Des agences de placement pour pallier le manque d’infirmières à Montfort

Le centre hospitalier ne ferme pas la porte aux agences québécoises, pourvu que son personnel puisse pratiquer le métier d’infirmier en Ontario.
Hôpital Montfort Le centre hospitalier ne ferme pas la porte aux agences québécoises, pourvu que son personnel puisse pratiquer le métier d’infirmier en Ontario.

L’hôpital Montfort — le seul hôpital universitaire francophone en Ontario —, situé à Ottawa, aura recours à des agences de placement pour pallier son manque d’infirmières pour la première fois en environ une décennie. Selon le centre hospitalier, ce sont près de 220 postes d’infirmières autorisées et d’infirmières auxiliaires autorisées bilingues, à temps plein et à temps partiel, permanents et temporaires, qui sont vacants.

L’emploi d’infirmières provenant d’agences est rare à Montfort. La dernière vague d’utilisation d’agences remonte à environ 2010, lorsque l’hôpital de langue française, qui compte aujourd’hui près de 3000 employés, a doublé le nombre de lits dans le cadre du projet d’agrandissement « Nouveau Montfort ». L’établissement peut habituellement bénéficier de son statut d’hôpital universitaire pour recruter de nouvelles infirmières. « Historiquement, nous n’avions pas souvent eu recours aux agences », dit la porte-parole Geneviève Picard.

Il manque environ 160 infirmières autorisées et 60 infirmières auxiliaires autorisées à l’hôpital. Il ne s’agit pas exclusivement de postes à temps plein, par contre ; il ne manque donc pas l’équivalent de 220 infirmières tous les jours à l’hôpital, précise Geneviève Picard. Montfort n’est pas à la recherche d’une entente précise avec les agences puisque les besoins sont divers. Le centre hospitalier ne ferme pas la porte, non plus, aux agences québécoises, pourvu que leur personnel puisse pratiquer le métier d’infirmier en Ontario.

La pénurie d’infirmières à Montfort cette année a déjà eu des répercussions sur l’offre de services. Les 6 et 7 août, l’hôpital a dû fermer son urgence durant la nuit en raison d’une pénurie sans précédent de personnel. « Les défis de ressources humaines auxquels nous faisons face en ce moment ne sont pas uniques à Montfort, mais notre caractère particulier rend la situation très complexe, puisque notre personnel se doit d’être qualifié et bilingue », a écrit l’hôpital dans les jours qui ont suivi.

Pas un problème unique à Ottawa

Montfort n’est pas le seul hôpital ottavien à devoir gérer un manque de personnel. Plus de 1000 postes d’infirmières sont à pourvoir dans les hôpitaux de la région. À l’Hôpital d’Ottawa, qui compte trois sites, 700 postes d’infirmières sont vacants, et à l’hôpital Queensway Carleton, 152. « C’est très difficile d’embaucher des infirmières, en particulier dans les domaines spécialisés », explique la porte-parole du centre hospitalier, Ann Fuller. Les postes actuellement vacants sont en baisse comparativement au début de l’année, lorsque 194 emplois n’avaient pas trouvé preneur.

Au Centre hospitalier pour enfants de l’est de l’Ontario, 124 postes sont vacants. L’organisme Bruyère, qui a deux sites hospitaliers à Ottawa, recense 177 postes d’infirmières vacants. D’après l’Enquête sur la population active de juillet 2022 de Statistique Canada, les postes vacants en soins infirmiers ont plus que triplé au cours des cinq dernières années.

Une option de « derniers recours »

« La pénurie de personnel infirmier de 2022 est assurément une crise », tonne Linda Silas, présidente de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et infirmiers, dans le rapport Soutenir les soins infirmiers au Canada, publié le 17 novembre. Le dossier de recherche a été rédigé par deux experts de l’Université d’Ottawa à la demande de la fédération. Il documente l’ampleur des défis de rétention et de recrutement des infirmières au pays et propose des pistes de solution.

D’après le professeur à temps partiel de l’Université d’Ottawa Houssem Eddine Ben Ahmed, l’un des deux auteurs du rapport, les hôpitaux au public devraient offrir de meilleures conditions de travail à leurs employés s’ils veulent les retenir ou les recruter. Les universités pourraient aussi admettre davantage d’étudiants en sciences infirmières pour répondre aux besoins, mais, selon le professeur Ahmed, il n’y aurait pas assez de professeurs pour enseigner à un nombre plus important d’étudiants. Certains détenteurs de doctorat en soins infirmiers seraient qualifiés pour enseigner, mais ne peuvent le faire dans une faculté de soins infirmiers puisqu’ils ne sont pas membres de l’Ordre des infirmières et infirmiers de l’Ontario.

Les agences, pense Houssem Eddine Ben Ahmed, représentent une option de « dernier recours », car leur utilisation est coûteuse et comporte des risques : le personnel n’aurait pas toujours sa certification de l’Ordre, dit-il. L’Association des infirmières et infirmiers du Canada estime que l’écart salarial entre une infirmière d’agence et une autre infirmière peut démotiver celles employées par les hôpitaux. Montfort a déjà lancé plusieurs initiatives de recrutement, comme des campagnes de publicité et de formation linguistique pour les travailleurs qui ne sont pas parfaitement bilingues.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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