Les femmes occupent plus de lits d’hôpital que les hommes

Les femmes comptent désormais pour la majorité des personnes hospitalisées qui sont atteintes de la COVID-19 au Québec.
Photo: Matthias Schrader Associated Press Les femmes comptent désormais pour la majorité des personnes hospitalisées qui sont atteintes de la COVID-19 au Québec.

Les femmes comptent désormais pour la majorité des personnes hospitalisées qui sont atteintes de la COVID-19 au Québec, avec un net écart observé dans certaines des tranches d’âge les plus jeunes. Un renversement de tendance que les experts peinent à expliquer.

Depuis le début de la pandémie (sauf lors de la première vague, qui a fauché des milliers d’aînés en CHSLD), les hommes atteints de la COVID-19 avaient toujours été plus nombreux que les femmes à être hospitalisés, et ce, dans toutes les tranches d’âge, sauf de rares exceptions.

Mais la tendance s’est inversée lors de la vague Omicron de décembre dernier. Le phénomène, qui aurait pu être passager ou le fruit du hasard, s’est poursuivi lors de la sixième vague et persiste depuis le début de la septième. Les femmes forment désormais la majorité des personnes hospitalisées ayant un diagnostic principal ou secondaire lié à la COVID-19.

De 45,6 % à la quatrième vague, la part de femmes admises à l’hôpital sur le total des admissions liées à la COVID-19 est passée à 50,1 % lors de la cinquième vague, puis à 50,9 % à la sixième, et se maintient à 50,3 % jusqu’ici dans la septième.

Au début de la pandémie, les experts attribuaient le fait que plus d’hommes infectés par le SRAS-CoV-2 étaient hospitalisés ou décédaient d’une forme sévère de la COVID-19 à des différences dans la réaction du système immunitaire des hommes et des femmes.

Un réel écart ?

Or, ce récent renversement de tendance s’observe notamment chez les femmes de 20 à 39 ans, qui sont plus souvent hospitalisées en ayant la COVID-19 que les hommes du même âge depuis les cinquième, sixième et septième vagues.

Les données publiées par l’INSPQ démontrent qu’environ trois fois plus de jeunes femmes que de jeunes hommes de cette tranche d’âge ont été hospitalisées alors qu’elles étaient infectées (129 femmes contre 40 hommes hospitalisés par 100 000 personnes chez les 20-29 ans à la cinquième vague ; 150 femmes contre 52 hommes sur 100 000 chez les 30-39 ans).

Cette tendance s’est maintenue lors des sixième et septième vagues, mais les experts consultés peinent à expliquer ces écarts. « Quand on regarde cela, on se demande : est-ce lié à un facteur épidémiologique, sociologique ou biologique ? » soulève le Dr Don Vinh, infectiologue au Centre universitaire de santé McGill et expert en immunologie.

Les femmes combattent en général mieux la COVID-19 que les hommes, confirme le Dr Vinh. Mais elles sont peut-être plus nombreuses à avoir été infectées récemment en raison de leur profession ou de leur exposition accrue aux enfants, avance-t-il.

Sur le plan biologique, aucune donnée scientifique n’indique que les femmes seraient plus vulnérables au variant Omicron ou aux sous-variants BA.4 et BA.5, souligne-t-il.

Les statistiques sont loin d’être pointues, ça nuit aux politiques de prévention

 

L’absence de données sur l’incidence réelle des infections depuis janvier ne permet pas de tirer des conclusions claires, déplore l’infectiologue. « Depuis des mois, on navigue un peu à l’aveugle. On ne sait pas qui est le plus infecté. Il pourrait s’agir de biais dans les résultats. Il se peut aussi qu’une tempête parfaite crée cet écart chez les jeunes. Mais les statistiques sont loin d’être pointues, ça nuit aux politiques de prévention. » 

Selon l’épidémiologiste Benoît Mâsse, de l’Université de Montréal, les données publiées par Québec sont trop incomplètes pour qu’on puisse tirer des conclusions sur l’écart apparent dans les hospitalisations chez les jeunes adultes. Elles pourraient même créer une « distorsion » cachant une plus grande différence ou une tendance contraire, met-il en garde.

Chose certaine, depuis la sixième vague, le nombre « officiel » de cas de COVID-19 rapportés par Québec est deux fois plus élevé chez les femmes que chez les hommes, et ce, en raison du dépistage limité aux clientèles prioritaires, souvent féminines : le personnel de la santé, le personnel scolaire et les résidents des CHSLD et des RPA.

Les coups de sonde menés toutes les deux semaines par l’INSPQ pour tenter d’évaluer le nombre réel de cas au Québec indiquent eux aussi que la majorité des personnes infectées depuis mai dernier sont des femmes.

Une hypothèse

 

Selon la Dre Caroline Quach, pédiatre et infectiologue au Centre hospitalier universitaire (CHU) Sainte-Justine, l’absence de données sur le taux d’infection réel par sexe, la cause première des hospitalisations et le profil des patients (patients à risque, problèmes médicaux préalables, etc.) rend difficile toute conclusion.

Elle avance comme hypothèse que les jeunes femmes peuvent présenter, au contraire des hommes, la grossesse comme facteur de risque accru d’admission pour cause de COVID. « Il y a plus de risque d’hospitalisation (lors d’une grossesse) et aussi une tendance à être plus prudent avec une maman enceinte », a-t-elle répondu par courriel.

Une étude pancanadienne a révélé qu’entre mars 2020 et octobre 2021, 7,7 % des femmes enceintes infectées ont dû être hospitalisées, et 2,1 % ont requis des soins intensifs.

Mais selon la Dre Isabelle Boucoiran, gynécologue-obstétricienne au CHU Sainte-Justine, les femmes enceintes font aussi davantage l’objet de dépistage, « car elles fréquentent beaucoup l’hôpital pendant la grossesse ». « [La COVID] n’est souvent pas la cause première de leur hospitalisation. En fait, on voit moins de complications qu’avant », se félicite-t-elle.

Conclusion ? Rien n’est moins clair.

Le pourcentage croissant de femmes atteintes de la COVID hospitalisées pourrait aussi n’être qu’un « effet de récolte », croit le Dr Vinh. Comme les hommes à risque ou immunodéprimés (atteints de cancer, de maladies chroniques ou d’autres problèmes affectant l’immunité) ont été plus touchés lors des vagues précédentes, ce bassin s’est réduit, dit-il. « Le virus est plus contagieux, et il y a peut-être maintenant plus de femmes susceptibles d’être hospitalisées qui n’avaient toujours pas été infectées et qui le sont maintenant. »

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