quelques années, les gens doivent revenir. Les patients ont besoin de soutien psychosocial et comportemental. »

Par ailleurs, le CMCM est engagé dans une formation destinée aux médecins pour leur donner des outils afin qu’ils puissent aider leurs propres patients à changer leurs comportements.

« En médecine, ils ne sont pas formés pour changer des comportements, dit Kim Lavoie. On développe des programmes de formation, surtout dans le domaine de la prévention et de la gestion des maladies chroniques. Ces programmes sont testés empiriquement et on développe des outils de mesure pour savoir si les médecins participants atteignent les seuils de compétence attendus dans les habiletés qu’on leur enseigne. Cela se fait avec des outils numériques et interactifs, par exemple avec des patients virtuels, pour simuler et mesurer l’application des connaissances acquises. »

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

À voir en vidéo