Pourquoi grossit-on?

«Susceptibilité génétique n’égale pas nécessairement obésité, tout dépend de votre mode de vie», précise le professeur Louis Pérusse.
Photo: iStock «Susceptibilité génétique n’égale pas nécessairement obésité, tout dépend de votre mode de vie», précise le professeur Louis Pérusse.

Devient-on obèse en raison de notre génétique ou à cause de nos mauvaises habitudes alimentaires et de vie ? Les recherches scientifiques apportent des réponses de plus en plus claires à ce sujet et proposent des stratégies gagnantes pour combattre ce problème de santé qui s’est propagé dans le monde entier.

On connaît aujourd’hui un grand nombre de variants génétiques différents qui accroissent le risque d’embonpoint et d’obésité. Par exemple, les personnes porteuses d’une mutation particulière dans le seul gène de la leptine, qu’on surnomme l’hormone de la satiété, vont développer une obésité sévère dès l’enfance. Ces cas d’obésité « monogénique », c’est-à-dire attribuable à une anomalie dans un seul gène, sont toutefois très rares.

La prédisposition à l’obésité découle plus généralement de variations dans une multitude de gènes différents, dont l’effet de chacune est relativement mineur, souligne d’entrée de jeu Louis Pérusse, professeur à la Faculté de médecine et chercheur au centre Nutrition, santé et société (NUTRISS) de l’Université Laval.

Parmi ces gènes, certains jouent un rôle dans le métabolisme et dans la régulation de l’équilibre énergétique, d’autres interviennent dans le développement du tissu adipeux, où s’accumulent les graisses. D’autres, encore, agissent sur l’appétit, sur les préférences alimentaires (notamment pour le sucré), voire sur nos réactions face à la nourriture.

« Certaines personnes auront tendance à consommer au-delà de ce que leurs signaux biologiques de satiété leur disent. Face à une situation stressante où les émotions prennent le dessus, on dit que ces personnes mangent leurs émotions. Ce comportement, qu’on appelle la désinhibition alimentaire, s’explique en partie par des facteurs génétiques », indique M. Pérusse.

Prédispositions génétiques, mais pas seulement ça

 

Le professeur Pérusse a analysé l’ADN des personnes participant à ses projets de recherche dans le but d’identifier les variants génétiques qu’elles portaient. Ce qui lui a ensuite permis de calculer un score de risque génétique pour chacune d’elles. Il a alors observé que plus ce score était élevé, c’est-à-dire qu’il correspondait à la présence d’un grand nombre de variants de prédisposition, plus il était associé à une histoire familiale positive d’obésité, où un ou les deux parents, ainsi que certains frères et soeurs, étaient obèses.

« Il faut considérer cette susceptibilité génétique comme un continuum. Dans une certaine mesure, plus le score d’une personne est faible, plus cette personne sera résistante au gain de poids. Même si elle ne fait pas d’activité physique et qu’elle bouffe n’importe quoi, elle restera mince toute sa vie. Par contre, plus la valeur du score augmente, plus la prédisposition sera forte », explique le chercheur.

Au cours de ses nombreuses années de recherche, M. Pérusse a aussi compris que la présence de ces variants génétiques de prédisposition n’était pas suffisante pour entraîner l’obésité. Il a constaté que le mode de vie d’une personne pouvait favoriser ou empêcher l’expression de sa susceptibilité génétique à l’obésité conférée par les variants présents dans son génome.

M. Pérusse donne l’exemple des Pimas, une population autochtone originaire du Mexique. Lorsque certains d’entre eux ont émigré aux États-Unis, ils ont développé un diabète et des problèmes de surpoids, alors que leurs parents, qui étaient restés au Mexique et avaient conservé leur mode de vie traditionnel, n’avaient pas développé ces pathologies. « C’est une preuve très solide qui montre que le fait de développer l’obésité et ses complications résulte d’un mauvais mode de vie combiné à des facteurs génétiques. Susceptibilité génétique n’égale pas nécessairement obésité, tout dépend de votre mode de vie », souligne-t-il.

