Trois grandes mesures pour améliorer la situation dans les urgences

Le ministre de la Santé Christian Dubé annonce trois mesures pour tenter d’atténuer la crise dans les urgences de la grande région de Montréal. Dès maintenant, les enfants malades pourront avoir accès à un rendez-vous avec un médecin ou un autre professionnel en contactant la ligne téléphonique 811. Québec créera aussi deux cliniques d’infirmières praticiennes spécialisées (IPS) dans la métropole, ainsi que des places en CHSLD pour les patients hospitalisés ne requérant plus de soins actifs.

En point de presse, mardi après-midi, Christian Dubé a reconnu d’emblée que ces solutions ne sont pas nouvelles. « Il y a des choses qui ont été recommandées il y a quelques années, mais qui n’ont jamais été implantées », a noté l’élu.

Il reviendra à Daniel Desharnais, sous-ministre adjoint à la Direction générale de la coordination réseau et ministérielle et des affaires institutionnelles du ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), de mettre en place ces mesures. Il devra relever un « défi d’implantation », selon le ministre Dubé.

Les chefs d’urgence du Québec ont lancé vendredi un ultime appel aux p.-d.g. des CIUSSS et des CISSS en leur adressant une lettre, la deuxième en cinq mois. Ils leur signalent qu’ils n’ont « pas reçu le support de [leurs] directions pour mieux répartir la pression entre les différentes structures du réseau, pour atténuer les conséquences sur les services d’urgences et sur la sécurité des soins aux patients ».


Meilleure orientation en amont
 

Afin de réduire les visites dans les urgences pédiatriques de Montréal, Québec lance la ligne « Un appel, un service » (semblable à « Un appel, un rendez-vous »), joignable à partir du 811. Une infirmière pourra donner des conseils aux parents d’enfants malades ou les diriger vers le « bon professionnel ». Les enfants de la grande région de Montréal qui ont un médecin de famille, mais qui sont incapables de le voir, pourront aussi s’y référer, assure-t-on.

Pour répondre à la demande, les médecins de famille offriront davantage de plages de consultation sans rendez-vous, a précisé le ministre en point de presse.

Deux cliniques d’IPS seront également ouvertes à Montréal — l’une dans les prochains jours, l’autre dans les prochaines semaines, indique-t-on. « On aurait pu faire ça depuis longtemps, a affirmé Christian Dubé. On va arrêter un petit peu la bureaucratie ou la résistance de certains groupes là-dessus. »

Libérer des lits dans les hôpitaux

 

Québec souhaite libérer des lits dans les hôpitaux en créant 1700 places en CHSLD ou en ressource intermédiaire (RI). Des appels d’offres ont été lancés. « Déjà, 58 % de ces places ont été acceptées et ouvertes », a affirmé le ministre.

Du financement a aussi été accordé pour l’embauche d’« agents de fluidité », chargés de s’assurer que des congés sont donnés rapidement aux patients aptes à quitter l’hôpital. Le ministre souhaite que les centres hospitaliers se dotent de centres de commandement, à l’image de l’Hôpital général juif, afin de suivre en temps réel la disponibilité des lits.

On aurait pu faire ça depuis longtemps. On va arrêter un petit peu la bureaucratie ou la résistance de certains groupes là-dessus.

 

Environ 13 % des lits au Québec sont occupés par des patients qui ne requièrent plus de soins de courte durée, mais qui demeurent hospitalisés dans l’attente d’une place en CHSLD, en RI ou en réadaptation, selon le MSSS.

Des réactions positives

 

La Dre Élyse Berger Pelletier, urgentologue à l’Hôtel-Dieu de Lévis, fait partie de la cellule de crise créée par le ministre qui a proposé ces solutions. La médecin a présidé au cours des dernières années un comité se penchant sur 25 urgences québécoises éprouvant des problèmes. Selon elle, les mesures annoncées mardi peuvent se réaliser « à court terme » et ne sont « pas trop difficiles à implanter ».

La cellule de crise se penchera prochainement sur des solutions plus complexes. « La gestion de changement à vitesse grand V, c’est pas toujours évident, et c’est souvent ça, malheureusement, qui a fait que ça n’a pas fonctionné dans les 30 dernières années », dit la Dre Berger Pelletier.

Le Dr Gilbert Boucher, président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec, siège également à la cellule de crise. Il salue les solutions présentées, mais signale qu’il faudra aller plus loin. « Pour le monde adulte, il faut toujours se rappeler que ce sont les patients sur civière qui causent vraiment beaucoup de problèmes en ce moment. » Selon lui, des projets touchant la congestion hospitalière font l’objet de discussions.

Qui sont les 20 membres de la cellule de crise ?

Dix médecins :

  • La Dre Shannon Fraser, cheffe de la division de chirurgie générale de l’Hôpital général juif et directrice médicale du centre de commandement du CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal ;
  • Le Dr Gilbert Boucher, urgentologue à l’Institut de cardiologie de Montréal et président de l’Association des spécialistes en médecine d’urgence du Québec ;
  • La Dre Élyse Berger Pelletier, urgentologue à l’Hôtel-Dieu de Lévis ;
  • La Dre Emmanuelle Jourdenais, urgentologue au CHUM ;
  • Le Dr Alexander Sasha Dubrovsky, urgentologue pédiatrique à l’Hôpital de Montréal pour enfants ;
  • Le Dr Mauril Gaudreault, président du Collège des médecins ;
  • Le Dr Cédric Andrès, psychiatre et chef de service à l’hôpital Notre-Dame de Montréal ;
  • La Dre Pascale Dubois, spécialiste en médecine interne à l’hôpital de Verdun ;
  • La Dre Ariane Murray, cheffe du Département régional de médecine générale de Montréal ;
  • La D re Josée Savoie, directrice adjointe des services professionnels du CIUSSS du Nord-de-l’Île-de-Montréal.

Deux infirmières :

  • Delphine Alberto, infirmière-cheffe de l’urgence de l’hôpital Santa Cabrini ;
  • Josiane Arsenault, infirmière de pratique avancée à l’urgence du CHUM et infirmière clinicienne EVAQ.

Huit sous-ministres, p.-d.g. et gestionnaire du réseau :

  • Le Dr Pierre Gfeller, p.-d.g. du CUSM ;
  • Richard Deschamps, p.-d.g. du CISSS de la Montérégie-Centre ;
  • Jean-François Fortin-Verreault, p.-d.g. du CIUSSS de l’Est-de-l’Île-de-Montréal ;
  • Caroline Barbir, p.-d.g. du CHU Sainte-Justine ;
  • Luc Méthot, directeur adjoint du programme Soutien à l’autonomie des personnes âgées au CIUSSS du Centre-Ouest-de-l’Île-de-Montréal ;
  • La Dre Lucie Opatrny, sous-ministre adjointe à la Direction générale adjointe des services hospitaliers, du médicament et de la pertinence clinique ;
  • Marc-Nicolas Kobrynsky, sous-ministre adjoint à la Direction générale de la planification stratégique et de la performance ;
  • Daniel Paré, sous-ministre associé à la Direction générale des ressources humaines et de la rémunération.


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