Des médecins pressent de vacciner les tout-petits contre la grippe

Aux prises avec une « multidémie » d’infections respiratoires avant même l’arrivée du pic de la saison grippale, des médecins pressent les parents de faire vacciner dès à présent leurs tout-petits contre la grippe pour éviter des hospitalisations.

Alors qu’un flot de jeunes patients continuent d’affluer dans les urgences du CHU Sainte-Justine et de l’Hôpital de Montréal, les médecins craignent que le Québec ne se trouve devant le même scénario que celui qui vient de frapper l’Australie.

Dans cette partie du globe, la saison grippale — qui s’amorce plusieurs mois plus tôt qu’au Québec —, s’est soldée cette année par un nombre record d’enfants admis à l’hôpital. Ces derniers, qui ont compté pour 55 % des hospitalisations liées à l’influenza, représentaient la tranche d’âge la moins vaccinée contre ce virus dans la population.

Au Québec, très peu de jeunes enfants sont vaccinés contre la grippe, affirme le Dr John Yaremko, pédiatre associé à l’Hôpital de Montréal pour enfants, où les cas d’influenza commencent à émerger, de même que des pneumonies secondaires liées à un cocktail de virus respiratoires.

En ce moment, c’est déjà difficile. Nous avons 22 enfants hospitalisés pour une capacité de 19 lits. Cette situation touche les enfants d’âge préscolaire et les nourrissons. Si la grippe s’ajoute à cela, cela peut être très dangereux.

« En ce moment, c’est déjà difficile. Nous avons 22 enfants hospitalisés pour une capacité de 19 lits. Cette situation touche les enfants d’âge préscolaire et les nourrissons. Si la grippe s’ajoute à cela, cela peut être très dangereux », dit-il.

Mardi, l’urgence de l’Hôpital de Montréal pour enfants (HME) affichait un taux d’occupation de 183 %, avec 22 enfants sur civières, et celle du CHU Sainte-Justine, de 156 %, avec 25 enfants sur civières.

Si le nombre de jeunes patients admis en raison de la COVID est stable (environ deux par semaine au HME), la majorité des hospitalisations actuelles sont dues aux complications liées au virus respiratoire syncytial (VRS) et à d’autres virus auxquels les enfants d’âge préscolaire ont été moins exposés depuis le début de la pandémie.

« La plupart des hospitalisations découlent du VRS, mais on voit que les cas d’influenza grimpent rapidement », ajoute le Dr Yaremko.

Il n’existe aucun vaccin contre le VRS, qui peut entraîner des difficultés respiratoires, des bronchiolites et parfois même une détresse respiratoire en cas d’infection sévère chez les nourrissons et les tout-petits. Avec un taux d’efficacité variant entre 50 et 75 %, le vaccin contre l’influenza, lui, peut éviter des complications aux enfants, insiste ce médecin.

« On anticipe un hiver difficile et une saison grippale précoce, conjuguée au VRS et à la COVID. D’emblée, même avec un vaccin imparfait, nous recommandons aux parents de protéger leurs jeunes contre l’influenza pendant qu’il est encore temps », ajoute le Dr Yaremko.

Or, le Programme d’immunisation contre l’influenza du Québec (PIIQ), qui couvrait autrefois les enfants de 6 mois à 23 mois en bonne santé, vient de changer les populations ciblées pour le vaccin antigrippal. Il serait toutefois encore possible d’obtenir le vaccin gratuitement pour les parents de petits de moins de deux ans qui en feraient la demande, affirme le pédiatre.

« Partout ailleurs, au Canada comme aux États-Unis, la population cible pour ce vaccin inclut les moins de 5 ans. En Australie, ce sont d’ailleurs les enfants de 2 à 4 ans qui ont été les plus hospitalisés durant la saison grippale. Dans la situation actuelle, je crois qu’il est judicieux pour les parents de vacciner tous leurs enfants. »

Démêler les virus

Il peut être difficile pour les parents de savoir à quel ennemi ils ont à faire quand leurs enfants ont soudainement mauvaise mine. Hormis la COVID, diagnostiquée à l’aide d’un test rapide, et la grippe, marquée par une forte fièvre et une apathie générale, les parents doivent retenir que le VRS se démarque d’abord par des difficultés respiratoires et un sifflement audible lors de l’expiration, explique le Dr Yaremko. Le VRS se distingue parfois par un signe de « tirage », identifiable à l’inspiration par la rétraction de la peau sous les côtes, ou la tension dans le cou.

Au moment où l’Ontario vient de recommander le retour du port du masque, ce pédiatre estime qu’il devrait en être de même au Québec, compte tenu de la surcharge qu’essuient déjà les hôpitaux pédiatriques, observée aussi ailleurs au Canada et aux États-Unis.

« En bas de 5 ans, le port du masque est difficile. Mais dans le contexte qu’on vit, je pense que tous les gens en contact avec des petits devraient le porter, ne serait-ce que pour protéger leurs enfants. Nous avons une très courte fenêtre avant le pic de l’influenza pour vacciner les enfants à risque. »

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