Des frais de 400$ pour les patients âgés en Ontario qui refusent de quitter l’hôpital

Il y aurait environ 5000 patients ne nécessitant plus un lit hôpital — aussi appelés patients «niveau de soins alternatif» — en Ontario. 1900 d’entre eux attendent d’être transférés dans un FSLD.
Photo: Adil Boukind Le Devoir Il y aurait environ 5000 patients ne nécessitant plus un lit hôpital — aussi appelés patients «niveau de soins alternatif» — en Ontario. 1900 d’entre eux attendent d’être transférés dans un FSLD.

Les patients en Ontario occupant une place dans un hôpital, mais ne nécessitant plus un lit en soins aigus, pourront être déplacés dans un foyer de soins de longue durée (FSLD) sélectionné sans leur consentement lequel pourra être situé jusqu’à 70 kilomètres du foyer de leur choix. S’ils refusent, ils se verront imposer des frais quotidiens de 400 $.

Il s’agit de règlements établis en vertu du controversé projet de loi 7 du gouvernement progressiste-conservateur de Doug Ford. Le projet de loi a été adopté à la hâte deux semaines après avoir été déposé. Il y aurait environ 5000 patients ne nécessitant plus un lit hôpital — aussi appelés patients « niveau de soins alternatif » (NSA) — en Ontario. Il s’agit de patients qui occupent un lit d’hôpital en soins aigus, mais qui pourraient être soignés ailleurs. 1900 d’entre eux attendent d’être transférés dans un FSLD. La province veut libérer ces lits pour réduire la pression sur les hôpitaux.

À titre comparatif, on dénombre 2195 patients de cette catégorie dans les hôpitaux du Québec, et 696 d’entre eux attendent un lit en CHSLD. La présence de ces patients contribue d’ailleurs à la surcharge des deux systèmes de santé.

Les patients ontariens peuvent normalement rester à l’hôpital au coût de 60 $ par jour en attendant qu’une place se libère dans l’un des foyers qu’ils ont choisis. Si le patient est accepté dans l’un d’entre eux et refuse d’y déménager, il peut avoir à débourser environ 1500 $ par jour pour son hospitalisation, comme s’il n’était pas assuré.

Certains avocats défendant les aînés craignaient que les mêmes frais soient imposés aux patients NSA refusant de déménager dans un FLSD qu’ils n’avaient pas choisi, mais la province a annoncé que ces frais seraient plutôt de 400 $ par jour.

D’après la réglementation, la province respectera les préférences linguistiques des patients, mais en conférence de presse mercredi après-midi, deux ministres n’ont pas garanti qu’un patient francophone ne serait pas transféré dans un FLSD anglophone. Dans le nord de l’Ontario, où habitent 20 % des francophones de la province, les patients ALC pourraient avoir à déménager dans un FSLD jusqu’à 150 kilomètres du foyer de leur choix.

L’octroi de soins de longue durée dans la langue maternelle du patient est un enjeu crucial pour plusieurs intervenants du milieu de la santé interrogés par Le Devoir depuis le dépôt du projet de loi. La Dre Rose Zacharias, présidente de l’Association médicale de l’Ontario — l’organisation qui représente les médecins ontariens —, estime d’ailleurs que la langue d’usage du patient doit être « au sommet des préoccupations » lorsqu’il est transféré.

Un nouvel outil dans le coffre

 

Le projet de loi suscite l’émotion depuis qu’il a été déposé. Vivian Stamatopoulos, une professeure à l’Université Ontario Tech et militante pour le droit des aînés l’a décrit de « répugnant » en entrevue avec la CBC ; la députée du NPD France Gélinas, la porte-parole de l’opposition à Queen’s Park en matière de santé, demande à la Commission ontarienne des droits de la personne d’intervenir dans le dossier.

D’après la p.-d.g., l’hôpital n’est pas l’endroit idéal pour un patient âgé qui attend une place dans un FSLD. Un message à l’interphone de l’hôpital interrompt l’entrevue pendant 10 secondes. « C’est le genre d’interruption qui n’arrive pas dans les foyers de soins », note-t-elle.

Le gériatre George Heckman avait précédemment fait valoir un point de vue similaire au Devoir. Le séjour à l’hôpital, disait-il, peut causer un délire chez certains patients. Mais le diplômé de l’Université Laval soutenait du même souffle qu’il peut persister si le patient était déplacé dans un endroit qu’il ne connaissait pas et où les soignants ne parlaient pas sa langue.

Arden Krystal affirme que son hôpital « ne forcerait jamais des patients à aller à des centaines de kilomètres de la maison, surtout s’ils ont un époux âgé ». (La réglementation précise que les couples demeureront ensemble). « Ce sont des patients, pas des numéros », illustre-t-elle. La p.-d.g. du Centre régional de santé Southlake demande à la population de faire confiance aux employés des hôpitaux. « Ce n’est pas un convoyeur pour libérer des lits d’hôpital », soutient Mme Krystal. Elle note toutefois qu’un patient pourrait être envoyé plus loin si sa famille ne le visite déjà pas régulièrement.

Ce reportage bénéficie du soutien de l’Initiative de journalisme local, financée par le gouvernement du Canada.

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