La réduction des listes d’attente en chirurgie traîne de la patte

La sous-ministre adjointe au ministère de la Santé et des Services sociaux, Dre Lucie Opatrny
Photo: Paul Chiasson La Presse canadienne La sous-ministre adjointe au ministère de la Santé et des Services sociaux, Dre Lucie Opatrny

Les hospitalisations liées à la COVID-19 repartent à la hausse au Québec, ce qui n’aide en rien la reprise des opérations chirurgicales, selon la sous-ministre adjointe au ministère de la Santé et des Services sociaux (MSSS), la Dre Lucie Opatrny. Le gouvernement procède actuellement à une analyse afin de déterminer si les listes d’attente pourront être réduites comme prévu d’ici le 1er avril 2023, précise-t-elle.

Plus de 22 000 patients québécois sont en attente d’une opération depuis un an ou plus, d’après le MSSS. Avant la pandémie, ce nombre de « patients hors délai » s’élevait à environ 2500. Québec souhaite atteindre ce seuil prépandémique d’ici six mois.

« Est-ce qu’on est encore capables d’atteindre [cette cible] en avril 2023, ou ce sera quelques mois plus tard ? » dit la Dre Opatrny, en entrevue avec Le Devoir mercredi. Le MSSS sera fixé dans quelques jours, selon elle.

Chose certaine, la situation sanitaire a un effet sur le rattrapage en chirurgie. La septième vague durant l’été l’a ralenti, et une huitième — en fonction de sa force — pourrait nuire à la reprise, toujours d’après la Dre Opatrny.

Selon le ministre de la Santé et des Services sociaux, Christian Dubé, le voyant est au « jaune » concernant la COVID-19 au Québec. « Présentement, ce qu’on observe, c’est une hausse constante des cas depuis les quatre dernières semaines, surtout chez les personnes de 70 ans et plus et chez les travailleurs de la santé », a-t-il indiqué lors d’un point de presse tenu mercredi en compagnie du directeur national de santé publique du Québec, le Dr Luc Boileau.

Les hospitalisations liées à la COVID-19 sont en augmentation dans la province. Québec en a rapporté mercredi 2030, soit 207 de plus que la veille. L’Institut national d’excellence en santé et en services sociaux prévoit que d’ici deux semaines, le nombre de lits réguliers occupés par des patients atteints de la maladie pourrait s’élever à environ 2300. Aux soins intensifs, ce nombre pourrait atteindre environ 47.

D’après l’institut, les cas dont la raison première de l’hospitalisation est la COVID représentent environ 35 % des hospitalisations.

« Le poids de ces personnes [hospitalisées] est quand même moins lourd que lors des autres vagues, indique la Dre Opatrny. Mais si on avait la moitié moins de patients dans ces lits-là, ça libérerait des lits pour autre chose. »

Chaque place est comptée dans le réseau. Des « centaines » de lits d’hospitalisation de courte durée demeurent fermés en raison du manque de main-d’oeuvre, souligne la sous-ministre adjointe. Près de 3750 travailleurs de la santé sont actuellement absents pour des raisons liées à la COVID-19 (retrait préventif, isolement, attente de résultats, etc.).

Pour « limiter la pression » sur le réseau, Christian Dubé invite les Québécois à aller chercher une dose de rappel s’ils ont reçu leur dernière il y a plus de cinq mois ou s’ils ont contracté la COVID-19 il y a plus de trois mois. Il encourage aussi les gens à porter le masque lorsqu’ils présentent des symptômes de la maladie.

« Tant qu’on n’aura pas réussi à avoir du personnel supplémentaire, le plein retour des vacances […], le décloisonnement des professions, il faut travailler avec ce qu’on a : c’est la vaccination et l’étiquette respiratoire », a-t-il dit lors du point de presse.

Selon les dernières données disponibles, 22 % des adultes québécois ont une vaccination à jour (ont reçu au moins une dose dans les cinq derniers mois). Ce pourcentage atteint 39 % chez les 60 à 79 ans et 52 % chez les 80 ans et plus. « Ce qu’on ne sait pas, c’est le nombre de personnes [dans ces catégories] qui ont eu la COVID », a précisé le ministre.

Des solutions pour la reprise

 

Diverses solutions sont mises en place pour la reprise des interventions chirurgicales, notamment en ophtalmologie, selon la Dre Opatrny. « Pour une opération de la cataracte, le temps moyen d’attente, c’est 12 semaines à peu près, dit-elle. Pourquoi il y a des milliers de personnes qui attendent plus de 12 mois ? Il y a des endroits où c’est le chirurgien qui fait sa propre liste au lieu que ce soit une centrale de planification avec des agents administratifs [qui ont toutes les listes et qui peuvent prioriser des patients]. »

La Dre Opatrny affirme avoir signifié aux chirurgiens, par la voie d’une lettre, qu’ils devaient offrir à leurs patients d’être opérés par un collègue si leur liste d’attente est trop longue.

Pour réduire le nombre de patients en attente d’interventions chirurgicales, Québec continue d’avoir recours aux centres médicaux spécialisés. Mais « les types de chirurgie » qui y sont pratiqués sont « vraiment assez limités », selon la Dre Opatrny. Elle explique que ces cliniques privées n’ont « pas de banque de sang ou de soins intensifs », par exemple.

Le MSSS tente par ailleurs de libérer des lits d’hospitalisation en réduisant le nombre de patients qui ne requièrent plus de soins de courte durée, mais qui demeurent hospitalisés faute de places en CHSLD, en ressource intermédiaire ou en ressource de type familial. Il demande aux établissements de santé d’offrir des soins à domicile à ces usagers afin qu’ils y attendent leur place en hébergement et compte entre autres sur l’appui des proches aidants. Au 7 octobre, ces patients occupaient 13,29 % des lits d’hospitalisation.

D’après la sous-ministre adjointe, cette mesure pourrait contribuer à désengorger les urgences. Mercredi à 18 h, le taux d’occupation sur civière s’élevait à 153 % en moyenne dans les hôpitaux de Montréal, à 147 % dans les Laurentides et à 141 % en Montérégie. « En ce moment, on a des taux d’occupation qu’on ne voit habituellement pas aux mois de septembre-octobre. Ça nous inquiète », affirme-t-elle.

La saison de l’influenza n’a d’ailleurs pas encore commencé. Le MSSS compte également sur les guichets d’accès à la première ligne pour diriger les patients orphelins ou en attente d’un médecin de famille vers les bons professionnels lorsqu’ils auront un souci de santé.

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