Cinq pistes pour améliorer la «fluidité» dans les hôpitaux

En date du 11 novembre, 12,82 % des patients hospitalisés au Québec ne nécessitaient plus de soins en centres hospitaliers.
Photo: Jacques Nadeau archives Le Devoir En date du 11 novembre, 12,82 % des patients hospitalisés au Québec ne nécessitaient plus de soins en centres hospitaliers.

Le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, veut mettre en place des équipes pour améliorer la « fluidité » dans les hôpitaux. On le sait, des patients restent à l’hôpital parce qu’ils sont en attente d’hébergement. Mais d’autres doivent demeurer hospitalisés une nuit supplémentaire pour une simple prise de sang ou un examen de contrôle. Que faut-il faire pour débloquer des lits et désengorger les urgences ? Le Devoir a interrogé quatre experts.

Une nuit à l’hôpital pour une prise de sang. Des patients occupent des lits pendant une nuit supplémentaire, car ils ont besoin d’une prise de sang ou d’un examen diagnostique de contrôle le lendemain, service qu’ils ne peuvent obtenir dans un délai de 24 à 48 heures s’ils ont leur congé de l’hôpital, indique le président de l’Association des spécialistes en médecine interne du Québec, le Dr Hoang Duong.

Dans le centre hospitalier où il pratique (Pierre-Le Gardeur à Terrebonne), l’unité de médecine de jour est réservée aux patients ayant « certaines maladies bien précises », explique le Dr Duong. Les malades qui ne souffrent pas de ces problèmes de santé n’y ont pas accès pour une prise de sang une fois qu’ils ont été congédiés de l’hôpital.

Le Dr Duong cite en exemple le cas d’une personne âgée de 82 ans. « On lui demande de réserver son rendez-vous par Internet avec Clic Santé, explique-t-il. Elle a 82 ans, elle n’a pas Internet, puis en plus, même si elle y avait accès, souvent le délai pour faire une prise de sang, c’est deux semaines ou plus. » Le médecin traitant préfère alors la garder à l’hôpital pour s’assurer qu’elle aura son prélèvement.

« Faire dormir un patient à l’hôpital pour une prise de sang le lendemain, c’est cher payé, juge le Dr Duong. Ce n’est pas très efficient. »

Selon lui, bien des patients pourraient « partir un jour ou deux plus tôt [de l’hôpital], à condition qu’on puisse les revoir dans les 24 à 48 heures suivantes ». Des unités de médecine de jour — ouvertes du matin au soir, 7 jours sur 7 — doivent toutefois être mises en place pour les accueillir. « La majorité des hôpitaux ont une unité de médecine de jour, mais très peu y offrent des services 7 jours sur 7 », dit-il.

À l’hôpital Charles-Le Moyne, situé à Greenfield Park, l’unité de médecine de jour est ouverte de 7 h à 23 h, tous les jours de la semaine, selon la Dre Chantal Vallée, interniste et cheffe du département de médecine spécialisée. « Cela permet à des patients, même s’ils sont à domicile, d’avoir accès à une infirmière pendant des heures étendues, dit-elle. Cela aide à désengorger [les urgences]. »

Des débordements aux urgences, mais pas aux étages. Lorsque les urgences débordent, des patients sont placés dans des corridors. Pourquoi ne pas en faire autant aux différents étages ? Des urgentologues croient que les unités d’hospitalisation devraient pratiquer la « surcapacité », comme c’est déjà le cas dans les urgences. « Cette mesure pourrait rapidement nous aider », pense la Dre Véronique Gauthier, cocheffe du service de l’urgence de l’hôpital de Saint-Jérôme.

Les patients ne marchent pas assez. Après deux jours sur une civière à l’urgence et trois dans un lit à l’étage, des aînés se déconditionnent, indique le Dr Duong. Impossible de les retourner immédiatement chez eux. Ces patients doivent voir une physiothérapeute ou une ergothérapeute pour retrouver leur mobilité. « Ce qu’on pourrait faire, c’est d’avoir des préposés à la marche, dit-il. Pas besoin d’un diplôme universitaire. Juste avec cela, on préviendrait le déconditionnement. » Cela libérerait plus rapidement des lits et permettrait à des patients coincés à l’urgence de monter aux étages.

