Sciences: une découverte qui faciliterait la guérison des grands brûlés

Alexandra Duchaine
Collaboration spéciale
Lucie Germain, professeure au Département de chirurgie de la Facultéde médecine de l’Université Laval
Photo: Photo fournie Lucie Germain, professeure au Département de chirurgie de la Facultéde médecine de l’Université Laval

Ce texte fait partie du cahier spécial Les prix de l'Acfas

Le prix Léo-Pariseau est décerné cette année à la chercheuse en génie cellulaire Lucie Germain, qui a mis au point avec son équipe un traitement qui pourrait faciliter la guérison des grands brûlés en attente d’une greffe cutanée au Canada.

La professeure titulaire à la Faculté de médecine de l’Université Laval a découvert une façon novatrice de reconstituer, en laboratoire, les deux couches supérieures de la peau des victimes des flammes, le derme et l’épiderme. Elle a mis en application la méthode par auto-assemblage, une avancée majeure en génie cellulaire révélée en 1998, de concert avec le chercheur François Auger : « On prend un tissu [ici un échantillon de peau], on en extrait les cellules, on les multiplie pour en avoir beaucoup. Ensuite, on utilise ça pour reconstruire in vitro un nouveau tissu, pour en avoir une grande surface que l’on peut transplanter », vulgarise Lucie Germain.

« On peut, à partir d’un morceau de la grosseur d’une pièce de 2 $, produire assez de peau pour greffer un adulte au complet, c’est fou ! » ajoute-t-elle.

Les cellules font tout le travail : elles fabriquent elles-mêmes l’ensemble des composantes de la peau, telles que le collagène ou l’acide hyaluronique, pour ne citer que ces exemples bien connus des amateurs et amatrices de cosmétiques. Ainsi, les scientifiques n’ont pas à recourir à des biomatériaux ou à des prélèvements sur les animaux pour restaurer les tissus endommagés.

Puisque le rescapé d’un incendie reçoit une peau issue de ses cellules et non d’un donneur, les risques d’incompatibilité sont écartés et la prise de médicaments antirejet à vie devient superflue. Il y a d’autres avantages : on peut greffer de plus grandes surfaces du corps sans la contrainte de la quantité de peau saine disponible sur le patient, et, dans le cas d’interventions pédiatriques, le tissu s’agrandit au fil de la croissance.

La découverte en est à l’étape des essais cliniques, et les résultats sont prometteurs, selon Lucie Germain. Jusqu’ici, les personnes opérées ne présentent pas de cicatrices hypertrophiques (protubérantes, épaisses et dures), lesquelles surviennent chez 30 à 90 % des victimes de brûlures sévères.

Les expérimentations de la lauréate et de ses collègues l’ont également amenée à cultiver des cornées en milieu contrôlé grâce à la méthode par auto-assemblage. Un deuxième essai clinique est en cours, et plusieurs personnes atteintes d’une pathologie de l’oeil ont déjà bénéficié d’une greffe.

« Ce que je trouve le plus intéressant en génie tissulaire, c’est le temps court à partir duquel on peut passer d’une découverte au niveau fondamental jusqu’à l’application chez un patient. Habituellement, quand on découvre un médicament, ça prend vingt ans avant qu’il arrive en clinique », explique la chercheuse, qui travaille également au Centre hospitalier universitaire (CHU) de Québec. Rapidement, il est possible d’améliorer la qualité des soins, se réjouit-elle. « C’est pour ça que j’ai travaillé toute ma vie, pour m’assurer que les découvertes qu’on fait dans le laboratoire servent aux patients du Québec. »

Le financement, un obstacle

Au Centre de recherche en organogenèse expérimentale de l’Université Laval/LOEX, dont Lucie Germain est la directrice scientifique, une centaine de chercheurs de tout acabit s’évertuent à trouver de nouvelles avenues efficaces pour reconstruire en laboratoire des organes et tissus (peau, cornées, valves cardiaques, cartilages, etc.) de meilleure qualité à l’aide de la méthode par auto-assemblage.

On y retrouve des spécialistes en culture, des professionnels de laboratoire, des ingénieurs physiques, chimiques et mécaniques, ces derniers étant nécessaires pour créer des vaisseaux sanguins assez solides qui n’éclatent pas une fois implantés. Le centre multidisciplinaire regroupe également des membres de la Faculté de pharmacie, car les tissus recomposés in vitro peuvent servir à tester des médicaments.

« Notre sujet de recherche est vraiment passionnant, alors on arrive à avoir des étudiants qui veulent venir travailler avec nous, affirme Mme Germain. On a aussi des professionnels de recherche très dévoués parce que faire de la peau, c’est vraiment demandant : si les chirurgiens greffent à 8 h du matin, ça veut dire que les gens vont entrer en laboratoire à 4 h ou 5 h pour préparer les peaux. »

Si le recrutement n’est pas un obstacle, le financement, lui, se pose en défi. Lucie Germain souhaite voir un laboratoire certifié GRP (Good Manufacturing Practice) être construit, ce qui permettrait de faire des études cliniques de phase 3 plus poussées. Mais les fonds manquent encore à l’appel. « Si on veut que la médecine régénératrice avance plus vite, on a besoin de plus de financement », conclut-elle.

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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