Des variants toujours plus résistants gagnent du terrain au Québec

De nouveaux variants, résistants à certains traitements et capables de déjouer le système immunitaire, gagnent rapidement du terrain au Québec. Chercheurs et médecins s’inquiètent de la montée rapide de la lignée du BQ.1.1, très présente en Europe, qui pourrait bientôt limiter les options de traitement pour les patients qui en sont infectés.

Des données en provenance du Laboratoire de santé publique du Québec (LSPQ) démontrent en effet que les descendants d’Omicron de la lignée BQ.1.1 prennent du galon au Québec, indique Inès Levade, spécialiste en biologie clinique au LSPQ. Cette lignée, qui ne représentait que 0,4 % des variants en circulation en septembre, comptait quatre semaines plus tard (du 2 au 8 octobre) pour 4,4 % des variants séquencés. Le petit recul observé dans les nouvelles données sur les variants dévoilées mercredi (3,7 % le 15 octobre) par l’Institut national de santé publique du Québec (INSPQ) ne serait qu’un hiatus fréquemment observé dans les variants en émergence, selon la chercheuse.

« Avec les données que nous avons, [on peut dire] que BQ.1 et BQ.1.1 sont en augmentation, et on s’attend à observer une augmentation similaire à ce qui est observé en Europe et aux États-Unis », explique Inès Levade.

La lignée BQ.1.1, déjà à l’origine de 16 % des cas détectés aux États-Unis et en France, et de 50 % en Île-de-France, est en passe de remplacer les fameux BA.4 et BA.5 encore dominants sur le Vieux Continent. Au point que le conseil scientifique sur la COVID (COVARS) en France a senti le besoin de recommander le 20 octobre un rappel vaccinal et le port du masque. Selon les prédictions du Centre européen de contrôle et de prévention des maladies (ECDC), ce variant pourrait compter pour la moitié des infections en Europe d’ici la fin de l’année 2022 et pour 80 % en 2023.

« On le voyait ici aussi que ça doublait chaque semaine. Et au Canada, c’est au Québec qu’il y en a le plus », ajoute Mme Levade.

Or, des données d’une équipe de recherche chinoise, encore non révisées par les pairs, démontrent que l’immunité conférée par trois vaccins (Coronavac) et une infection préalable parvient à peine à neutraliser ce nouveau sous-variant. Il en est de même pour son cousin le variant XBB présent en Asie, détecté pour la première fois au Québec début octobre.

Le variant B.4.6, responsable d’environ un cas sur six au Québec (16 % à la mi-octobre), est lui aussi résistant aux anticorps monoclonaux et capable d’échapper partiellement à l’immunité conférée par les vaccins de première génération ou par une infection précédente.

Si BQ.1.1 continue de croître, ça veut dire que, pour un patient sur cinq infecté par ces variants, ces traitements pourraient ne plus fonctionner. On commence à manquer d’options.

 

Ces variants disposent d’une mutation leur conférant une résistance à la plupart des anticorps monoclonaux disponibles au Canada, notamment l’Evusheld donné aux personnes immunodéprimées pour les aider à combattre la maladie. La montée de BQ.1.1 inquiète les médecins, dont l’arsenal thérapeutique se voit encore une fois amputé d’une autre arme efficace.

« Ça influence les soins qu’on pourra donner. Si BQ.1.1 continue de croître, ça veut dire que, pour un patient sur cinq infecté par ces variants, ces traitements pourraient ne plus fonctionner. On commence à manquer d’options », dit le Dr Donald Vinh, immunologue et infectiologue au Centre de santé universitaire de McGill (CUSM).

À ces nouveaux venus s’ajoute le variant XBB arrivé en sol québécois. Responsable des vagues en cours notamment en Inde et à Singapour, XBB serait doté d’une capacité accrue à contourner les défenses du système immunitaire, conférées par un vaccin ou une infection aux variants précédents.

« C’est préoccupant de penser que, pour des patients fragilisés, on a de moins en moins d’options, indique Mme Levade. Il reste le remdésivir, qui est un antiviral, et le Paxlovid, tous les deux encore efficaces. Il y a une absolue nécessité de développer de nouveaux traitements. »

Le LSPQ séquence d’ailleurs fréquemment des échantillons de patients hospitalisés en raison de la COVID-19 afin d’aider les médecins à savoir quels traitements peuvent toujours être utiles.

Andres Finzi, immunologue et chercheur au Centre de recherche du CHUM, teste in vitro la capacité du système immunitaire de personnes exposées au virus original de la souche de Wuhan à reconnaître et à neutraliser ces nouveaux sous-variants. Il constate que celle-ci s’étiole sans cesse depuis l’arrivée d’Omicron.

Le variant B.4.6, dit-il, parvient à tromper le système immunitaire chez ceux qui ont reçu un vaccin et eu une infection il y a seulement quatre mois. Il testera bientôt l’impact du BQ.1.1. sur le système immunitaire. « Ce qui arrive à New York et en Europe risque de se produire ici. Tout le monde devrait aller chercher une nouvelle dose des vaccins bivalents », dit-il.

Gros plan sur les mutations

Environ 700 échantillons sont séquencés chaque semaine par le laboratoire de santé publique pour surveiller les variants en présence, avec un délai de 7 à 10 jours par rapport à la réalité quotidienne. Les données publiées par l’INSPQ accusent pour leur part un retard d’environ deux semaines sur l’état actuel de la pandémie. Mais, selon Inès Levade, ce n’est pas tant les nouveaux variants que certaines mutations spécifiques que les chercheurs gardent à l’œil.

Aucune étude n’indique à ce jour que le BQ.1.1 cause des symptômes plus sévères, affirme Mme Levade. Par contre, les personnes qui développeront une infection grave auront moins d’outils pour la combattre. Difficile de dire si BQ.1.1 va dominer au Québec cet hiver comme on le prévoit en Europe. « Souvent, affirme la chercheuse, le premier arrivé avec ces mutations prend le dessus et donne le ton des prochains mois. »

Depuis Omicron, plusieurs variants ont développé une résistance à la plupart des anticorps monoclonaux disponibles. Le cocktail expérimental testé sur le président Donald Trump en 2021 ne serait aujourd’hui d’aucune utilité face aux descendants d’Omicron. « C’est pourquoi le vaccin bivalent est essentiel. Notre permissivité a permis au virus de circuler et à ces mutations d’émerger. La sélection se fait en faveur de variants sans cesse plus résistants et plus transmissibles », constate le Dr Vinh.

Même s’il y est favorable, ce dernier juge impensable que le Québec revienne à des mesures sanitaires collectives. « On a franchi le Rubicon, il y a maintenant une barrière psychologique. Le masque a été abandonné pour des raisons assez bénignes, comme l’inconfort. Maintenant, c’est chacun pour soi, déplore-t-il. Je crains que la vague hivernale, conjuguée aux autres virus respiratoires, ne crée un ouragan. Ce seront toujours les mêmes qui écoperont : les jeunes et les personnes âgées. »

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