La pénurie de médicaments pour enfants perdure

Comme durant l’été, les étagères de médicaments contre la douleur pour enfants sont vides.
Photo: Joe O'Connal La Presse canadienne Comme durant l’été, les étagères de médicaments contre la douleur pour enfants sont vides.

Des tablettes vides. C’est ce à quoi se heurtent les parents lorsqu’ils se présentent en pharmacie pour acheter de l’acétaminophène ou de l’ibuprofène pour leurs enfants malades. Malgré une hausse de la production des fabricants, ces médicaments pédiatriques demeurent en pénurie. À un point tel qu’Ottawa a récemment approuvé l’« importation exceptionnelle » de produits des États-Unis et de l’Australie pour approvisionner les hôpitaux au Canada.

« On n’est pas dans une situation où il y a une pénurie d’ingrédients actifs, d’emballage ou de main-d’oeuvre, explique le directeur général de l’Association québécoise des distributeurs en pharmacie, Hugues Mousseau. C’est vraiment parce que la demande demeure très forte. »

La pénurie, qui se fait ressentir depuis juillet dernier, touche toutes les marques d’acétaminophène (Tylenol, Tempra et médicament générique) et d’ibuprofène (Advil et médicament générique) sous toutes les formes (sirop, comprimés à croquer, suppositoires) et les saveurs.

« Les fabricants ont presque doublé la production de médicaments d’ibuprofène et d’acétaminophène pédiatriques, poursuit Hugues Mousseau. Mais la demande est presque le double des volumes historiques des cinq années précédentes. »

Les infections respiratoires, qui frappent les enfants actuellement, sont à l’origine du problème, selon l’industrie et les pharmaciens. Encore lundi, le taux d’occupation sur civières dans les hôpitaux pédiatriques montréalais s’approchait ou dépassait les 200 %.

Les parents contribuent à cette pénurie, d’après Hugues Mousseau. « Les gens se présentent en pharmacie pour en acheter dans la perspective de faire des réserves, car ils craignent d’en manquer s’ils en ont besoin plus tard », explique-t-il. Un comportement à éviter puisqu’il amplifie le problème, ajoute-t-il. Rappelons que ces médicaments ont une date d’expiration.

Ottawa importe des médicaments

Selon Santé Canada, les fabricants d’acétaminophène et d’ibuprofène approvisionnant le marché canadien « ont considérablement augmenté leur production ». « Certains produisent à des niveaux records et explorent des options pour augmenter davantage la production et accélérer le réapprovisionnement là où le produit est le plus nécessaire », écrit-on dans un courriel.

Santé Canada précise avoir récemment approuvé « l’importation exceptionnelle d’ibuprofène (vendu sous la marque Advil) des États-Unis et d’acétaminophène (vendu sous la marque Tylenol) de l’Australie, pour approvisionner les hôpitaux au Canada ». « L’importation d’ibuprofène a eu lieu, et la distribution aux hôpitaux a commencé la semaine dernière, ajoute-t-on. L’importation du produit acétaminophène est prévue pour bientôt. »

En attendant, l’Hôpital de Montréal pour enfants doit fabriquer des « préparations spéciales » d’acétaminophène ou d’ibuprofène en suspension à partir de comprimés ou de poudre qu’il dilue dans un liquide.

Le centre hospitalier affirme disposer de suffisamment de comprimés. « Mais l’approvisionnement de la formulation liquide n’est pas stable », dit la coordonnatrice du département de pharmacie du centre hospitalier pédiatrique, Thanh Thao Ngo. Grâce à la préparation de médicaments en suspension, « aucun enfant n’est pénalisé », souligne-t-elle. Cela implique toutefois « beaucoup plus de travail », selon elle.

Au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine, on affirme détenir « les analgésiques et les anti-inflammatoires d’usage courant requis pour traiter les patients ». « Toutefois, la situation est surveillée de près, écrit-on dans un courriel. Une gestion serrée des approvisionnements est assurée depuis le début de la crise, et des solutions de substitution sont évaluées régulièrement. »

Les pharmaciens communautaires gèrent aussi de façon serrée leur stock. Certains placent désormais les produits d’ibuprofène et d’acétaminophène pédiatriques derrière le comptoir, selon Benoit Morin, président de l’Association québécoise des pharmaciens propriétaires (AQPP). Il vaut donc la peine de s’informer auprès de son pharmacien. Des membres de l’AQPP préparent aussi eux-mêmes des flacons d’acétaminophène en suspension.

Benoit Morin a bon espoir que la pénurie se résorbera « dès que la vague d’infections diminuera ». « Pour nous, ce n’est pas nécessairement une grande source d’inquiétude, mais je peux comprendre que pour les parents, ça le soit, dit-il. Il ne s’agit pas de médicaments essentiels. C’est sûr que ça fait en sorte que l’enfant se sent mieux, mais ça ne va pas guérir ou prévenir des complications. » En cas de fièvre, les parents peuvent donner un bain d’eau tiède à leur enfant afin de le soulager, rappelle-t-il.

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