Long délai d’attente pour un simple test pulmonaire

Un test de spirométrie est pourtant simple: il suffit de souffler dans un appareil qui mesure la vitesse maximale à laquelle l’air peut être expulsé hors des poumons et la quantité d’air expiré.
Photo: Getty Images Un test de spirométrie est pourtant simple: il suffit de souffler dans un appareil qui mesure la vitesse maximale à laquelle l’air peut être expulsé hors des poumons et la quantité d’air expiré.

L’Association pulmonaire du Québec (APQ) demande au gouvernement Legault de réduire l’attente pour la spirométrie, un test permettant de diagnostiquer la maladie pulmonaire obstructive chronique (MPOC). Des patients attendent jusqu’à trois ans avant de pouvoir en passer une, selon des données obtenues par Le Devoir.

L’attente pour une spirométrie est en effet de 36 mois dans le réseau local de services (RLS) de Chicoutimi, indique le CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean. Il s’élève à 15 mois dans le RLS de Jonquière.

À l’Hôtel-Dieu de Sorel, « la plus vieille requête » pour spirométrie date de 20 mois, d’après le CISSS de la Montérégie-Est.

L’attente est moins longue au CISSS de Lanaudière. Les gens chez qui l’on suspecte une MPOC — une maladie qui englobe la bronchite chronique et l’emphysème et qui se manifeste notamment par de l’essoufflement et de la toux chronique — doivent patienter un an au centre hospitalier régional.

La situation est semblable à l’hôpital du Lakeshore, selon les informations du CIUSSS de l’Ouest-de-l’Île-de-Montréal.

« C’est l’enfer d’avoir un test de spirométrie, dit la directrice générale de l’APQ, Dominique Massie. On a des temps d’attente qui n’ont pas d’allure au Québec. »

Le test est pourtant simple : il suffit de souffler dans un appareil qui mesure la vitesse maximale à laquelle l’air peut être expulsé hors des poumons et la quantité d’air expiré.

Selon l’APQ, une spirométrie devrait être réalisée dans un délai de 90 jours en cas de potentielle MPOC. Une cible que Dominique Massie qualifie de « raisonnable ».

Le Dr Jonathan Lévesque, pneumologue à l’hôpital Maisonneuve-Rosemont, juge « extrêmement décourageants » les temps d’attente rapportés pour ce type de test, « le seul approuvé dans les lignes directrices » pour le diagnostic de la MPOC, précise-t-il.

Il rappelle que les patients souffrant de cette maladie pèsent lourd dans le système de santé. Ils doivent être hospitalisés lorsque leurs symptômes respiratoires s’exacerbent. Les hôpitaux québécois débordent ces derniers temps.

« En 2018-2019, avant la pandémie, l’exacerbation de la MPOC était la première cause d’hospitalisation au Québec, si on exclut les accouchements », signale le Dr Lévesque.

La maladie est devenue, avec la bronchite, en 2020-2021, la cinquième cause d’hospitalisation (après les accouchements, la COVID-19, l’insuffisance cardiaque et l’infarctus aigu du myocarde), selon l’Institut canadien d’information sur la santé.

Des temps d’attente inégaux

L’accès à la spirométrie varie selon les régions. Au CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal, l’attente est de deux à six mois « selon l’établissement et le niveau de priorité accordé à chaque cas ». Il varie entre cinq et huit mois et demi au CIUSSS du Centre-Sud-de-l’Île-de-Montréal.

Au CISSS de la Montérégie-Ouest, les patients n’attendent qu’un jour avant de subir une spirométrie à l’hôpital Anna-Laberge (quatre mois à l’hôpital du Suroît). Le test est offert en 10 jours ouvrables en Outaouais, assure le CISSS régional.

Le CISSS de la Montérégie-Est, qui gère l’Hôtel-Dieu de Sorel, explique la longue attente par la pénurie d’inhalothérapeutes, qui effectuent les examens de spirométrie. La région de Sorel, sur le territoire du CISSS, est « la plus affectée » par le manque de ce type de professionnels, ajoute-t-on.

Les inhalothérapeutes ont aussi davantage été sollicités pendant les vagues de COVID-19. « Malheureusement, les activités ambulatoires sont affectées, ce qui cause une augmentation de l’intervalle de prise en charge », écrit le CISSS de la Montérégie-Est.

Le CIUSSS du Saguenay–Lac-Saint-Jean, lui, dit travailler « activement à la réduction des listes d’attente pour les patients de Chicoutimi et de Jonquière » en leur proposant des « rendez-vous dans [ses] installations des autres RLS » de son territoire. Selon l’établissement de santé, l’attente diffère. Elle est nulle à Roberval et varie entre un et deux mois à La Baie, Alma et Dolbeau-Mistassini.

Le CISSS de la Montérégie-Centre recense actuellement 65 patients en attente pour une spirométrie, dont certains « depuis près d’un an ». « La spirométrie est un test non urgent, affirme-t-on dans un courriel. Nous tentons cependant de diminuer la liste d’attente en ajoutant des plages de rendez-vous lorsque des inhalothérapeutes sont disponibles en soirée et le week-end. »

Le Dr Jonathan Lévesque reconnaît que ce test n’est pas « une urgence médicale ». Mais il demeure « essentiel pour poser un diagnostic de MPOC et d’asthme », soutient-il.

« À cause de l’attente importante, les médecins n’ont pas le choix la plupart du temps de commencer un traitement sans avoir le diagnostic officiel par spirométrie, affirme-t-il. Certaines personnes vont être traitées à tort, et le tout n’aide pas à réduire les coûts dans le système de santé. »

La MPOC est la quatrième cause de décès au Canada, d’après l’APQ. Près de 600 000 Québécois ont reçu un diagnostic de la maladie.

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