L’APTS vient gonfler les rangs du Front commun

Jean-François Venne
Collaboration spéciale
Le président de l’APTS se désole de voir Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux, parler de la création d’un réseau privé plus étendu, plutôt que de présenter des solutions pour améliorer l’efficacité et l’attractivité du réseau public.
Photo: iStock Le président de l’APTS se désole de voir Christian Dubé, ministre de la Santé et des Services sociaux, parler de la création d’un réseau privé plus étendu, plutôt que de présenter des solutions pour améliorer l’efficacité et l’attractivité du réseau public.

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

L’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) espère convaincre le gouvernement caquiste de résister au chant des sirènes du privé dans le système de santé et de rendre les emplois dans ce secteur plus attrayants.

En septembre dernier, l’APTS est devenue membre à part entière du Front commun, aux côtés de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ) et de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ). Une première pour l’APTS, qui permettra au Front commun de représenter plus de 420 000 employés.

« Ces membres vivent les mêmes problèmes et, souvent, la même détresse dans les secteurs de l’éducation et de la santé et des services sociaux. Donc, c’est important de tout mettre en oeuvre pour additionner leurs forces dans les négociations qui s’amorceront bientôt », estime le président de l’APTS, Robert Comeau.

Certes, l’union fait la force, mais les gouvernements tentent généralement de diviser pour régner lors des grandes négociations collectives du secteur public. Est-ce que l’arrivée d’un quatrième joueur dans le Front commun compliquera sa cohésion et son unité ? « Je ne crois pas, répond Robert Comeau. Nous partageons vraiment beaucoup de préoccupations et de revendications et nous sommes solidaires, à la fois pour améliorer les conditions de pratique et les conditions de travail, mais aussi pour protéger les services publics. »

Le privé a la cote

 

Le spectre de la privatisation dans le secteur de la santé a en effet pointé son nez pendant la campagne électorale. Le sujet braque forcément les syndicats du secteur public. Celui qui occupait le poste de ministre de la Santé et des Services sociaux au déclenchement de la campagne, Christian Dubé, a notamment évoqué l’arrivée de mini-hôpitaux privés. Il avait déjà confirmé en mars dernier sa volonté d’accorder plus de place au privé dans sa réforme du système de santé.

Le président de l’APTS se désole de voir Christian Dubé parler de la création d’un réseau privé plus étendu, plutôt que de présenter des solutions pour améliorer l’efficacité et l’attractivité du réseau public. Il rappelle que celui-ci connaît d’importants problèmes d’attraction et de rétention de la main-d’oeuvre. « Nous aimerions entendre M. Dubé expliquer comment il compte bonifier les conditions de pratique et de travail pour rendre ce réseau plus attractif, plutôt que de l’entendre louer le recours à des entreprises dont le principal objectif consiste à engranger des profits », déplore-t-il.

Robert Comeau estime que le réseau public de la santé et des services sociaux a été graduellement étouffé par de nombreux épisodes de compressions dans les 25 dernières années. Son sous-financement actuel l’empêcherait, selon lui, de mettre en oeuvre des solutions à l’interne pour l’améliorer. Le recours au privé — censé aider le réseau public en le délestant de certaines tâches — aurait plutôt pour effet de créer des situations incongrues.

Il donne l’exemple de l’imagerie médicale, où le recours au privé est massif. « Les hôpitaux publics possèdent des appareils très coûteux, mais qui ne sont souvent utilisés qu’entre 8 h et 16 h, illustre Robert Comeau. Donc, on paie deux réseaux : un qui sert à enrichir les médecins au privé et un autre qui ne fonctionne parfois qu’à 33 % de ses capacités. C’est absurde. »

La croisée des chemins

 

Le président de l’APTS est convaincu que le Québec se retrouve à la croisée des chemins et qu’il devra choisir entre réinvestir et renforcer son réseau public ou ouvrir la porte à une médecine à deux vitesses, en faisant entrer le privé dans la bergerie. Il privilégie bien sûr la première voie qui, selon lui, passe en grande partie par une amélioration des conditions de travail, afin d’augmenter l’attractivité de ces emplois et, ainsi, de regarnir les rangs.

Reste que la négociation qui vient pour renouveler les conventions collectives dans le secteur public s’annonce tout sauf simple. Le gouvernement amorce un nouveau mandat bien assis sur une majorité écrasante à l’Assemblée nationale. Il peut donc estimer qu’il a les coudées franches pour mener la vie dure aux syndicats.

« C’est quelque chose que l’on peut craindre. Mais avant les élections, on a quand même senti un désir de la part de Christian Dubé d’améliorer les relations entre le gouvernement et nous, affirme Robert Comeau. Je suis optimiste de nature, donc je donne la chance au coureur. À lui de démontrer qu’il souhaite vraiment soutenir le réseau public et régler les problèmes qui le minent. »

Ce contenu spécial a été produit par l’équipe des publications spéciales du Devoir, relevant du marketing. La rédaction du Devoir n’y a pas pris part.

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