Pas de place en réadaptation. Selon la Dre Chantal Vallée, le manque de places en réadaptation pose problème En date du 11 novembre, 18 % des patients ne nécessitant plus de soins à court terme mais demeurant hospitalisés l’étaient en raison d’un nombre insuffisant de places en réadaptation, selon le ministère de la Santé et des Services sociaux.

« Ce qu’on a travaillé à mettre en place pour la médecine de jour, on est en train de voir si on ne peut pas faire la même chose pour la réadaptation à domicile, dit la Dre Vallée. Cela nécessite du personnel : des physiothérapeutes, des ergothérapeutes à domicile ou par l’entremise du CLSC, qui sont capables de voir les patients rapidement, de diriger des séances de réadaptation à distance. Ce n’est pas simple à mettre en place. On travaille là-dessus. » Le CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal offre déjà des séances de réadaptation virtuelle à des patients se trouvant notamment à Montréal, dans Lanaudière ou en Outaouais.

Attente pour obtenir une place en CHSLD. En date du 11 novembre, 12,82 % des patients hospitalisés au Québec ne nécessitaient plus de soins en centre hospitalier, indique le ministère de la Santé et des Services sociaux dans son tableau de bord. Parmi ceux-ci, 37 % étaient en attente d’une place en CHSLD, en ressource intermédiaire ou en ressource de type familial.

Selon le ministre Dubé, la situation s’améliore à ce chapitre. Le pourcentage d’usagers hospitalisés ne requérant plus de soins à court terme était de 13,73 % le 18 septembre.

« Il y a de gros, gros gains à faire de ce côté-là, pense le Dr François Marquis, chef des soins intensifs et interniste à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, à Montréal. Quand je fais de la médecine interne, il y a toujours trois ou quatre patients qui attendent d’être placés dans un centre. »

Pour libérer des lits dans les hôpitaux, le gouvernement du Québec a annoncé début novembre qu’il créerait 1700 places en CHSLD ou en ressource intermédiaire. Il mise aussi sur une approche adoptée par le CISSS de Lanaudière. Dans cette région, les patients devant être admis en hébergement attendent leur place à domicile, et non à l’hôpital. Une équipe de gestionnaires est chargée de déterminer les ressources dont ils ont besoin. Les proches aidants sont mis à contribution.

Des solutions pour pallier la pénurie d’infirmières

Pour faire face aux problèmes avec la main-d’oeuvre infirmière, le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, pense avoir trouvé une « recette » qui fera « une différence » et qui passe par le décloisonnement des professions et la gestion locale des horaires. Le ministre Dubé a évoqué ces solutions, lundi, alors qu’il s’adressait aux participants au congrès de l’Ordre des infirmières et infirmiers du Québec, à Montréal. Pour ce qui est de la gestion locale des horaires, le résultat des démarches qui ont déjà été entamées diffère d’un établissement à l’autre. Le ministre a dit aux participants vouloir connaître les endroits où ça va bien et ceux où ça ne va pas bien. Et tout ne passe pas nécessairement par la création de postes à temps complet, contrairement à ce qu’on avait cru lors de la dernière négociation des conventions collectives des infirmières, a soutenu le ministre. L’autre prise du ministre pour tenter de résoudre les problèmes liés à la main d’oeuvre infirmière est celle du décloisonnement des professions, afin d’alléger la tâche des infirmières. Des congressistes ont évoqué le recours aux agentes administratives, mais les postes ouverts ne trouvent pas toujours preneurs. Le ministre Dubé a cité le cas des ambulanciers paramédicaux, à qui on pourrait faire davantage appel. « On est à des années-lumière au niveau du préhospitalier, entre autres avec les ambulanciers. »

La Presse canadienne


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