L’inquiétante pénurie de personnel

Catherine Couturier
Collaboration spéciale
Les besoins de spécialistes sont partout dans le système de santé, et particulièrement en imagerie médicale. Punit Paranjpe Agence France-Presse
Les besoins de spécialistes sont partout dans le système de santé, et particulièrement en imagerie médicale. Punit Paranjpe Agence France-Presse

Ce texte fait partie du cahier spécial Syndicalisme

À l’approche de l’automne, l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS) est fortement préoccupée par la pénurie de personnel dans le réseau de la santé, rapporte son président, Robert Comeau.

Pendant la pandémie, les projecteurs ont été mis surle manque de préposés aux bénéficiaires. Or, on manque de bras partout. « Chez les 65 000 personnes qu’on représente dans plus d’une centaine de types d’emplois, la pénurie se vit dans toutes les catégories », confie Robert Comeau. Nutritionnistes, ergothérapeutes, psychologues, techniciens de laboratoire ou en inhalothérapie et autres, ces spécialistes contribuent au diagnostic et à la guérison des patients d’une multitude de façons. Ils travaillent en équipe, avec les infirmières et les médecins ; lorsqu’un groupe a des difficultés, c’est tout le monde qui s’en ressent.

Des conséquences réelles et immédiates

 

Rupture de services, allongements des listes d’attente : la pénurie de personnel dans le système de santé a des effets bien réels. Le président, qui s’est promené sur le terrain cet été, constate des besoins partout, et particulièrement en santé mentale, en imagerie médicale et dans les laboratoires. En Gaspésie, les laboratoires de l’hôpital ont perdu la moitié de leur équipe, ce qui a presque entraîné la fermeture de l’établissement. En Montérégie, impossible de voir un audiologiste ou un orthophoniste pour les enfants. En Outaouais, on observe une vague de départ des techniciennes de laboratoires qui vonttravailler à Ottawa. Et en Abitibi-Témiscamingue, on a construit de nouvelles installations en oncologie pour traiter les patients dans la région, mais on n’arrive pas à engager le personnel.

Pour compenser la pénurie, le personnel restant doit mettre les bouchées doubles, et a moins de temps pour aller en profondeur. Cette surcharge de travail ne pourra être maintenue. Dans le cas des services moins « urgents », les listes d’attente continuent de s’allonger. « Un adolescent suicidaire va être placé sur une liste d’attente, mais c’est important de le rencontrer, au même titre que s’il avait un problème physique », souligne le président.

Les patients, eux, doivent attendre plus longtemps, se déplacer encore plus loin, ou encore se tourner vers le privé, « mais ce n’est pas tous les gens qu’on représente qui ont leur pendant dans le privé », précise-t-il. Les intervenants en évaluation et en adaptation des centres de jeunesse n’ont pas d’équivalent au privé, par exemple.

De meilleures conditions

 

« Les gens désertent parce que les conditions de travail ne sont pas là ; le salaire ne suit pas non plus », dit M. Comeau. Il est plus que temps que le gouvernement donne un signal clair de sa volonté d’améliorer les conditions de ce personnel de soutien, pour leur redonner espoir.

L’amélioration des conditions contribuerait à retenir les travailleurs qui sont déjà dans le système public, mais aussi à le rendre attrayant pour les jeunes. Parce que si, autrefois, le régime de retraite dans le public était un avantage contre le privé, les jeunes sont aujourd’hui préoccupés par l’organisation du travail.

« Ils ne veulent pas nécessairement du temps complet, et souhaitent un meilleur équilibre avec la vie personnelle. Et c’est correct, il faut s’adapter à ça », souligne M. Comeau. Pourtant, travailler au public est motivant, explique-t-il. Puisqu’on y accueille des cas complexes, le travail est moins routinier, et les travailleurs peuvent développer une grande expertise.

Pour un réseau public fort

 

À l’APTS, on ne sent pas une volonté du gouvernement en ce sens. « On sent plutôt qu’ils veulent créer un réseau en parallèle, en créant des contrats au privé. On ne peut pas payer pour deux réseaux », note M. Comeau. Le syndicat remarque également une certaine désorganisation ; par exemple, le gouvernement n’a fait aucune planification depuis quelques années pour les technologistes en laboratoire et en imagerie médicale. « On n’a aucune projection des besoins qu’on aura pour ce personnel. Ça, c’est inquiétant », croit M. Comeau.

Le syndicat se dit toutefois prêt à collaborer avec le gouvernement. « On est prêts à s’asseoir avec le gouvernement pour discuter de la façon d’attaquer le problème », dit M. Comeau. À l’approche des élections à l’automne, le syndicat interpellera les parties pour connaître leurs positions et propositions. L’annonce du Plan pour mettre en oeuvre les changements nécessaires en santé est un pas dans la bonne direction, mais le personnel de la santé a été échaudé par les refontes dans les dernières années.

« Il faut rassurer les travailleurs. Après ça, on deviendra un milieu attrayant », conclut-il.

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