Le test de dépistage de la COVID-19 aux frontières est-il devenu inutile?

Les mesures aux frontières peuvent être relâchées en toute sécurité, y compris l’obligation de porter un masque à bord des avions, selon le Dr Dominik Mertz.
Photo: Graham Hughes La Presse canadienne Les mesures aux frontières peuvent être relâchées en toute sécurité, y compris l’obligation de porter un masque à bord des avions, selon le Dr Dominik Mertz.

Jadis l’une des mesures sanitaires principales aux frontières, le test de COVID-19 à l’arrivée au Canada reçoit une ultime attaque avant son abandon programmé par le fédéral : un groupe de médecins experts soutient que cette mesure de dépistage est devenue complètement inutile.

« Pour la surveillance des variants préoccupants, il existe des façons plus efficaces d’y parvenir, comme tester les eaux des égouts », affirme le Dr Dominik Mertz, directeur de la division des maladies infectieuses de l’Université McMaster, en Ontario.

Le professeur de médecine a signé avec trois collègues un rapport commandé par l’industrie du tourisme qui conclut qu’en général, les mesures aux frontières sont inefficaces pour protéger le pays de l’arrivée de nouveaux variants de la COVID-19. Ils estiment que ces règles ne retardent la propagation de variants que de quelques jours, au mieux.

Pour la surveillance des variants préoccupants, il existe des façons plus efficaces d’y parvenir, comme tester les eaux des égouts

 

« La vaccination a complètement changé la donne. […] On est dans un monde complètement différent » par rapport au début de la pandémie, affirme le microbiologiste québécois Karl Weiss, chef du service de maladies infectieuses de l’Hôpital général juif de Montréal et coauteur de l’étude.

Le Dr Weiss croit que les mesures aux frontières peuvent être relâchées en toute sécurité — y compris l’obligation de porter un masque à bord des avions —, auxquelles il préfère le choix individuel de se protéger ou non du virus.

La vaccination a complètement changé la donne. […] On est dans un monde complètement différent.

Deux sources ont confié à La Presse canadienne jeudi qu’Ottawa n’a pas l’intention de renouveler le décret qui impose toujours des règles sanitaires aux frontières. Les autorités demandent par exemple encore à certains voyageurs choisis aléatoirement de passer un test de dépistage de la COVID-19 à leur arrivée au pays. La vie cahoteuse de cette mesure prendrait ainsi fin le 30 septembre.

D’obligatoire à aléatoire

La petite histoire du test à l’arrivée pour les voyageurs entièrement vaccinés contre la COVID-19 a été ponctuée d’une série de consignes changeantes ces deux dernières années.

Ce test était d’abord jugé si important que, de février à août 2021, les voyageurs devaient réserver une chambre dans un hôtel autorisé et y attendre le résultat. Il a ensuite cessé d’être requis pour tous, pour n’être imposé qu’à des voyageurs choisis aléatoirement, avant de redevenir obligatoire en décembre de la même année, lors de l’avènement du variant Omicron.

Redevenu aléatoire à la fin de février 2022, le test aux frontières a été complètement suspendu pendant plus d’un mois l’été dernier, le temps de mettre en place un système permettant de l’effectuer à l’extérieur des aéroports. Depuis l’ultime retour du test aléatoire, le 19 juillet 2022, l’Agence de la santé publique du Canada (ASPC) n’a pas publié les données recueillies.

Rompant avec la tradition de mettre en ligne en quelques jours des données sommaires sur ces tests, les fonctionnaires indiquent depuis deux mois que « les données font actuellement l’objet de vérifications de contrôle de la qualité ». Dans un courriel envoyé vendredi, la porte-parole de l’ASPC, Andréa Richer, a promis la publication de ces données « dans les prochains jours ».

Les tests frontaliers pour les voyageurs aériens ou arrivant par voie terrestre ont fait l’objet de contrats d’une valeur avoisinant 1,1 milliard de dollars. Le ministère responsable de ces contrats, Services publics et Approvisionnement Canada, n’était pas en mesure de dire si les services ont tous été fournis, et donc si cette somme a été entièrement dépensée.

Tests inutiles

 

Or, selon le rapport qui porte les insignes de l’Association de l’industrie touristique du Canada et de la Table ronde canadienne du voyage de tourisme, « il n’existe aucune preuve convaincante que le dépistage avant le départ [qui n’est plus exigé depuis avril 2022] et à l’arrivée a un effet considérable sur la transmission locale dans les communautés à travers le Canada ».

L’un des problèmes avec le dépistage systématique, ont mentionné les auteurs, est que des gens peuvent présenter un test négatif même s’ils sont atteints du virus, alors dans sa phase d’incubation. D’autres peuvent présenter un test positif même s’ils ne sont plus contagieux, ce qui les force à s’isoler inutilement. En janvier 2022, plus de 8 % des tests de dépistage de la COVID-19 effectués à l’aéroport auprès de voyageurs fraîchement arrivés au pays étaient positifs.

Les quatre médecins spécialisés en maladies infectieuses, en urgence ou en gestion des pandémies ont demandé vendredi au fédéral, lors d’une conférence de presse commune à Ottawa, de revoir son approche à la frontière.

« Je crois que les mesures ont été très utiles à certains moments de la pandémie. Et les mesures qui ont été mises en place au Canada ont permis certainement, quand on n’avait pas de vaccin et de thérapie, d’éviter des conséquences importantes », a toutefois indiqué le Dr Karl Weiss. Il croit que la société devrait faire le deuil du rêve de l’immunité collective et plutôt se préparer à la phase endémique de la COVID-19.

En plus du sort du dépistage aléatoire à la frontière, le gouvernement canadien devrait annoncer la semaine prochaine ce qu’il réserve à son application obligatoire pour les voyageurs ArriveCan, à sa politique de vaccination obligatoire contre la COVID-19 des touristes et à l’obligation de porter le masque dans l’avion, notamment.

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