M. Pérusse cherche maintenant à déterminer quels facteurs environnementaux en particulier contribuent à l’expression de cette susceptibilité génétique. Il a constaté chez les gens prédisposés à l’obésité qu’une bonne qualité nutritionnelle pouvait contrecarrer ou atténuer les effets délétères de cette susceptibilité génétique, mais que la consommation de boissons sucrées, de gras saturés et de sodium pouvait favoriser son expression.

Ses données montrent aussi que le fait de marcher de 10 à 15 minutes quotidiennement, cinq jours par semaine, semble réduire l’impact de la susceptibilité génétique à l’obésité.

Un repas « rassasiant » pour perdre du poids ?

« Les dernières décennies ont démontré que les diètes très restrictives qui exigent de réduire beaucoup les calories ne sont pas la bonne stratégie. Elles fonctionnent à court terme, mais les gens n’arrivent pas à les poursuivre à long terme, parce que c’est trop contraignant et aussi en raison des changements physiologiques qu’elles entraînent, qui rendent cette restriction calorique très difficile à respecter. Par exemple, des changements hormonaux surviennent, comme une augmentation de ghréline, une hormone qui augmente l’appétit et qui, de ce fait, accroît la sensation de faim », affirme Vicky Drapeau, chercheuse au Centre de recherche de l’Institut universitaire de cardiologie et de pneumologie de Québec, au NUTRISS et à l’Institut sur la nutrition et les aliments fonctionnels (INAF) de l’Université Laval.

La chercheuse préconise donc plutôt des interventions qui sont beaucoup moins restrictives et qui « donnent l’impression aux gens ne pas être à la diète. Ces interventions visent à instaurer de saines habitudes alimentaires et un mode de vie actif, et à faire en sorte que ce soit agréable et plaisant », dit-elle.

« Il est important de faire comprendre aux gens qu’il n’est pas garanti qu’ils perdront du poids, mais qu’assurément il y aura un effet bénéfique sur leur santé, pour la majorité d’entre eux. Chez certaines personnes ayant une importante susceptibilité génétique à l’obésité, l’adoption d’un mode de vie sain, mais non contraignant, aura peu d’effets, voire n’aura pas d’effet du tout, sur leur poids », prévient-elle.

L’équipe de Mme Drapeau a testé une approche qu’on appelle « rassasiante », c’est-à-dire composée essentiellement d’aliments et d’ingrédients reconnus pour assouvir la faim. « Il s’agit d’une intervention non restrictive : on permettait aux participants, des hommes présentant une obésité, de manger à volonté. Mais, étant donné que le contenu des repas était rassasiant, ils consommaient spontanément moins de calories par jour et ont donc perdu du poids à long terme », raconte la nutritionniste.

Ce régime rassasiant consiste en « une alimentation plus riche en protéines (viande, volaille, poisson, produits laitiers, légumineuses, tofu, noix et graines), en fibres, en calcium (les carences en calcium contribuent à l’accumulation de tissu adipeux), en aliments contenant des probiotiques (comme le yogourt) et ayant un faible indice glycémique. À certains moments de la journée, on ajoute des éléments, comme la capsaïcine, l’ingrédient piquant du piment, qui a un effet sur la satiété », précise Mme Drapeau.

« On ne restreint pas les glucides comme dans la diète cétogène. On choisit des glucides qui sont plus rassasiants, comme des produits céréaliers riches en grains complets et beaucoup de fruits et légumes. »

L’activité physique et le sommeil sont aussi deux paramètres très importants pour la perte de poids, ou du moins pour le maintien de celui-ci. « Il n’y a aucune intervention qui devrait se faire sans l’inclusion de l’activité physique. Notre intervention comprend donc aussi 150 minutes d’activité modérée à intense par semaine (marche, vélo, ce qui s’intègre bien au mode de vie de la personne), ainsi que des stratégies qui favorisent une bonne quantité et une bonne qualité de sommeil », ajoute Mme Drapeau, avant de signaler que « chaque élément pris isolément ne peut toutefois pas faire perdre de poids, c’est plutôt la combinaison de tous ces facteurs-là qui le permettra ».

La chercheuse recrute en ce moment des femmes et des hommes présentant un surplus de poids dans le but d’éprouver cette stratégie sur une cohorte de plus grande envergure.

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