Legault exclut le retour du masque obligatoire

Le premier ministre François Legault a exclu, mardi, l’hypothèse de réimposer le port du masque pour endiguer la hausse des infections par des virus respiratoires.

« Il n’est pas question de réintroduire [le masque] de façon obligatoire »,a déclaré M. Legault en arrivant à une réunion avec ses députés au Centre des congrès de Québec.

Le ministre de la Santé, Christian Dubé, fera le point mercredi, à Québec, avec le directeur national de santé publique, Luc Boileau. « Il y aura des recommandations, et ce sera fait demain [mercredi] par Christian et le docteur Boileau », a ajouté le premier ministre.

Le cabinet de M. Dubé a expliqué que le gouvernement ne dispose plus du pouvoir d’obliger le port du masque depuis la fin de l’état d’urgence sanitaire.

Dimanche, le Collège des médecins du Québec a recommandé le port du masque dans les lieux publics face à « la montée inquiétante des cas de virus respiratoires chez les enfants et le débordement des urgences pédiatriques ».

Le premier ministre de l’Ontario, Doug Ford, a invité sa population à porter « un masque autant que possible », alors que les hôpitaux pédiatriques de la province sont submergés.

« Pas rendu là »

La ministre déléguée à la Santé, Sonia Bélanger, a affirmé que la situation actuelle ne commande pas de rétablir l’état d’urgence sanitaire, en vigueur au Québec de mars 2020 à juin 2022, ce qui a notamment permis au gouvernement d’imposer la fermeture de commerces ainsi qu’un couvre-feu, en plus du masque.

« C’est pas moi qui vais décréter l’urgence sociosanitaire, je ne pense pas qu’on en est là », a-t-elle dit en arrivant elle aussi au Centre des congrès de Québec, mardi.

Le gouvernement attend les recommandations de la Santé publique avant de prendre une décision sur le masque, a indiqué la ministre. « On regarde ce qui se passe dans les autres provinces, notamment, et le Dr Boileau va nous donner les lignes directrices », a-t-elle dit.

Mme Bélanger a affirmé que le masque « fait partie des bonnes mesures ». « Comme le lavage des mains, comme la distanciation, comme rester chez soi », a-t-elle expliqué.

La cellule de crise formée par M. Dubé pour répondre à l’engorgement des urgences s’occupe actuellement du volet propre aux soins pédiatriques. Le gouvernement veut rétablir des cliniques désignées pédiatriques pour favoriser un accès et une prise en charge rapides, comme cela avait été fait l’année dernière en raison de la pandémie de COVID-19, a indiqué la ministre.

« C’est vrai que la situation dans les urgences pédiatriques est préoccupante actuellement, la cellule de crise regarde pour des interventions en particulier, a-t-elle dit. Les experts en prévention des infections en maladies infectieuses sont au rendez-vous pour aider à décongestionner le réseau pédiatrique au Québec. »

Recommandation forte

Nathalie Grandvaux, directrice du Laboratoire de recherche sur la réponse de l’hôte aux infections virales du Centre hospitalier de l’Université de Montréal, croit que le gouvernement aurait intérêt à recommander fortement le port du masque.

« L’usage du masque à bon escient dans des endroits fermés avec beaucoup de monde, ça aiderait sûrement à limiter la transmission des virus respiratoires qui font en sorte que les hôpitaux débordent », a-t-elle dit en entrevue.

Elle suggère une utilisation lors d’occasions où le risque est plus élevé, comme dans une épicerie bondée où la distanciation physique est impossible.

Mme Grandvaux croit qu’il serait difficile de réimposer le masque plus largement dans les endroits publics, comme les bars ou les restaurants. « Dire qu’on va le rendre obligatoire partout à l’intérieur, c’est un pas qui est probablement difficile à franchir politiquement », a-t-elle estimé.

Professeure titulaire à l’École de santé publique de l’Université de Montréal, Helen Trottier croit que la vague actuelle d’infections respiratoires est causée par l’absence d’exposition aux divers virus de l’influenza et de la gastro-entérite pendant la pandémie. Pour cette raison, elle croit que le port du masque obligatoire n’est pas nécessaire.

« Je ne pense pas qu’on soit rendus là, a-t-elle dit en entrevue. C’est un peu la vague qui nous revient pour avoir été aseptisés. Il y a un coup à donner, ça vient avec les contacts sociaux. »

Selon elle, dans ce contexte, le masque demeure tout de même une mesure de protection valable. « Ce sera toujours une bonne idée de porter le masque sur une base individuelle », a-t-elle souligné.

Avec Florence Morin-Martel

À voir en vidéo